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La morale de la boussole :.
Mardi 04 Décembre 2007 - 12:03:16 par Sei - Détails - article lu 1077 fois -

Loin d'exposer les enfants au démon, comme le hurlent certains chrétiens, La Boussole d'Or est une ode à la pensée autonome. Je suis catholique, j'espère que ma fille le verra.



Par Mary Elizabeth WIlliams



4 décembre 2007 – Dimanche matin, j’emmènerai ma fille ainée, Lucy, presque 8 ans, à la messe hebdomadaire de notre église, en bas de la rue. Après cela, je la déposerai à l’école du dimanche, où elle prépare sa première communion. Ensuite, si elle le désire, nous irons voir un film que la ligue catholique me presse de boycotter, un film basé sur une série de livres que la ligue prétend « écrits pour promouvoir l’athéisme et dénigrer le christianisme, spécialement le catholicisme romain »



La production par New Line de l’adaptation merveilleuse des Royaumes du Nord, de Philip Pullman, a été ponctuée par l’indignation et les protestations des milieux catholiques. Le film est basé sur le premier roman de la trilogie à succès, récompensée par les prix Whitbread et Carnegie, de Philip Pullman, une série qui fait un usage généreux et indéniablement négatif des références catholiques : Dans A La Croisée des mondes, le monde est dirigé par le cruel Magisterium – ce qui s’avère être le mot désignant l’autorité enseignante de l’église catholique. Une ancienne religieuse déclare « la religion chrétienne est une très puissante et très convaincante erreur ». Les personnages possèdent un compagnon animal, une partie de leur âme, appelée, de manière provocante, daemons. Et l’auteur tue son image de Dieu.



Pas de miracles donc à ce que certains chrétiens, spécialement les catholiques, aient l’impression que Pullman dénigre nos croyances. Et des personnes qui ont créé l’Inquisition ne laissent guère de place aux contestations. L’éditeur catholique Ignatius Press offre actuellement un livre intitulé « Le joueur de flûte de l’athéisme » (En référence à la légende du joueur de flûte de Hamelin qui enleva tous les enfants de la ville au son de sa flûte NdT). Le groupement catholique « Centre de vie familiale » a posté un « avertissement urgent pour les parents », prédisant que, après avoir vu le film, les enfants « se dépêcheront d’acheter et de digérer les livres de Pullman, inculquant la haine de Dieu et le dénigrement du catholicisme. L’œuvre de Philip Pullman est à même de mettre des millions d’enfants au contact des forces démoniaques ».



Mais la palme du pire tollé revient à la ligue catholique. Durant ces dernières semaines, l’appel au boycott de la ligue a été reporté dans un grand nombre de journaux et de télé journaux, incluant CBS News, Entertainment Weekly et Newsweek. Un bon score pour une organisation qui, comme l’a fait remarquer Kathy Griffin, semble être « une bande d’idiots sur un ordinateur ». Sur son site internet, le président et seul porte-parole de la ligue, Bill Donohue, explique que « Nul parent désirant élever son enfant dans la foi ne voudra du moindre mot de ces livres ». Après avoir vu cette adaptation édulcorée, des parents insouciants pourraient être tentés de les offrir à leurs enfants pour Noël. Cette initiation aux livres, véritable promotion de l’athéisme pour les enfants, a-t-il déclaré, est « le but pernicieux du film.»



Ma fille se rend à l’école avec des enfants juifs, musulmans, hindous et athées. Ils savent que certaines personnes croient et d’autres ne croient pas en différentes choses, et je leur inculque le respect de cela. Si la foi est trop fragile pour être mise à l’épreuve par l’apparition d’idées novatrices, quelle est sa qualité ? Vous voulez un but pernicieux ? Essayez d’emmener vos enfants voir « High School Musical : The Ice Tour », et prenez mesure du camelotage en action des T-shirts à 30$.



Pullman, pour sa part, a déclaré « Pourquoi ne faisons-nous pas confiance aux lecteurs et aux spectateurs ? Cela me désole que de tels nigauds aient leur place sur cette planète. »



Il n’y a pas de position officielle de l’église au sujet de Pullman, et toutes les publications catholiques n’ont pas été aussi véhémentes. Digest Catholic, le magazine catholique le plus diffusé dans le monde, suggère d’utiliser le film comme un tremplin pour « encourager vos enfants à réfléchir aux issues auxquelles le livre mène, de manière intelligente et censée. » Un article de la très ancienne agence Catholic News Service rapporte : « ce n’est pas une aussi flagrante et réelle position anticatholique comme celle prônée dans les films comme « Elizabeth, l’Âge d’Or » ou « Da Vinci Code ». Ce film – modifié par rapport au support d’origine – apporte un divertissement intelligent et très bien construit. »



A ce que je sache, Bill Donohue n’a pas encore vu La Boussole d’Or. Moi si. Je pense que le film va l’agacer. Si vous êtes offensé à outrance par ce à quoi la narration se réfère, autrement dit un « pouvoir tout puissant, craignant toute vérité excepté la sienne », une personne comme le personnage de Nicole Kidman, décrite comme protégeant son troupeau de « pensées impures et de sentiments désagréables », alors ce film n’est pas pour vous. Bien qu’il ne soit pas aussi direct que les livres – Le réalisateur, Chris Weitz, a retiré les références à l’église du scenario, expliquant que « cela serait inutilement provoquant et blessant pour certaines personnes » – Le potentiel du message exprimant le pouvoir de la vérité et de la pensée autonome reste intact. Je pense que la majorité d’entre nous qui nous appelons nous-mêmes catholiques pouvons le comprendre – c’est l’espoir de ceux qui cherchent là-dedans une critique de l’église qui est le plus offensant.



Ma seule objection par rapport au film n’est pas philosophique mais pratique : Le film est sacrément intense ! Il y’a de la torture sur des enfants, de la cruauté, de la violence et un combat d’ours à ours qui arrache des soubresauts au public. Lucy, qui est encore traumatisée par la fin de « Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé », et moi devrons discuter ensemble pour décider si elle est prête à ça. Et ma fille de 3 ans, qui crie devant « Il était une fois… » (le dernier film de Disney NdT), ne sera pas prête avant quelques années !



A chaque parent de juger. Je suis aussi prompte que n’importe qui à mettre mon veto sur n’importe quel livre, film ou jouet qui véhicule une philosophie négative ou douteuse. Mais j’ai beaucoup plus d’inquiétude pour mes filles et leurs valeurs lors qu’elles mendient pour une poupée Bratz Dolls ou se sur-identifient à une princesse Disney. Et j’aurais été d’accord que mes filles, qui se sont déguisées en Hermione Granger et Chihiro cette année, découvrent un jour la brave, intelligente et courageuse héroïne de Philip Pullman : Lyra Belacqua.



Je veux que mes enfants comprennent que les êtres humains et les institutions sont faillibles. Que parfois ceux qui revendiquent l’autorité morale peuvent être corrompus et en abuser. Je veux qu’ils s’indignent de toutes les erreurs perpétuées au nom de Dieu, qu’ils se posent des questions sur l’autorité, qu’ils soient de valeurs fauteurs-de-troubles s’ils apportent des changements positifs. J’ai dit à ma fille que personne n’est sûr qu’il y’aie un Dieu ou un Paradis. J’ai toujours pensé que c’était cela la beauté de la foi – qu’il n’y a que cette volonté qui nous permette de croire en des choses dont on ne peut prouver l’existence, lorsque l’on regarde les étoiles ou qu’on admire l’élégance d’une séquence ADN, la possibilité d’une architecture supérieure. J’espère que ma fille trouvera son bonheur et une communauté au sein de sa religion. Mais je préfère qu’elle grandisse et devienne une bonne et généreuse non-croyante qu’une moralisatrice et croyante aveugle en le dogme chrétien.



A la fin de La Boussole d’Or, la sorcière Serafina prédit une guerre à venir, une guerre qui affectera tout le monde. L’enjeu, dit-elle, n’est autre que notre liberté de pensée. Par coïncidence, il n’y a pas très longtemps, ma fille est entrée de l’école du dimanche, me suppliant de la laisser me raconter l’histoire d’Adam et Eve. « Le serpent a fait manger une pomme à la dame », a-t-elle dit pleine d’enthousiasme, « et c’est pour ça qu’on a mal quand on a des enfants. »



« Oui, peut-être. », ai-je répondu avec toute ma retenue possible. « mais peut être que cette histoire parle d’autre chose. » Peut-être, lui ai-je dit, que cela parle du moment de notre évolution ou nous avons reçu notre âme. Lorsque nous avons commencé à utiliser la raison aussi bien que l’instinct. Parc que tu sais ce qui nous rend humain ? Notre capacité à faire nos propres choix. Je lui ai dit que je ne pensais pas que Dieu nous avait chassés du Paradis pour nous punir. Je crois en celui qui nous a mis dans un monde de miracles, pour nous mettre au défi de le comprendre.

Détails
Mardi 04 Décembre 2007 - 12:03:16
Sei
Source : salon.com
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