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[article] un triomphe presque miraculeux

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Nef
L'Autorité
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[article] un triomphe presque miraculeux

Message par Nef » dim. 14 mars 2004, 18:04

A near-miraculous triumph
article de l'archevêque de canterbury : Rowan Williams
source : The Guardian (original version)
Traduction : Nef et Zenais
un Triomphe presque miraculeux

L’archevêque Rowan Williams révèle ce qu’il a ressenti de voir la religion attaquée férocement et Dieu tué dans A la Croisée des Mondes.

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A l’entracte de la seconde partie d’His Dark Materials, je me suis retrouvé entouré par un groupe scolaire d’Essex plein d’entrain qui voulait savoir ce que j’en avais pensé jusqu’à lors. Etais-je choqué ? Non. Mais n’y avait-il pas le meurtre de Dieu ? Si – mais quel était ce Dieu qui a été tué ? Quel croyant le reconnaîtrait comme le véritable Dieu ? Cette scène amène une discussion très animée : une partie du groupe a remarqué les diverses allusions à « l’Autorité » dans l’histoire de Philip pullman qui s’est attribué le pouvoir à lui-même, ou qui n’était pas le véritable créateur.

Et je pense que c’est ce genre de discussion que doit provoquer la pièce. La version de Nicholas Wright de l’histoire de pullman apporte en fait une vision tranchante sur certaines de ces questions. Il est vite clair qu’il y a une stratégie pour renverser l’Autorité et que l’Eglise est au courant et déterminée à l’empêcher. Ce que Pullman a retiré d’un long développement subtil est ici presque immédiatement au premier plan. Mais quel type d’église est-ce pour vivre dans une perpétuelle et meurtrière anxiété à propos du destin de son Dieu ?

Ce que l’histoire vous fait voir est que si vous croyez en un Dieu mortel, qui peut gagner ou perdre son pouvoir, votre religion sera saturée par l’anxiété – et donc par la violence. Dans un sens, vous pourriez dire qu’un Dieu mortel a besoin d’être tué, du point de vue de la foi (comme les Bouddhistes le disent : « Si vous rencontrez Bouddha, tuez-le »). Et si vous voyez des sociétés religieuses dans lesquelles anxiété et violence prédominent, vous pourriez faire pire que se demander en quel Dieu elles croient. Il est probable qu’elles croient secrètement ou inconsciemment en un Dieu qui est juste un autre habitant de l’univers, seulement plus puissant que quiconque. Et s’il est un autre habitant de l’univers, alors en fin de compte il pourrait juste être sujet au changement et à la chance que n’importe qui d’autre. Il a besoin d’être protégé : les églises sont là pour le maintenir en sécurité.

J’ai lu les livres et la pièce comme une sorte d’expérience de la pensée : c’est, après tout, un monde parallèle, ou un ensemble de mondes. A quoi ressemblerait l’Eglise, que serait-elle inévitablement, si elle croyait seulement en un Dieu qui pourrait être rendu impuissant et tué, et aurait besoin d’une protection incessante ? Ce serait une tyrannie répressive et désespérée. Pour Pullman, l’Eglise ressemble évidemment à ceci la plupart du temps ; Ce n’est pas surprenant que le seul Dieu vu soit l’Autorité.

Comme les Gnostiques du IIe siècle, Pullman renverse l’histoire – les rebelles sont les héros. Contrairement à eux, pourtant, ceci est fait pour réaffirmer la gloire de la chair, la réalité d’ici et maintenant. Les Harpies gardant le pays de la mort trouvent paix et nourriture uniquement dans les véritables histoires, le quotidien, dans la merveille du totalement ordinaire. La scène où Lyra pacifie ces monstres (bien plus effrayants dans le livre que dans la pièce, car le livre peut montrer comment ils font fonctionner les démons intérieurs du doute de soi et du dégoût de soi) en leur parlant des jeux d’enfants dans Oxford est intensément émouvant.

La version adaptée pour la scène souligne et simplifie la métaphore la plus ambitieuse du livre : la Poussière. La Poussière est précisément la splendeur et la vitalité de l'ordinaire; si on essaye de vivre dans plus d'un monde, la Poussière est drainée, depuis l'individu et depuis le monde dans son ensemble. Le couteau qui découpe des portes entre les mondes doit donc être brisé. L'histoire entière traite du triomphe de la Poussière, de la gloire du quotidien. La Poussière est menacée d'un côté par l'Autorité et l'Eglise, qui craignent le quotidien et son caractère d'éventualité, qui craignent plus encore le risque d'erreur et de tragédie qui font partie du quotidien, de l'expérience adulte. Ils veulent empêcher la prise de décision réelle, avec son potentiel de perte et de trahison. Mais la Poussière est aussi menacée par ceux qui veulent détruire les conséquences des décisions irrévocables, et de la mort définitive, en rendant possible une retraite éternelle dans des mondes alternatifs. La Poussière est quelque part entre la répression et la liberté vide ou non-engagée, un danger pour les deux - entre l'absolutisme pré-moderne et l'aversion post-moderne pour l'histoire et la psychologie personnelle.

En ce sens, Pullman est un grand célébrant d'une espèce de modernité. Pour les lecteurs/spectateurs religieux, il pose la question de savoir comment cette sorte de modernité (un monde que la plupart des théologiens actuels n'aiment pas) peut converger avec certains comptes que la vie religieuse réglée oblige à rendre : l'acceptation (pas la passivité); le contrôle de la fantaisie pour les enjeux de la responsabilité adulte; mais aussi le sens de la splendeur cachée se répandant dans l'environnement, la beauté qui est ouverte à la théorie chrétienne et à la pleine-conscience bouddhiste. L'énergie d'être soi, qui soutient la vie, devient invisible, même bouchée et inefficace, s'il y a toujours une échappatoire à l'importun ici et maintenant, une échappatoire que l'humain peut manipuler. Si quelque chose, le drame de Wright, en poussant les personnages d'Asriel et de Mrs Coulter juste un peu plus près du romantisme conventionnel, affaiblit les portraits que Pullman a dressés de l'ambivalence morale de ces libérateurs. Timothy Dalton et Patricia Hodge tournent à ce que le réalisateur appelle des interprétations "haute-définition", dont j'ai le sentiment qu'elles les rendent moins intéressants, moins mystérieux.

Les répresseurs et les soi-disant libérateurs sont également sans pitié pour l’Individu ; c’est pourquoi la vie de Lyra est en danger des deux côtés. En Lyra, Anna Maxwell Martin réussie à la perfection le changement de perspective de l’enfant à l’adolescence, et la fusion d’une profonde force avec une émouvante franchise ce qui est la plus grande réussite de Pullman en créant cet inoubliable personnage. Dominic Cooper en Will manqué de flegme, de l’intégrité taciturne du Will du livre, mais leur relation fonctionne sur scène

Dans l’ensemble, la version théâtrale est un triomphe presque miraculeux. Elle pourrait être avec Le songe d’une nuit d’été mis en scène par Brook ou Nicholas Nickleby comme l’une des expériences théâtrales qui justifie l’entreprise tout entière du théâtre de nos jours. Bien sur, il y a des défauts. Les anges sont décevants car non-mystérieux, seulement gauches avec une dignité assez plaintive, qui n’accorde pas assez de place pour le sérieux de leur amour mutuel. La mort de l’Autorité perd tout son aspect pathétique ; Pullman a réussi la remarquable prouesse de faire d’un côté une question de chance et de l’autre une troublante intensité, plus intense pour ne pas être entièrement compris par les enfants au début. Sur scène, c’était plat au point d’en être presque comique. Mais c’était tellement bien imaginé, la réalisation des daemons et l’évocation des différents univers n’étant pas des moindres

J'ai dit précédemment que cela soulignait plutôt certains des thèmes de Pullman qui devraient nous empêcher de conclure simplement que c'est une polémique anti-chrétienne. Les vues de Pullman sont claires; mais il est assez bon écrivain pour laisser des blancs. C'est une Eglise sans création ni rédemption, certainement sans Christ, il était intéressant que sur scène le geste rituel du clergé ne soit pas le signe de croix mais une sorte de marquage indéterminé du front, comme pour reconnaître qu'il ne s'agit pas simplement de l'Eglise historique. La tentative la moins déguisée de Pullman d'établir une connexion entre l'Eglise du monde de Lyra avec celle du notre réside dans le personnage de Mary Malone, l'ancienne nonne, dont les aventures forment l'un des principaux brins (brillamment imaginé) du troisième volume. Wright l'a entièrement supprimée - compréhensible en terme d'économies narratives, triste en ce qui concerne la profondeur humaine et la chaleur de l'histoire, et de façon flagrante dans l'intention de mettre plus de distance entre l'Eglise historique et l'alternative.

Mais ceci ne devrait pas être lu comme une manière de tortiller sur les défis de Pullman à la religion institutionnelle. Je termine là où j'ai commencé. Si l'Autorité n'est pas Dieu, pourquoi l'Eglise historique a-t-elle si souvent réagi comme si elle existait en fait pour protéger un Dieu mortel et fini ? A quoi ressemblerait une Eglise qui en réalité exprimerait l'existence d'une liberté divine permettant la liberté humaine ?

Un écrivain moderne, chrétien français, parle de la "purification par l'athéisme" - signifiant que la foi a besoin de se rappeler régulièrement des dieux en lesquels elle ne devrait pas croire. Je pense. Pullman et Wright accomplissent effectivement cela pour le croyant. J'espère aussi que pour le spectateur non-croyant, la question de ce qu'est exactement le Dieu en lequel il ne croit pas peut être posée d'une manière ou d'une autre.
Cet article a été traduit pour Cittàgazze.com. Si vous souhaitez utiliser l'article sur votre site, intégralement ou non, veuillez s'il vous plait faire un lien vers Cittàgazze.
Modifié en dernier par Nef le ven. 19 mars 2004, 18:54, modifié 1 fois.
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Message par Zenaïs » dim. 14 mars 2004, 18:58

Il y a certains trucs tordus, je traduis pas super bien... à vrai dire j'effectue des traductions assez déplorables.
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ogunwe
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Message par ogunwe » dim. 14 mars 2004, 19:46

intéréssant. Je ne voyais pas les choses comme cela mais c une vision. Cela prouve que le type est ouvert.

merci de nous en avoir fait profiter ! :-D :-D
Je suis amuuuuuuuuuuuuuuuureux... mais pas lui...

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bowman
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Message par bowman » jeu. 18 mars 2004, 22:36

Je ne pensais pas qu'un membre de l'église puisse réagir comme ça... Ce type a une vision trés juste de ALCDM dans presque toute la citation et sa prouve (oui je copie sur les autres et alors) que ce type est vraiment ouvert

Sally
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Petites erreurs

Message par Sally » ven. 19 mars 2004, 10:27

Je ne tiens pas longtemps loin de vous tous ! :)
Je passe en coup de vent ! :)
Surtout ne m’en voulez pas de souligner ces petites choses, cela part d’une bonne intention, et n’a pas pour but d’embêter le monde et de pinailler, ou de remettre en cause votre traduction. J’ai repéré simplement des erreurs et des choses à préciser dans cette belle traduction :
Erreur (importante) : « Comme les auteurs Agnostiques du second siècle » : à traduire par « les Gnostiques du IIe siècle » … Je suis étonnée que personne ne s’en soit rendu compte. C’est un contresens total ! ! ! Si vous voulez, je vous parlerai des Gnostiques, un de ces quatre ; je ne veux pas être plus lourde que je le suis déjà…
« l'attentivité bouddhiste » : traduire plutôt par « la pleine-conscience » qui est un concept (j’emploie ce mot faute de mieux, car la pensée bouddhique n’est pas la nôtre et n’use pas de « concepts » ) HYPER important du bouddhisme… On a coutume d’employer ce terme pour désigner ce à quoi il se réfère.
Brook’s Midsummer Night’s Dream : traduire par « Le songe d’une nuit d’été mis en scène par Brook » - (le grand Peter Brook, qui est à la mise en scène shakespearienne ce que la Rolls est à la voiture ; je ne m’étends pas, vous devez le connaître aussi bien que moi).
- - - - - - -
A préciser : comme les Bouddhistes le disent : « Si vous rencontrez Bouddha, tuez-le ».
Avoir une image de Bouddha, c’est le fixer en une réalité concrète et cela va à l’encontre de la vacuité, qui est le mot qui peut résumer le bouddhisme. Dans le bouddhisme rien n’est substantifié. C’est donc une sorte de plaisanterie… Je reviendrai m’expliquer de tout ceci, quand j’aurai le temps.
Je pars vite : je ne devrais pas être là ! Au boulot, Sally !

Ajout du 22/3/ 2004 : Nicholas Nickleby est roman de Dickens, que je recommande. Il faudrait mettre le titre en italique.

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