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Les mondes déchus de Philip Pullman :.
13 Octobre 2019 - 00:08:05 par Haku - Détails - article lu 41 fois -

Les mondes déchus de Philip Pullman

L’auteur parle de l’écriture de fantasy, de sa détestation de Tolkien, et du voyage de l’innocence vers l’expérience
Par Alexandra Schwartz, The New Yorker 29 septembre 2019



Philip Pullman chez lui à Oxford / Photographies par Clare Hewitt pour The New Yorker


Le Paradis Perdu pourrait ne pas paraître très attrayant pour un roman de littérature jeunesse où les gens ont leur âme incarnée par des daemons à forme animale et où le destin de l’univers repose sur les épaules d’une polissonne et la force d’un ours en armure. Mais l’auteur britannique Philip Pullman a eu la sagesse de prendre Milton pour muse de sa trilogie de renom A la Croisée des mondes, qui a débuté avec la publication des Royaumes du Nord en 1995. Ce livre a mis en scène l’une des héroïnes enfant des plus marquantes de la littérature anglaise : Lyra Belacqua, une jeune pupille débraillée et impérieuse issue du Jordan College d’Oxford, qui pousse d’elle-même jusqu’au jour où elle est projetée dans le rude devoir de sauver le monde du Magisterium, une sombre église qui souhaite se débarrasser du péché originel. Pullman, adorateur de William Blake, est un athée ardent et célèbre. Ses romans prônent l’expérience plutôt que la préservation de l’innocence, même si la transition de l’un à l’autre ne se fait pas sans en payer le prix; je ne dois pas avoir été le seul être de 14 ans à pleurer sur le final du Miroir d’Ambre (2000), l’ultime tome de la trilogie.

Pullman, qui a écrit aussi bien pour les adultes que les enfants, dont la série Sally Lockhart, de nombreux contes de fée et sa réécriture du Nouveau Testament, se considère comme un conteur avant tout. Avant de devenir écrivain, il a enseigné dans une école primaire. En 2017, il en est revenu à l’univers de Lyra avec La Belle Sauvage, le premier volet d’une trilogie annoncée sous le titre anglophone du Livre de la Poussière, en référence à la mystérieuse particule associée à la conscience qui est au cœur de la trilogie A la Croisée des Mondes. Le second tome de cette trilogie, The Secret Commonwealth, sera publié en octobre et une adaptation d’A la Croisée des Mondes, avec James McAvoy, Ruth Wilson, Lin-Manuel Miranda, et la jeune Dafne Keen, sera diffusée sur HBO le mois d’après. Pullman vit avec sa femme et ses deux cockapoos dans l’Oxfordshire ; il a échangé avec le New Yorker par téléphone au cours d’une récente après-midi.

J’aimerais être à vos côtés mis puisque ce n’est pas le cas, pouvez-vous me décrire la pièce où vous vous trouvez ?

Je suis dans le salon. C’est une pièce assez petite. Il s’y trouve des livres sur deux des murs, et des tas de livres devant ceux-là. Il y a une vieille chaise abîmée dans une sorte d’orange cramé sur laquelle je me trouve. Il y a un sofa en travers de la pièce où ma femme s’assoit et d’où les chiens essaient de l’en repousser. Des livres, encore des livres, des livres partout. Voilà pour la pièce. Pour ce qui est des murs, il y a une peinture, non une lithographie, d’Ana Maria Pacheco, l’artiste brésilienne. Il y a une petite gravure en bois par Edward Gordon Craig et un petit tirage de Georges Braque, un oiseau en vol. J’y suis très attaché. Il y a de vieilles assiettes chinoises que j’ai héritées de ma tante, en haut des étagères à livres.

Cela a l’air cossu.
Ca l’est. Vous pouvez le dire en voyant tout ce bazar.

Avez-vous un système pour classer les livres?
Non. Le dernier arrive va au-dessus des autres. C’est le mieux que je puisse faire. J’ai beaucoup trop de livres. Chaque fois que je sors, j’achète par mégarde des livres. Différents éditeurs m’envoient des livres pour que j’y jette un œil, et c’est sympathique également. Je dois trouver un moyen de donner des livres à des bibliothèques carcérales, car je pense qu’elles devraient vraiment en avoir.

The Secret Commonwealth, le second volet de votre nouvelle trilogie, la Trilogie de la Poussière, en revient au monde que vous avez créé dans A la Croisée des Mondes. Comment avez-vous décidé d’en revenir à Lyra ?
Comme toujours. Les histoires viennent à moi. Je ne le fais pas exprès. Je me suis retrouvé à rêvasser sur un tas d’évènements qui impliquaient Lyra et les gens qui l’entourent. Et il y avait toujours une sorte de mystère que je n’avais pas pleinement résolu à mon goût dans A la Croisée des Monde, en ce qui concerne la nature de la Poussière. Il est question de conscience, mais je n’étais pas allé au fond des choses, et je me sers de cette histoire, notamment, comme moyen de trouver ce que j’entendais avec cette idée.

Et vous découvrez cela à mesure que vous écrivez?
Oui, pour moi c’est ainsi que ça marche. Je ne pourrais pas écrire un roman s’il me fallait d’abord tout clarifier. J’écris en aveugle, comme ça, sans savoir où l’histoire va aller ou ce que les personnages vont découvrir. C’est plus excitant ainsi. Je m’ennuierais juste – je m’ennuierais à en mourir – si je savais tout par avance.

Le premier tome se tient alors que Lyra est un bébé. Elle n’est pas très communicative, comme c’est le cas avec les bébés.
Oui, elle n’agit pas beaucoup dans ce livre. Elle est le McGuffin, pour reprendre les mots d’Hitchcock, l’élément qui déclenche l’histoire: les plans secrets, la valise déverrouillée, ou la femme mystérieuse qui porte un voile, peu importe ce dont il s’agit.

Et désormais, elle est de retour dans The Secret Commonwealth, et elle a 20 ans. Et c’est un choc, honnêtement, de lire tout cela, car elle est perturbée, elle est amère, elle est dépressive. Elle n’a rien à voir avec l’héroïne confiante dont on se souvenait de A la Croisée des Mondes.
Eh bien, elle grandit. Elle est une adulte. Je n’utilise pas le mot “dépressive”. C’est un mot plutôt déprimant. Mélancolie. Je crois qu’à un moment le daemon de Malcolm la décrit en utilisant les termes le soleil noir de la mélancolie (en français dans le texte, NdT) qui est une citation d’un poème de Gérard de Nerval que j’aime beaucoup. Elle est marquée par la mélancolie, et l’une des raisons à cela, et probablement l’une des conséquences à cela, c’est qu’elle et Pantalaimon ont vécu une rupture.

En effet, ils ne sont plus liés de la façon dont les gens de ce monde le sont avec leur daemon.
En effet. C’est une question sur laquelle j’ai beaucoup réfléchi. Vous voyez, vous avez une représentation des daemons dans A la Croisées des Mondes faisant d’eux des êtres proches, une facette de vous-même. On ne peut vous sépare. Mais que se passe-t-il si vous n’aimez pas votre daemon, ou s’il ne vous aime pas ? Que se passerait-il ?

Par le passé, vous avez dit que plutôt que créer les daemons vous aviez plus ou moins découvert qu’ils étaient présent dans votre écriture.
Je suis sûr qu’une personne qui s’en tient très strictement à la démarche scientifique dirait que je n’ai rien découvert car il n’y avait rien avant que je ne l’invente. Mais cela me laisse bien plus l’impression de découverte que d’invention.

Si vous le dites, je vous crois. Vous êtes plutôt quelqu’un de rationnel bien qu’auteur de fantasy.
La raison est bon valet mais mauvais maître. Je crois que c’est David Hume, le philosophe anglais, ou écossais devrais-je dire — qui a dit que “la raison est et devrait seulement être l’esclave des passions.” En d’autres termes, la raison est là pour nous aider, mais les passions qui nous gouvernent sont les émotions et sensations de la vie humaine, qu’il s’agisse d’amour, de rage, de tendresse ou de revanche, quelque soit ce que ce puisse être. Ce sont là nos vraies guides. La raison indique toutes les imperfections et les problèmes, elle nous aide à trouver notre chemin vers ce que nous voulons faire. Mais si nous menons notre vie en fonction de la raison, nous ne tomberions jamais amoureux. Nous ne nous occuperions pas de nos aînés; nous les laisserions juste mourir. Ce serait terrible d’être gouvernés par la raison.

Vous êtes un athée assez connu. Le terme militant est assez souvent utilisé pour décrire votre athéisme, mais votre grand-père était homme d’église…
Oui.

Je me demandais ce à quoi ressemblait votre éducation religieuse en grandissant.
J’ai maintenant 72 ans, j’ai grandi avant les changements de langue dans la liturgie de l’Eglise Anglicane. Mon grand-père était victorien. Il était né aux environs de 1890, un homme très à l’ancienne par bien des aspects. Je l’aimais beaucoup. Et la Bible qu’il connaissait était celle du roi Jacques. C’est avec celle-ci que j’ai grandi. Quant aux services auxquels j’assistais – j’y allais tous les dimanches quand j’étais petit, parfois à l’église de mon grand-père, parfois à une autre – étaient donnés sur base du Livre de la prière commune, qui était l’édition de 1662 où les liturgies de l’église anglicane étaient assez figées. C’est donc le langage du XVIIe siècle qui m’a entouré. Et j’en ai toujours aimé aussi la sonorité. Les hymnes, aussi – même s’ils ne dataient pas nécessairement de cette période ; certains d’entre eux exposent la plus merveilleuse des langues. “His chariots of wrath the deep thunderclouds form, and dark is His path on the wings of the storm”. Quelle merveille est-ce là. Je répondais plus à cela par l’esthétique et les sensations que par le sens des mots. Mais si Grandpa me disait que Dieu était au Ciel, et que j’irais au Paradis, moi aussi, si j’étais un bon garçon, eh bien, je ne voyais aucune raison d’en douter.

Qu’est-ce qui a changé ?
C’est quand j’ai atteint l’adolescence et que j’ai commencé à lire pour moi-même que la foi m’a quitté. Mais cela ne veut pas dire que je suis devenu dès lors militant athée. Ce à quoi je m’oppose c’est ce que William Blake appelle la vision unique—être sous l’emprise d’une idée unique et tout voir par le truchement de celle-ci, qu’il s’agisse d’une idée religieuse ou scientifique ou politique, cela n’a vraiment rien de bon. On a besoin de points de vue multiples. Je suis donc tout à promouvoir la perspective de The Secret Commonwealth —ce monde de fées, fantômes, sorcières et autres —en parallèle au monde de la raison. Je ne voudrais pas être régi par l’un ou par l’autre.

Votre père était dans la Royal Air Force, et a été tué dans un accident d’avion au Kenya quand vous étiez petit. Quel âge aviez-vous ?
Environ sept ans. Je crois qu’il est mort en 1954.

S’est-il agi d’une tragédie marquante? Quelle était votre relation avec lui ?
En fait, mon frère et moi nous le connaissions à peine. Toute notre vie, il était en poste quelque part d’autre. Nous connaissions de lui une présence occasionnelle et aimable avec sa moustache montante en mode RAF et une cigarette, et probablement une pinte de bière également. C’était ce genre de personnage. Nous savions qu’il était au Kenya pour aider l’empire britannique à mâter un des groups qui cherchaient à démanteler l’empire britannique, les Mau Mau, et nous portons aujourd’hui un regard horrifié sur cette époque de par ce que les Britanniques ont fait – au Kenya et partout autour du monde ou presque. Mais pour un petit garçon de sept ans, son papa faisait ce qu’il fallait. Et quand il a été tué, forcément, c’était un grand héros. C’est tout ce que je savais étant enfant. Ce n’est qu’en grandissant, une fois en mesure de questionner ma mère et les autres à ce sujet que j’en appris plus.

Qu’avez-vous appris ?
Que lui et ma mère étaient sur le point de divorcer. Je n’en savais rien. Un autre choc, ce fut de pouvoir réfléchir au fait qu’il ait été tué pendant un combat. Et de réaliser que ce qu’il faisait, en fait, était de lâcher des bombes sur des gens armés de lances et couteaux. J’ai vraiment vu sa mort sous un jour nouveau.

Puis vous avez appris voici peu qu’il était mort dans un accident.
Ouais. Il était à nord d’un avion avec quelqu’un d’autre, un passager, un observateur ou autre, et ils se sont écrasés sur le flanc d’une colline. Après, c’était un très bon pilote qui volait depuis quinze ans vous voyez. Et donc je ne comprends pas pourquoi il se serait écrasé. C’est un mystère, avec le temps et la distance, je n’en saurai jamais plus.

A quoi ressemblait votre mère ?
C’était une femme que la guerre avait elle aussi affectée. Elle était fille de pasteur, mon grand-père. Son petit frère, mon oncle Tony, a été dans une bonne école et est devenu docteur. Mais un salaire de pasteur étant ce qu’il et, ils ne pouvaient payer les études que d’un enfant. Aussi ma pauvre mère qui était assez intelligente pour entrer dans une université et obtenir une carrière intéressante, ne l’a jamais fait. Et cela l’a toujours miné. Elle écrivait. Elle écrivait beaucoup de poésie quand elle était jeune, pendant la guerre, de la poésie sur de séduisants pilotes qui s’envolaient dans le clair de lune et ce genre de choses. Je possède encore certains d’entre eux. Elle aurait pu écrire, je crois. Elle lisait beaucoup. Mais cela n’a jamais fonctionné.

Quand elle s’est remariée, vous êtes partis quelques temps en Australie ?
Oui. Elle s’est marié un an ou deux après. Lui il était aussi dans la RAF, en poste en Australie, aussi ma mère, mon frère et moi sommes allés le rejoindre. Le plus intéressant, c’était de voyager par mer, car il en allait ainsi à cette époque. Et je me souviens encore d’un tas de détails: la couleur de la mère dans les différents coins du monde, la façon dont les vagues s’allongeaient d’une certaine façon à proximité du Cap de Bonne Espérance. Je suis très reconnaissant, vraiment, de l’enfance que j’ai eue, car elle m’a mené en Afrique du Sud, en Australie et finalement au nord du Pays de Galles où j’ai passé mes années d’adolescence.

Le nord du Pays de Galles compte beaucoup pour vous.
Très, car j’y suis devenu adolescent. J’ai appris à lire les choses que je voulais lire. J’ai commencé à comprendre que j’étais intoxiqué par la poésie. J’ai lu beaucoup de poésie. C’est aussi à cette époque que les Beatles et Bob Dylan ont percé. Chaque gosse, chaque ado de cette époque-là a été d’une façon ou une autre influencé par ces derniers.

Vous avez été ado à la meilleure époque qui soit pour être un ado.
Je crois que c’est le cas. J’ai beaucoup de chance.

Et je comprends que vous gardez l’adolescence en haute estime, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.
C’est une période très intéressante. Quand je suis devenu enseignant, je m’adressais à des enfants qui avaient entre onze et treize ans à peu près. Leur vie commençait à s’ouvrir en termes de curiosité intellectuelle, de maturité émotionnelle et de changements physiques. C’est une période de changements séismiques. J’ai toujours trouvé cela très important. C’est un changement, pour reprendre les si bons mots de William Blake, entre innocence et expérience.

C’est l’un de vos termes récurrents. Mais il me vient que parfois les ados ont la nostalgie de leur enfance, même s’ils viennent tout juste de la quitter. C’est l’aube d’une prise de conscience, qu’ils quittent une période de leur vie qu’ils ne seront plus en mesure de revivre.
Je suppose que cela peut arriver, mais je pense que la plupart des enfants regardent vers l’avant plutôt qu’en arrière. Ils veulent être adultes. Ils veulent fumer des cigarettes, être bourrés, faire l’amour, avoir un peu d’argent et faire des tours en bagnole. C’est seulement quand on est plus ou moins mature, au cours de la quarantaine, ou quand vous avez vous-même des enfants, que vous y réfléchissez. Oh, comme cela serait bien si je pouvais aller au lit et qu’on me lise une histoire et juste dormir ensuite sans avoir à penser à se lever pour aller au boulot le matin. La nostalgie, c’est ne notion d’adulte, non pas pour l’enfance.

En parlant de ces changements – en préparant cet entretien j’ai appris une chose que j’ignorais, à savoir qu’A la Croisée des mondes a été un peu censuré entre ses versions anglaise et américaine.
Ah ouais, je crois que c’est arrivé.

Vos livres ont été très importants pour ma propre pré-adolescente. Je me souviens particulièrement de l’intensité physique de la lecture de l’épilogue du Miroir d’Ambre, et de l’histoire d’amour entre Lyra et Will. Et j’ai découvert ces derniers jours que je n’en ai eu qu’une partie de l’expérience, car l’éveil sexuel de Lyra a été pas mal atténué aux Etats-Unis.
Je suis surprise que cela ait été tant altéré. Je ne pense pas que c’était bien plus cochon dans l’édition européenne.

Je crois que la description de l’effet des hormones était plus explicite !
Je pense que cela a probablement à voir avec l’éditeur avec lequel j’étais. Je ne me préoccupe pas vraiment de mon lectorat, je n’y pense pas trop et ne cible pas une tranche d’âge en particulier. Mais telles que les choses se sont produites, A La Croisée des mondes a été publié par une maison d’édition jeunesse, ou la branche jeunesse d’une maison d’édition. Ce qui implique plusieurs choses. Cela impliquait que j’étais classé dans telle zone d’une librairie. Le livre a été vendu par des gens qui connaissaient les listes d’enfants et non des vendeurs pour adultes. Il y a eu un lectorat avec beaucoup d’enfants et je suppose que cela a gouverné ce que mes éditeurs américains ont choisi de faire au texte. Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup fait, mais bon, comme on a eu l’occasion de l’observer depuis notre côté de l’Atlantique, vous autres de l’autre côté —je veux dire le grand “vous” qui englobe le public américain – vous êtes bien plus facilement offensés. Ou même, si j’ose, prompts à être offensés.

Je pense que c’est assez vrai.
Je pense que les gens doivent être plus attentifs. Avec The Secret Commonwealth ce n’est vraiment pas un livre pour enfants. Mais c’est la branche jeunesse de Penguin Random House qui publie, ce qui peut perdre les gens. Je pense que les gens susceptibles d’acheter le livre seront les adultes ; et ils sauront surement à quoi s’attendre. J’ai bien remarqué que, dans tous les évènements auxquels j’ai pris part pour promouvoir La Belle Sauvage il y a deux ans, mon public se composait quasi uniquement d’adultes, très peu d’enfants.

La Belle Sauvage est écrit du point de vue d’un enfant, ou d’un point de vue qui suit celui-ci de près.
Pas tout à fait. Malcolm est au centre de l’histoire, mais il ne la raconte pas. Le narrateur est mon vieil ami le narrateur omniscient, qui est en mesure de commenter, de critique et de voir les personnages de l’extérieur et non nécessairement lié à la conscience de l’un d’entre eux.

Je vous sais être un grand défenseur du narrateur omniscient.
Je le suis ! Je regrette que la culture littéraire semble perdre foi dans le narrateur omniscient. Les gens se disent qu’ils ont besoin de savoir qui raconte l’histoire, sinon ils ne sauront plus qui ni quoi croire. Et ce que l’on voit de plus en plus est ce foutu présent. Je déteste les livres au présent. Je refuse de les lire. Non, en fait, je ne refuse pas de les lire, car il y a eu de très bons livres écrit au présent et que par forme j’aie pu utiliser le présent. Mais je trouve que c’est une sorte de renonciation de la responsabilité narrative, car nous savons bien que cela n’est pas en train de se produire, qu’elle n’est pas en train de descendre l’escalier juste en ce moment, ou en train de regarder par la fenêtre en ce moment. Cela s’est déjà produit. On a écrit tout ceci et on l’a imprimé ! Prétendre que tout ceci se passe maintenant est une aberration que je ne peux cautionner, et j’utilise chaque occasion qui passe pour faire mourir tout le monde d’ennui en le leur répétant.

J’aimerais en revenir un moment à l’éducation. Vous avez étudié l’anglais au Exeter College à Oxford, mais je comprends que vous n’êtes pas tombé amoureux avec les études.
J’ai fait l’erreur que beaucoup de gens font, je crois – croire que, car vous aimez lire et écrire, il vous faut étudier l’anglais. J’aurais dû faire quelque chose de complètement autre. J’aurais dû me faire ingénieur ou apprendre à faire des meubles et à utiliser des outils. J’aurais dû faire quelque chose du genre. J’ai aimé les cours. J’ai aimé – car on était au milieu des années 60 – toute la tendance hippie, la tendance à s’habiller de trucs marrants et la musique rock. Mais je n’étais pas bon à faire les choses que j’étais venu pour faire ; autrement dire lire et écrire avec un esprit critique. J’ai tenté de changer pour apprendre la philosophie et la psychologie, mais on m’a répondu “Certainement pas”.

Avez-vous trouvé le temps d’apprendre la philosophie et la psychologie?
Non. J’ai appris en amateur, comme j’aurais dû m’en contenter pour l’anglais. J’aurais dû faire autre chose, quelque chose de pratique, quelque chose avec mes deux mains. J’aime me servir de mes mains.



Philip Pullman dans son atelier.

Faites-vous quelque chose de vos deux mains aujourd’hui ?
Oui, en effet. J’ai toujours travaillé le bois. Quand j’étais jeune marié, voici près de cinquante ans, j’avais besoin d’une étagère et j’ai acheté du bois et des vis et j’ai assemblé une vieille chose toute branlante, mais c’était la première fois. Je n’ai cessé depuis. Depuis que nous avons emménagé dans cette maison, à la sortie d’Oxford, qui possède plus d’espace que nous n’en avions avant, j’ai mon propre atelier. C’est un petit atelier donc j’ai tendance à faire de petites choses plutôt que d’énormes meubles. Je fais beaucoup de boîtes en ce moment. Des boîtes avec des couvercles à énigmes, ce genre de choses.

Pour votre propre plaisir ?
Oui, et pour offrir.

Je veux vous questionner sur Milton. Quand avez-vous lu pour la première fois Le Paradis Perdu ? Car je vous dois ma première lecture de Milton.
Oh, bien ! J’ai lu pour la première fois Milton à cause des examens dans le système éducatif. Nous devions passer ses examens appelés A-Levels, qui se tiennent dans les deux ans avant que vous alliez à l’Université. Le programme des A-Level pour ce qui est de l’anglais contenait, notamment, les livres 1 et 2 du Paradis Perdu. Miss Jones, notre prof d’anglais, nous faisait lire le tout à haute voix, et elle avait plutôt raison à ce sujet, car vous apprenez bien plus à propos de la poésie en la lisant, en impliquant vos muscles, et en l’écoutant plutôt qu’en laissant vos yeux seulement parcourir la page. Ainsi j’ai lu les deux premiers livres – les meilleurs, vraiment. Les paysages de l’Enfer, la révolte des démons pour faire la guerre à Dieu. C’est follement excitant. Je me souviens de lire un passage sur la façon dont les navires voguent “du Bengale ou des îles de Trenate et de Tidor, d’où les marchands apportent les épiceries : ceux-ci sur les vagues commerçantes, à travers le vaste océan Ethiopien jusqu’au Cap, , font route vers le pole malgré la marée et la nuit, : ainsi se montre au loin le vol de l’ennemi ailé” (“sailing from Bengala, or the isles of Ternate and Tidore, whence merchants bring their spicy drugs; they on the trading flood, through the wide Ethiopian to the Cape, ply stemming nightly toward the Pole, so seemed far off the flying fiend”, ici dans la traduction de Chateaubriand, NdT)

Magnifique.
A vrai dire cela a eu un effet physique sur moi; j’ai eu la chair de poule et mon cœur a accéléré. C’était ma première véritable réalisation du fait que la poésie n’est pas un joli moyen de vous transmettre une information ; c’est une incantation. C’est en fait une formule magique. Ca change les choses, et ça vous change. Et c’est la chose que j’ai éprouvé avec la grande poésie depuis lors. Je connais un paquet de poésie par cœur. Et ce n’était pas que Milton ou Wordsworth, ou Keats. C’était aussi les poètes Beat. C’était aussi Howl de Allen Ginsberg. Aujourd’hui, Miss Jones se serait enfuie de la salle de classe. Elle aurait fait tout un foin si Howl avait été au programme. Je l’ai trouvé par moi-même, et j’ai beaucoup aimé. Et j’ai écrit beaucoup de poésie. Tout au long de ma période à Oxford j’ai cru que j’allais être poète, mais je me suis tourné vers la narration et la fiction au lieu de cela.

Et vous vous êtes tourné plus spécifiquement, après quelques temps, vers la fantasy. Que vous apporte la fantasy que vous ne trouviez pas dans le réalisme ? Et quand ce changement s’est-il produit ?
Eh bien, étrangement, c’était au cours d’un repas avec mon éditeur — un type nommé David Fickling, qui me publie depuis bien plus de trente ans désormais. Je peux le dater précisément, c’était en 1993. Il a dit : “J’aimerais savoir ce que tu vas m’écrire” et je me suis souvenu de ces leçons dans cette petite salle de classe et je me suis dit que ce que j’aimerais vraiment faire, c’est Le Paradis Perdu mais d’une autre manière. Il s’est avéré que David avait été à l’école un peu après moi, mais qu’il avait étudié les mêmes livres. Et ainsi, nous avons pris notre repas et avant échangé des citations en finissant celles que l’autre commençait. A la fin du repas, j’avais un contrat pour écrire de la fantasy. Ce que m’a apporté la fantasy, c’est une façon de dire quelque chose sur ce que c’est qu’être humain. Et bien sûr, il s’agit des daemons. Mais je n’étais pas un lecteur de fantasy. Comme tout le monde dans les années 1960s, j’ai lu Le Seigneur des Anneaux et j’ai été un temps impressionné, mais je n’ai pas vraiment lu d’autres titres.

Pourquoi dites-vous “un temps” impressionné ?
Car il ne m’a pas fallu longtemps pour y voir plus clair. Le monde de J.R.R. Tolkien est un monde dénué de sexualité. Je ne peux m’empêcher de le comparer à l’Anneau de Wagner, une bien plus grande œuvre par tous les aspects envisageables, et qui déborde de sous-entendus sexuels, de passion sexuelle et ainsi de suite. Rien de tel dans Le Seigneur des Anneaux. C’est comme si ils avaient leurs enfants par courrier ou autre chose : merci d’envoyer un garçon par Federal Express à Madame untelle, bla bla bla. Et quand vous avez réalisé que cela manque, vous voyez les autres oublis. Il ne mène aucune spéculation sur ce qui est bon ou mauvais. Le seul personnage intéressant de ce point de vue est Gollum, mais il n’est pas assez intéressant. Cela ne s’approche en aucune façon des livres de fiction réaliste que je lisais. Voyez Middlemarch, c’est une véritable histoire au sujet de véritables êtres humains. Le genre de choses que vous connaissez quand vous êtes jeunes, que vous découvrez en grandissant et apprenez quand vous êtes âgés. Mais les orcs et les hobbits, ils ne vous disent rien. C’est très léger, pas du tout nourrissant.
Me retrouver à écrire de la fantasy a donc constitué une certaine surprise. Mais je l’abordais comme du réalisme. Je voulais rendre les personnages aussi réels que je pouvais les rendre. Mrs. Coulter, par exemple, n’est pas un personnage uniquement mauvais – elle n’est pas la sorcière de Narnia. Elle se retrouve, au cours de l’histoire, envahie par quelque chose dont elle se sentait incapable, à savoir de l’amour envers sa fille. Elle n’a jamais envisagée qu’elle pouvait ressentir une telle chose et cela prend le pas sur sa vie. C’était un changement que j’étais impatient de voir Nicole Kidman incarner dans les suites, s’il y en avait eu, au film La Boussole d’Or, mais cela ne s’est jamais produit.

Oui, pourquoi cela ne s’est jamais produit ?
Le film a rencontré une telle résistance – plus spécifiquement aux Etats-Unis – qu’ils ont décidé de tout arrêter et de faire marche arrière avant de perdre plus d’argent. Il y a eu beaucoup d’opposition religieuse, menée par un organisme nommé Catholic League, entre autres. Et je pense que le studio est devenu neveux. Ils n’avaient aucune raison de le devenir, mais ils le sont devenus. Mais il y a eu beaucoup d’autres adaptations. Cela a été très bien fait sur les planches du National Theatre, il y a environ quinze ans.

Et désormais ça recommence à la télévision.
C’est vrai.

Êtes-vous impliqué dans cette production ?
Oui. J’ai le titre de producteur délégué, et je ne suis jamais très sûr de ce que ça implique pour moi, mais j’ai vu les scripts, je les ai commenté. J’ai vu les rendus visuels et les décors. Mais je n’ai pas voulu trop m’impliquer car ce n’est pas mon domaine. C’est celui de la société de production. Les scénaristes et réalisateur, producteurs et acteurs, c’est leur histoire. Je suis très heureux de leur avoir à tous fourni l’occasion d’être employés. Mais je reste à une certaine distance.

Je me suis toujours demandé : d’où vient le nom Lyra ?
Il y a un chant religieux que j’aimais particulièrement qui se nomme Jesus Christ Is Risen Today, Alleluia, un chant de Pâques. Et sous le titre des hymnes, en italique, se trouvait généralement le nom de l’auteur. Dans ce cas précis, le nom était Lyra Davidica. Je pensais que c’était le nom de quelqu’un et que c’était un joli nom. En fait, ce que veut dire Lyra Davidica c’est la lyre de David. Lyra est un mot grec qui renvoie à l’instrument que se rapproche de la harpe. C’est de là que provient Lyra. Je pensais que c’était un nom, et ce n’en était pas un, mais maintenant c’en est un, car j’ai perdu le compte du nombre de petites Lyra. Et plus si petites, désormais. J’ai signé beaucoup, beaucoup de livres pour des Lyra.

Cela vous rend-t-il particulièrement satisfait ?
Oui, vraiment. J’écris toujours “Pour la vraie Lyra”.

En parlant de noms, j’ai vu qu’alors que vous travailliez sur La Belle Sauvage, vous avez aidé à collecter de l’argent pour les victimes de la tragédie de la Grenfell Tower en mettant aux enchères le droit de nommer un personnage de votre prochain livre.
Oui. Je l’avais déjà fait pour une autre œuvre humanitaire qui faisait des enchères Cela avait été remporté par quelqu’un qui voulait que je nomme un personnage du nom de son beau-père, qui s’appelait Bud Schlesinger. Comme le livre que j’allais alors écrire parlait de Jésus, je ne pensais pas que Bud Schlesinger allait bien passer dans l’histoire, pas plus que ce n’était le cas dans mon recueil de contes des frères Grimm, sur lequel j’ai travaillé après celui-là. Aussi, Bud Schlesinger a dû attendre La Belle Sauvage, et nous y voilà.

Je me demandais d’où venait Bud Schlesinger. Vous avez de nombreux noms aux consonances très romantiques, et puis un type qui aurait pu être dans la classe de lycée de mon père…
C’est ainsi. Quoi qu’il en soit, la même chose s’est produite dans le cas de l’enchère liée à la Grenfell Tower. Un professeur a levé des fonds en mémoire d’une de ses élèves qui avait seize ans. Elle se nommait Nur Huda el-Wahabi, et il a donc levé des fonds, et au final pas mal d’argent. J’étais très heureux de prendre son nom, et j’espère que je vais lui rendre justice. Elle apparaît à la fin de ce livre, et on la verra un peu plus dans le prochain.

Dans ce livre, Lyra se rend au Moyen-Orient ou du moins une partie du monde qui y ressemble, et je me demandais si ce nom a influence cet élément narrative en particulier.
Non. Elle devait depuis toujours aller au Moyen-Orient, vers l’Asie Centrale. Mais bien sûr, avec le monde dans l’état dans lequel il est, nous avons des bateaux chargés de réfugiés qui font naufrage. Et des gens qui sont exilés hors de leur pays. Ce n’était pas une décision consciente d’inclure cela pour des raisons politiques. C’est juste une partie de notre monde, et du monde dans lequel Lyra vit.

Je ne sais pas si cela est vrai au Royaume-Uni, mais aux USA il y a débat au sein des autours de fiction pour jeunes adultes au sujet de l’appropriation. Des livres ont été retirés par des éditeurs après avoir été suspecté d’offenser. Dans un cas récent, une auteure a retiré son propre livre puis considéré qu’elle avait pris la mauvaise décision. Vous avez des personnages dans votre livre d’horizons très différents des vôtres. Que faites-vous de ces questions d’appropriation ?
C’est une question très intéressante, et très difficile. Il y a deux façons tout à fait valables d’y regarder. La première, c’est que les gens devraient être libres de raconter leurs propres histoires – non pas seulement libres, mais encouragés, et récompensés pour raconter leurs propres histoires. L’autre aspect, c’est que les auteurs devraient être libres d’écrire sur ce qu’ils veulent. L’imagination ne doit pas être mise en cage. Ces deux aspects sont vrais ; je m’en suis détaché, d’une certaine façon, en écrivant au sujet d’un monde qui n’est pas le nôtre. C’est l’un des intérêts d’écrire de la fantasy. Mais c’est une question à laquelle je vais devoir me confronter. Je veux dire que si nous devions écrire que sur des choses que nous connaissons personnellement ou dont nous sommes témoins, qu’allons-nous faire de la littérature dans son ensemble ? La mettre au feu car elle concerne des choses qui n’existe pas ou ne sont jamais arrivées ? Il s’agit là encore de vision simple. Dans le même temps, je comprends que des gens puissant être mécontents si quelqu’un qui n’est pas de leur propre culture écrit des histoires à leur sujet et en tire un tas d’argent. C’est parfaitement compréhensible. C’est quelque chose à quoi nous devons nous confronter et qu’en définitive nous aller trouver un moyen de gérer cela, ou au contraire découvrir qu’il n’y en a pas. Nous devons vivre avec ce paradoxe. Un autre type de paradoxe est évoqué dans “The Secret Commonwealth”, le paradoxe de la démocratie : on ne peut defender la démocratie qu’en faisant des choses qui ne le sont pas. La vie humaine n’est pas une suite de réponses évidentes ; c’est une succession de compromise difficiles.

En effet Aussi bien dans The Secret Commonwealth que dans La Belle Sauvage vous présentez une élite secrète qui défend l’ordre démocratique.
Oui, c’est vrai. C’est un paradoxe et c’est antidémocratique. Mais quand on regarde ce qui arrive à la démocratie dans votre pays et le nôtre, tout est possible. Tout ce que nous croyions trop tiré par les cheveux, même pour rire, se produit désormais dans notre vie politique. Le monde est un endroit étrange.

J’ai vu que vous vous êtes mis en difficulté avec un tweet qui laissait penser aux gens que vous suggériez que Boris Johnson ait à se pendre.
(Rires) Je ne… Je n’étais pas aussi explicite que cela

Je résume seulement la conclusion qui en a été tirée !
Je ne sais pas avec quels détails les médias américains suivent les évolutions du Brexit, mais nous nous sommes mis dans la pire des béchamels infernales. La plus extraordinaire des inepties, folies et négligence. Et la manière dont on va s’en sortir, je n’en sais rien.

La réaction à votre tweet vous a-t-elle surprise ?
Pas du tout – je savais que les gens sont prompts à réagir. Mais c’est une chose regrettable quand vous devez expliquer que vous faisiez une blague et l’expliquer. Les réseaux sociaux ont amplifié la tendance humaine à prétendre que quelque chose est littéralement affirmé quand ce ne l’est pas. Nous pouvions utiliser un peu d’ironie et de métaphore et de jeux de mots.

J’ai aussi vu sur Twitter que vous aviez récemment vu Fast and Furious
Oui ! Nos petits-enfants étaient chez nous, ils sont ados, et nous sommes allés le voir. Je n’avais jamais vu Dwayne (the Rock) Johnson jusqu’ici, mais j’ai été emballé, et il m’est apparu qu’il aurait fait un bien meilleur Jack Reacher que Tom Cruise dans les films de Lee Child. J’ai aimé, mais bon sang ce que c’était fort.

Ca me rappelle quelque chose que vous avez dit à propos de votre propre écriture, à savoir que vous vous sentez enfermé à l’extrémité grossière du spectre littéraire.
Oh, j’en suis parfaitement satisfait. J’y suis aux côtés de G. K. Chesterton. Il a dit que la littérature était du luxe, mais que la fiction était une nécessité. On ne peut vivre sans fiction, et je suis très heureux de fournir ce dont on ne peut se passer pour vivre. Si cela me place en compagnie de Dwayne (the Rock) Johnson et Lee Child, ça ne me gêne pas du tout.

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Alexandra Schwartz est membre de l’équipe du New Yorker depuis 2016.

Détails
13 Octobre 2019 - 00:08:05
Haku
Source : The New Yorker
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