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Philip Pullman: ‘Boris Johnson ne fait pas attention à qui il blesse’ :.
13 Octobre 2019 - 10:04:15 par Haku - Détails - article lu 30 fois -

Philip Pullman: ‘Boris Johnson ne fait pas attention à qui il blesse. Il ne fait pas attention s’il détruit ou non la vérité.’

Sophie Heawood, The Guardian, 29 September 2019
Il est le maître pour mêler faits et fiction, comme le dit Philip Pullman, les politiciens actuels sont à un autre niveau.




‘Les dictateurs adorent les référendums’: Philip Pullman. Photo : Emma Hardy/The Observer

J’ai rencontré Philip Pullman 24 heures après qu’il a négligemment considéré sur Twitter vouloir pendre Boris Johnson. “C’était une mauvaise blague” reconnait-il, l’air un peu embarrassé alors qu’il entre dans le salon avec un plateau de biscuits qu’il dépose sur une pile de livres sous lesquels il paraît que l’on trouve une table basse. Il dit que ses éditeurs étaient un peu remontés : menacer le premier ministre n’était clairement pas la manière dont ils s’étaient entendu pour lancer la campagne promotionnelle de son nouveau livre jeunesse, The Secret Commonwealth, et Pullman a du publiquement retirer ses mots après des critiques. “Mais, ajoute l’auteur de 72 ans, son tons s’éclaircissant alors qu’un de ses chiens grimpe sur ses genoux et que l’autre monte la garde près des biscuits, le résultat c’est que j’ai gagné 2000 followers sur Twitter !”

Pullman créé des mondes magiques dans ses fictions multi-récompensées écrivant depuis sa ferme du XVIe siècle dans un village à la sortie d’Oxford, où il vit avec sa femme, ses ukulélés, ses cockapoos et ses étagères qui débordent. Mais si je m’attendais à rencontrer quelqu’un d’un autre monde, je me trompais. Pullman, qui a deux fils et plusieurs petits-enfants, est tout à fait de ce monde, et peut parler en détails des machinations dans l’ombre de Dominic Cummings, de la mode selon Victoria Beckham et des vidéos de sculpture sur bois qu’il se prend parfois à regarder sur YouTube. Son observation du gouvernement n’est pas mono-partisane : il me dit que Michael Gove, en tant que secrétaire à l’éducation, l’a une fois invite à discuter littérature. Pullman lui a dit que les bases ne sont pas la grammaire ou l’orthographe, comme Gove le pensait “car quiconque utilise un correcteur orthographique sait qu’on corrige tout cela à la dernière minute” mais plutôt les rimes dans les comptines, les chansons et l’amour du langage lui-même. Rien n’en est sorti “mais je dois le lui reconnaître : il a été très Courtois et il a écouté, et un assistant a pris des notes. Et Gove a fait une blague en le voyant ‘au cœur du Magisterium’, aussi avait-il lu mes livres”.

C’est une bonne blague, vu que le Magisterium est l’organisme mystérieux et autoritaire qui gouverne le pays dans les deux trilogies de Pullman : A la Croisée des mondes, qui a été publié à partir de 1995, et désormais La Trilogie de la Poussière, dont The Secret Commonwealth est le second tome. Son personnage le plus connu, Lyra, est l’héroïne de chacun d’eux. La première trilogie la suivait de l’âge de 11 ans vers le début de l’adolescence. La seconde trilogie a démarré alors qu’elle était bébé dans un préquel, mais désormais fait un bond en avant vers les 20 ans de Lyra, alors qu’elle est étudiante à Oxford, comme le fut Pullman. Naturellement, elle se bat à nouveau contre le pouvoir, repérant la corruption et la combattent comme David contre le Goliath du Magisterium.

Le tout est cis dans un passé alternatif et presque britannique, mais ce tome semble plus que les autres consciemment lié à notre présent. Il y a des références à des réfugiés qui accostent sur des îles grecques et un personnage nommé Nur Huda el-Wahabi, en souvenir d’une écolière décédée dans la Grenfell Tower. (Son ancien professeur a remporté une enchère pour donner un nom à un personnage de son livre et Pullman en a été ravi). A mi-chemin du roman, Lyra explique ce en quoi consiste “raconter des conneries” réellement, et, peu après, un membre du Magisterium est décrit comme disant à quelqu’un que “nous devrions délicatement et subtilement saper l’idée qu’une vérité et des faits puissent être possible en premier lieu. Une fois que les gens doutent de la véracité de quoi que ce soit, un tas de choses nous seront possibles”.

Je me demande si des gens tels que Gove, Johnson et Trump et leurs fake news “en avaient assez des experts” et si les éléments de narration autour du Brexit lui étaient à l’esprit quand il a écrit cela.

“Ce n’est vraiment pas à moi de juger” dit-il, préférant ne pas dire aux gens comment interpréter son œuvre explicitement, même si “cela pourrait être le cas”. Il acquiesce. “Inévitablement, je suis affecté par le décor politique de l’époque, car je suis citoyen en plus d’être auteur, et que je suis intéressé par l’actualité politique”.

Pullman est cependant plus que ravi de parler politique. Il trouve que le référendum sur l’Europe était “quelque chose de terrible, une terrible erreur. Le Parlement désormais n’est plus souverain. C’est apparemment la volonté du peuple qui est souverain, et c’est terriblement dangereux car la volonté du peuple peut aisément être manipulée, et on l’a vu en Allemagne. Les dictateurs adorent les référendums.”

Il vit dans une place-forte des conservateurs, où il lui faut voter pour les libéraux-démocrates car un vote travailliste y serait vain, aussi croit-il fermement à une réforme électorale. Dans tous les cas, le mouvement qui conduit notre politique actuelle “de blague à tragédie est le manque d’opposition du parti travailliste. Les gens disent qu’ils ont élu le mauvais Miliband. Je pense qu’ils ont plutôt élu le mauvais Ed. Ed Balls aurait été un excellent leader. C’était une grosse erreur, tout comme ensuite s’accrocher à un système électoral qui pèse tant en faveur des syndicats. C’est à nouveau du populisme. Si les têtes de parti étaient simplement et uniquement élues par les parlementaires, nous aurions un bien meilleur panel de leader, mais cela ouvre aussi la voie à la corruption, comme c’est le cas chez les travaillistes qui ont réussi à franchiser leur choix parmi les vieillards d’un club de bowling. C’est très bien, ils méritent de recevoir un vote, mais de là à recevoir tous les votes ?

A-t-il jamais cru en Corbyn ?
“Corbyn est le plus à l’aise à l’arrière d’un camion avec un micro en main. C’est un de ces rebelles naturel de fond de classe. Il n’est pas à sa place dans des comités à assurer des accords, à donner son accord ou faire des compromis. Il n’est pas formé, par nature, à être le leader du parti, encore moins premier ministre, et c’est une tragédie absolue de le voir désormais enfermé dans ce chemin”.

Je prends ceci comme un non, alors. Concernant le premier ministre : “ C’est un psychopathe. Ou bien il est sociopathe. Il est né sans les réactions humaines normales que sont la honte, l’embarras, vous savez, toutes ces choses… Il ne les connaît pas. Par ces aspects, bien sûr, il a beaucoup appris de Trump ; que vous pouvez arrive à une haute responsabilité d’état et utiliser votre énergie à cassez les choses sans que personne ne réagisse, ou ne parvienne à vous arrêter. Et l’opposition est impuissante et inutile”.

Si Johnson fait tenir une élection, Pullman suspecte qu’il ne la présente comme “le peuple face au parlement – en se mettant du côté du peuple ; ce n’est qu’une blague - mais il pourrait le faire et gagner et ce serait terriblement dangereux”.

Je mentionne le fait la première trilogie, dans laquelle des enfants sont enlevés dans des camps et maltraités, séparés de leurs daemons, semble désormais prémonitoire, quand on regarde à ce qui se produit à la frontière entre USA et Mexique.

“Je n’y avais pas pensé, dit Pullman. Mince, je suis un prophète et je ne le savais pas. Nous vivons une époque très intéressante et une grosse crise d’une forme ou d’une autre va survenir, n’est-ce pas ?”

Une série télévisée basée sur A la Croisée des mondes arrive bientôt sur la BBC et HBO avec James McAvoy, Ruth Wilson et Lin-Manuel Miranda. Pullman semble raisonnablement intéressé quand je l’évoque, mais note qu’il est loin de s’agir de la première adaptation. Il y a eu des pièces de théâtre au National Theatre en 2003, puis les audiobooks, qu’il a trouvés “un peu déconcertants” du fait que beaucoup d’acteur avait aussi joué dans The Archers. Puis il y a eu le film d’Hollywood qui n’a pas connu de suite et était regrettable, car il aime Nicole Kidman et voulait la voir jouer l’évolution du personnage au moment où elle est “dépassée par l’amour qu’elle ne ressentait pas jusqu’alors pour Lyra” (il avait lui-même écrit à Kidman pour qu’elle prenne le rôle “mais la lettre n’avait pas atteint son but, j’aurais change le nom et écrit ‘Chère Cate Blanchett’ à la place”).

De façon déconcertante, la productrice déléguée américaine de la nouvelle série a publié une déclaration qui réfute que les histoires de Pullman sont antireligieuses, ce qui est assez faux, mais qui était plutôt nécessaire pour rassurer la ceinture évangélique aux Etats-Unis, qui s’était emportée au sujet du film et de son message hérétique anti-chrétien. Je soulève ce point et Pullman soupire du fond de la gorge.

“L’Amérique c’est un autre monde, dit-il. Nous nous sommes fourvoyés en pensant que nous pouvions les comprendre”.

Il est cependant intéressant que dans son nouveau livre Lyra perd ses affiliations au surnaturel pour devenir une rationaliste pure et dure. Cela nous amène au cœur du paradoxe de Pullman : ses livres semblent déconstruire l’institution chrétienne tout en restant ancrée dans la beauté liturgique ; et il respecte tant la science qu’il l’utilise pour meubler ses impossibles mondes imaginaires. The Secret Commonwealth se conclut après 687 pages par les mots “A suivre” (en réalité, “A conclure”, NdT).

“Si je suis suffisamment épargné pour écrire le troisième livre, tout s’éclaircira, j’espère” dit-il en ne blaguant qu’à moitié. Après des années avec des problèmes de prostate et d’opérations, et des soucis de santés pour sa femme, il dit que “aucun de nous n’est en très bonne santé et voyager et sortir pour de longues soirées n’est plus possible. Mais ça ne me gene pas du tout. Je ne veux pas voyager”. A la place, il mène des recherches sur les endroits lointains de son nouveau livre, comme Istanbul, en scrollant dans Google Street View. Je ne sais pas s’il rassemble ses forces pour donner bonne figure pendant l’interview, mais il paraît en excellente forme aujourd’hui, faisant le thé, me faisant visiter, me reconduisant à la gare d’Oxford dans leur voiture.

Et puis, bien sûr, il y a toujours Twitter, où il reste aussi vif que jamais : “Je me suis retrouvé dedans jusqu’au cou il y a un an ou deux quand j’ai demandé en toute innocence ‘quelle est cette querelle entre les féministes et les transgenres ? De quoi s’agit-il ?’”.

Il prétend, plutôt malicieusement, qu’il ne comprend toujours pas le débat cherchant à définir si le genre peut être dépassé biologiquement ou socialement, mais je suggère qu’il s’agit d’un sujet pertinent vis-à-vis de ses livres, où presque tous les enfants naissent avec un daemon du sexe opposé, qui représente une autre part d’eux, peut-être leur âme. Le daemon change de forme jusqu’à la puberté, puis prend une forme définitive et l’enfant découvre en partie qui il est. Cela me fait penser à la question des enfants transgenre et au choix de bloquer la puberté. Il se plonge en réflexions à ce sujet.

“Si j’avais un enfant, garçon ou fille, qui ressentait profondément dès un très jeune âge, manifestement, qu’il ou elle se trouvait dans le mauvais corps, j’espère que je me montrerais aussi compréhensif et attentif que possible, dit-il. Ce que je ne crois pas que je ferais serait de les précipiter chez un endocrinologue. Je sais que si vous souhaitez mener une transition, c’est physiquement plus plausible ou convainquant, de le faire avant la puberté, mais un enfant avant la puberté est-il capable de… Je veux dire, la réponse… nous n’en savons rien, si ? Nous ne savons pas. La seule chose à faire est d’être aussi attentionné que possible”.

Ancien professeur, Pullman s’intéresse énormément à ce que nous disons aux enfants et comment nous les élevons ; Il est grand fan de Michael Rosen et croit que le livre de Kate Clanchy Some Kids I Taught and What They Taught Me “devrait être dans toutes les salles des professeurs”.

Il a cessé l’enseignement avant la mise en place du programme national “et je parle vraiment comme un renfrogné de première désormais quand on en vient à l’éducation”. Concernant le régime littéraire des écoles primaires : “Si on considère que les bases c’est de bien épeler et de ne pas finir les phrases avec une préposition, alors c’est une monstrueuse perversion de tout ce qui est vrai et bien. Adverbes introductifs ? Non-sens ! Ca me rend fou de penser qu’ils enseignent cela”.




‘We’re living in very interesting times and there’s going to be a big crisis of some sort’: Philip Pullman. Photograph: Emma Hardy/The Observer

Il a vu des tests scolaires où ils disaient “Prenez quinze minutes pour faire votre plan et 45 pour écrire votre histoire”. “Quand j’enseignais, je disais que oui, vous devez faire un plan quand vous écrivez une histoire, mais écrivez l’histoire d’abord et faire le plan après, car ainsi le plan respectera l’histoire et vous aurez plus de points”.

Il ne rigole pas – c’est ainsi qu’il travaille : “Ce n’est pas fonctionner à l’envers. Je trouve que c’est faire les choses dans le bon ordre”.

Nous discutons de l’obsession grandissante dans les écoles pour la rigueur. Il dit que lorsqu’il allait à l’école, les professeurs avaient fait la guerre, et n’allaient pas être effrayés par une bande de gamins. “Le professeur de français avait fait les convois arctiques ; celui de géographie avait conduit des tanks dans le désert. Le prof de physique, c’était une brute qui avait conduit des hydravions Catalina au-dessus de l’Atlantique”. Quand Pullman a lui-même enseigné, il manquait de leur sens de l’autorité “si bien que la seule chose dont je disposais pour leur faire garder leur calme, c’était leur raconter des histoires”. Il a aussi constaté que chaque classe avait son roi ou sa reine que les autres élèves révéraient si bien que si vous deviniez de qui il s’agissait et vous concentriez sur eux les premières semaines, le reste de la classe suivrait.

Nous sortons pour regarder les boites décoratives qu’il a créées dans son atelier de menuiserie et découvrons que les deux cockapoos, Coco et Mixie, qui ressemblent à des chiens de designer doggies mais se comportent comme des bêtes sauvages, se sont échappés. Quelques minutes plus tard, après que Pullman est parti explorer ses ares de terrain à leur recherche, je les retrouve dans le jardin des voisins en train de profiter de la vie. Nous les rapatrions chez eux et découvrons qu’ils ont aussi dévoré les biscuits, laissant derrière eux une trainée de livres qu’ils ont fait tomber.


Détails
13 Octobre 2019 - 10:04:15
Haku
Source : The Guardian
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