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Chris Weitz, New Line, The Times, et comment décoder le tout

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Nef
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Chris Weitz, New Line, The Times, et comment décoder le tout

Message par Nef » ven. 24 déc. 2004, 13:58

Titre : Chris Weitz, New Line, 'The Times', and how to read
Auteur : Philip Pullman
Source : Philip-pullman.com
Traduction : Elbakin.net
Il y a quelques heures, New Line Cinema a annoncé que Chris Weitz, qui avait été désigné pour écrire et diriger le premier film issu de A la croisée des Mondes, s'était retiré.

J'ai pensé que je devrais réagir aujourd'hui au sujet du projet entier, pas seulement à cause de cet événement, mais également parce que l'article de The Times, en date du 8 décembre et concernant Chris Weitz et son interview en ligne, m'en donnait l'occasion.

D'abord, je suis désolé que Chris ne réalise pas le film. Au cours des conversations que nous avons eues l'été passé et les nombreuses communications depuis, j'en étais venu à considérer que le projet était entre de bonnes mains - celles de quelqu'un qui connaissait très bien l'histoire en fait - et dont la vision de la manière dont elle devrait être portée à l'écran correspondait à la mienne. Cependant, je suis heureux qu'il continue d'être associé au projet. D'après ce que j'ai compris, il va écrire les scénarios des deux autres films, donc il y aura une uniformité de la vision à travers la trilogie.

En second lieu, il y a l'histoire de The Times elle-même. Je n'y ai pas répondu directement auparavant, parce que je voulais que la suite des évènements rende cela caduque et réduise cette histoire à néant. Mais allons-y.

L'article est paru sous le titre « Dieu coupé dans A la croisée des Mondes ». Il concernait le projet de New Line Cinéma de faire une série de trois films à partir de la trilogie. Le studio était accusé de poltronnerie, et moi d'avarice et de cynisme.

(Je vous fait maintenant mes excuses pour les détails qui vont suivre, mais il est important de voir comment un journal peut distordre la vérité en imprimant des choses vraies séparément les unes des autres, mais qui juxtaposées, rendent le tout fallacieux).

L'auteur, Sam Coates, soutenait que New Line prévoyait « d'oter les traits anti-religieux de l'histoire », que le studio «veut des changements en raison des craintes d'un retour de bâton de la droite chrétienne aux Etats-Unis.» Et l'article appuyait sur le fait que je laissais faire, en acceptant gaiement cette trahison de la vision qui est à la base des livres : la vision d'un monde qui rejette les dogmes d'une puissance religieuse pour devenir une république paradisiaque.

Voici ce qu'écrit Coates :

« Lors d'une entrevue avec The Times l'année dernière, nous avons demandé à Pullman si la transformation de ses livres en films compromettrait sa vision. "Pourquoi dire oui quand on vient à vous avec une forte somme d'argent ? Je ne peux pas en imaginer la raison" a-t-il répondu en riant. »

J'ai en effet prononcé ces mots. Mais ce n'était pas en réponse à cette question.

Dans l'article auquel Coates se réfère, la journaliste, Erica Wagner, s'était enquis du travail de transformation des romans en films, et comment cela différait du processus de transformation en pièce de théâtre. Voici la réponse complète que j'ai donnée à cette question, ainsi que le contexte dans lequel je l'ai donnée, avec les termes de cet article d'octobre 2003 :

« J'ai dit à Pullman que comme j'étais une grande admiratrice de A la croisée des Mondes, j'étais intéressée de voir la pièce de théâtre qui en était tirée, mais que j'étais réfractaire à l'idée d'un film. Le film est, dans un sens, déjà dans ma tête, ma propre vision en fait. Je n'en veux pas une autre.

"Le cinéma est une expérience totalitaire, concède-t-il. On est dominé par le cinéma : par le timing du réalisateur, les coupes qu'il choisit, le mouvement des caméras."

"D'où la déception que vous ressentez presque toujours quand vous voyez le film tiré d'un livre : vous savez qu'elle ne ressemble pas à cela, ou qu'il n'aurait pas porté ces vêtements, et oh, ils ont changé la fin. C'est donc un genre différent d'expérience."

"Il parle avec chaleur et passion, puis grimace : « Aussi, pourquoi le faire ? Pourquoi dire oui quand on vient à vous avec une forte somme d'argent ? Je ne peux pas en imaginer la raison." Il rit. »

Sortir une réponse hors d'un contexte, inventer une question qui n'avait pas été posée, et mettre la réponse à sa suite n'est pas ce qui s'appelle du journalisme honnête. Placer cette réponse en larges caractères à côté de la nouvelle question, comme si elle y était liée, confine à la malhonnêteté.

Voici maintenant la vérité.

Il n'y aura aucune trahison de quelque sorte que ce soit. Je n'aurais pas vendu les droits à New Line si j'avais pensé qu'ils étaient incapables de faire un film honnête à partir de l'histoire que j'ai écrite. Chaque conversation que j'ai eue avec eux, chaque ébauche de chaque scénario que j'ai lue, renforce ma croyance dans l'intégrité et la bonne foi des producteurs des films.

Et, pourrais-je dire, leur fine intelligence. Car ils savent ce qu'est une métaphore. Prenez le mot «totalitaire » dans la citation ci-dessus de l'article d'Erica Wagner. Est-ce que cela signifie que je pense que chaque film est fait par des disciples de Staline ou d'Hitler ? Bien sûr que non. C'est une métaphore. Ca veut dire que les films ont un plus grand impact et de façon immédiate que quasiment n'importe quel autre media, que les spectateurs doivent regarder là où le réalisateur choisit de pointer sa caméra, que nous ne pouvons pas discuter ce choix pendant son déroulement comme nous pouvons le faire quand nous lisons un livre, que nous devons concéder une certaine part de contrôle en raison de la vitesse à laquelle nous sommes embarqués - et ainsi de suite. Le réalisateur de film a ce type de pouvoir. En retour, ceci donne à un film une authenticité et une rapidité dans la flexibilité narrative sans égal.

Et prenez l'argument principal de l'article de Coates : l'accusation selon laquelle au lieu de dépeindre Dieu, le film substituera quelque chose de plus faible et moins susceptible d'offenser la droite chrétienne, que c'est un nouveau développement choquant et une trahison de ma « vision ».

Encore une fois, l'article précédent d'Erica Wagner coupe court à cette proclamation. Wagner indique : « Il est vrai que A la croisée des mondes contient un portrait virulent d'une structure cléricale, mais la dénonciation de Pullman porte sur les structures de l'autorité humaine, non sur la foi en tant que telle. »

Ce n'est pas comme si j'avais essayé d'étouffer ce point. N'importe qui ayant lu un article que j'ai publié dans The Gardian du 6 novembre, à propos de la théocratie et de la lecture, aura compris que ma lutte principale a toujours été, littéralement, contre la nature intégriste de la puissance absolue, qu'elle se manifeste dans l'état policier et religieux d'Arabie Saoudite ou l'état policier et athée de la Russie soviétique. La différence entre ces puissances d'une part, et les puissances démocratiques issues de l'imagination humaine d'autre part, sont au coeur même de A la croisée des mondes - et pour comprendre ceci, vous avez besoin exactement du type d'intelligence qui peut saisir la nature du langage figuré.

Par exemple, prenez la scène où je dépeins la mort de l'Autorité, la figure angélique ancestrale qui a prétendu être le créateur. Voici comment je la décris :

« A eux deux, les enfants parvinrent à extirper le vieillard de sa cage de cristal ; ce n'était pas très difficile d'ailleurs, car il était aussi léger qu'une feuille de papier, et il les aurait suivis n'importe où, car il était privé de toute volonté et réagissait aux marques de gentillesse les plus simples comme une fleur face au soleil. Mais, lorsqu'il se retrouva à l'air libre, plus rien ne pouvait empêcher le vent de provoquer en lui des ravages et, sous l'œil consterné des deux enfants, son corps commença à se défaire et à se dissoudre. En l'espace de quelques secondes seulement, il se volatilisa et ils ne conservèrent de lui que l'image de ses yeux émerveillés et le souvenir d'un profond soupir d'épuisement et de soulagement.
Il avait disparu : mystère dissous dans le mystère. » (Traduction Jean Esch, éditions Gallimard Jeunesse)

Le récit complet est plein d'images. « il était aussi léger qu'une feuille de papier » : cela comporte, autant que la comparaison physique, une signification littérale, la lettre plutôt que l'esprit, la loi plutôt que la vie. Mais pour comprendre cela, vous devez pouvoir lire avec imagination, avec empathie et non juste en déchiffrant.

Les producteurs du film à qui j'ai confié cette trilogie sont tout à fait capables de lire de cette manière alliant l'imagination et la métaphore. J'ai accordé ma confiance à New Line Cinema non pas en raison de leur expérience incomparable dans l'imagerie par ordinateur, mais parce que les conversations que j'ai eues avec chaque personne impliquée m'ont amené à croire qu'ils partageaient ma compréhension de la nature démocratique de la lecture, et ma foi dans la liberté de l'imagination humaine. C'est l'élément le plus important du récit : c'est ce que représente la Poussière. Les brillantes réussites techniques de New Line sont un bonus, qui me rend impatient de voir le passage du livre à l'écran, mais elles seront au service de l'histoire, parce que l'histoire est au coeur de tout. Mon engagement pour New Line est aussi ferme que leur engagement à cela.

Et c'est pourquoi ceux qui seront décidés à poursuivre la polémique feront ce que font les intégristes de tout poil : insister sur une interprétation littérale de chaque mot, une identification point par point de ceci avec cela, une lecture « correcte » qui est autorisée, approuvée et certifiée par les autorités auxquelles ils se soumettent. Les gens de cette sorte ne comprennent pas l'ironie, l'implication ou la subtilité quelqu'elle soit. Certains des premiers critiques des livres m'accusaient même, en raison de leur lecture bûtée et littérale, d'inverser les principes moraux, en exposant à mes lecteurs que le mal était bon et le bien mauvais. Ce dont ce genre de personnes ont vraiment peur est la puissance de l'imagination humaine, précisément parce qu'elle peut prendre tant de formes. Ils n'aiment pas la métaphore, ils ne la comprennent pas, ils ne lui font pas confiance. Au plus profond, ils n'aiment pas du tout les histoires.

Enfin : est-ce que ALCDM est anti-religieux, ou pas ? La religion est quelque chose que les êtres humains créent, et ce récit prend le parti de l'humanité. Les sentiments d'émerveillement, de joie et de crainte que les hommes ont toujours ressenti face à la nature et au mystère de nos vies ont parfois pris une forme religieuse, parfois poétique ; et parfois ils ont pris la forme d'écrits scientifiques. Je pense avoir essayé d'exprimer ces sentiments en écrivant un récit. Que celui qui a des oreilles pour entendre, écoute. C'est à cela qu'est destiné l'histoire.

Quant à ce que ça dénonce - ce sont ceux qui pervertissent et abusent de la religion, ou n'importe quelle doctrine avec un livre saint, un sacerdoce et un outil de pouvoir qui prend la forme d'une autorité incontestable, afin de dominer et supprimer les libertés des hommes. Dans le monde de Lyra, ce pouvoir est utilisé par une église puissante et corrompue, qui diffère par certains côtés de l'église que nous connaissons, tout comme la vie quotidienne des personnages. Dans notre monde, ce type de pouvoir a été utilisé à diverses époques au nom de la religion aussi bien qu'au nom de l'athéisme «scientifique ». Il est utilisé politiquement, il est utilisé culturellement ; parfois c'est une police religieuse qui bat les femmes ne portant pas la robe correcte, et parfois c'est une presse lâche, se couchant devant le pouvoir corporatiste, qui caquette et raille chaque fois qu'elle déniche quelque chose qu'elle juge pouvoir critiquer sans risque.

Mais le comprendre nécessite une sophistication que vous trouvez chez des enfants de onze ans brillants ; ce peut être hors de portée de certains adultes. Il y a plus d'une façon de raconter l'histoire de Lyra et Will, comme tout ceux qui ont eu la chance de voir la production merveilleuse de Nicholas Hytner au théâtre national à Londres le savent. Son récit diffère des livres ponctuellement, mais le script, par Nicholas Wright, est fidèle à l'esprit de l'histoire même s'il l'adapte cette dernière pour le théâtre ; et je suis très confiant sur le fait que New Line, quelque soit leur choix concernant la réalisation du film, y sera aussi fidèle en l'adaptant pour l'écran.

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Message par Rey » ven. 24 déc. 2004, 14:29

Merci, Nef, de nous faire partager la réponse de Philippe pullman...

Je suis indignée de voir à quel point les médias peuvent s'amuser à manipuler les gens... Finalement, ils ont tous les moyens pour diriger le monde.

Surtout, surtout, ne pas faire confiance aveuglément...
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Message par Fitz » ven. 24 déc. 2004, 18:11

je suis content de savoir que Pullman fait confiance en new line. Si Pullman a confience en eux, moi aussi!
Si je dois modifier la course du temps, si je dois faire emprunter au monde une route meilleure qu'il n'en a jamais suivi, j'ai besoin de toi. Ton être est levier dont je me sert pour obliger l'avenir à sauter de son orniere.

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Message par John Parry » sam. 25 déc. 2004, 22:11

Merci Nef pour cette traduction, cela nous laisse à réfléchir sur la confiance envers les autres.

Est-ce que le "Times" à réagit à la réponse de Pullman?
"Nous sommes tous maître de nos choix, à nous de les assumer et de faire de notre mieux pour qu'ils soient bénéfique."

"La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien."
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Message par kytetiger » dim. 26 déc. 2004, 23:07

:< Ca ne fait que confirmer l'idée que les journaliste font toujours tout de travers. :pacool:

et PP a raison de faire attention à qui il se joint pour ne pas laisser son oeuvre entre de mauvaise mains.

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Message par Haku » mar. 28 déc. 2004, 19:09

intéressante traduction (plus rapide et plus simple que de lire le tout en VO !)
Mais voir Pullman monter au crénaeau pour expliquer le sens de son oeuvre me laisse présager que l'adaptation cinéma n'en n'est qu'à ses premiers obstacles...
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Message par Earwen » dim. 02 janv. 2005, 15:35

Ah ah... Cassé, le Times, cassé ! ^^

Sinon, je suis un peu d'accord avec toi, Haku, ça laisse présager d'autres obstacles... mais qui sait si ça ne sera pas bénéfique, en fin de compte.
La médiocrité n'admet rien de supérieur à elle-même, mais le talent reconnaît instantanément le génie. Arthur Conan Doyle

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