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Extrait : incipit de The Secret Commonwealth :.
Mercredi 25 Septembre 2019 - 22:57:21 par Haku - Détails - article lu 163 fois -

Les premières pages de The Secret Commonwealth


La chaîne de librairies britanniques Waterstones a publié un nouvel extrait exclusif du nouveau roman de Philip Pullman, The Secret Commonwealth : "Le monde attend en retenant son souffle la publication de The Secret Commonwealth : The Book of Dust Volume Two, d’ici quelques jours désormais. Quelle direction va prendre Philip Pullman dans son chef d’œuvre de fantasy aux multiples niveaux de lecture ? Que va-t-il arriver à ses personnages tant appréciés ? Quelles audacieuses révélations nous attendent ? Avec cet alléchant extrait introductif, une exclusivité de Waterstones, vous pouvez démarrer l’excitant voyage de votre découverte. Bonne lecture !"


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1
Clair de Lune et bain de sang



Pantalaimon, le dæmon de Lyra Belacqua, désormais appelée Lyra Parle-d’Or, était allongé le long du rebord intérieur de la fenêtre de la petite chambre étudiante de Lyra au college Sainte-Sophie, dans un état d’indolence aussi avancé qu’il lui était possible d’atteindre. Il avait conscience du souffle froid qui émanait de la fenêtre à guillotine derrière lui, de la chaude lampe à naphte sur le bureau sous la fenêtre, du crissement du crayon de Lyra et de l’obscurité extérieure. Le froid et l’obscurité étaient ce dont il avait envie à cet instant. Alors qu’il en était là, à se retourner pour désormais sentir le froid sur son dos, le désir de sortir prit le pas sur sa réticence à s’adresser à Lyra.

- Ouvre la fenêtre, finit-il par dire. Je veux sortir.
Le crayon de Lyra s’immobilisa ; elle recula sa chaise et se leva. Pantalaimon pouvait voir son reflet dans le verre, suspendu dans la nuit d’Oxford. Il pouvait même deviner son expression de chagrin mutin.
- Je sais ce que tu vas dire. Bien sûr que je ferai attention. Je ne suis pas stupide.
- Par certains aspects tu l’es, dit-elle.
Elle se pencha au-dessus de lui et remonta la fenêtre, la maintenant ouverte à l’aide du livre le plus proche.
- Ne…, commença-t-il.
- Ne ferme pas la fenêtre. Oui, Pan, reste là à attraper froid jusqu’à ce que Pan se décide à rentrer. Je ne suis pas stupide du tout. Allez, dégage !

Il se glissa au dehors puis sous le lierre qui couvrait le mur du college. Seul un faible frou-frou parvint aux oreilles de Lyra, et seulement pour un instant. Pan n’aimait pas la façon dont ils se parlaient, ou plutôt dont ils ne se parlaient pas ; en fait, ces mots étaient les premiers qu’ils s’étaient échangés de la journée. Mais il ne savait pas quoi faire à ce sujet, et Lyra non plus.

A mi-hauteur du mur, il attrapa une souris entre ses dents aiguisées comme des aiguilles et hésita à la manger, mais lui fit peur et la laissa partir. Il se tapit sur une épaisse branche de lierre, se délectant de toutes les odeurs et des goûts entêtants dans l’air ainsi que de l’immensité de la nuit tout autour de lui.

Mais il allait être attentif. Il devait faire attention à deux choses. La première était la tâche de fourrure blanc crème qui couvrait son cou et qui se détachait avec une malencontreuse clarté en regard de son pelage rouge-brun de martre. Mais il n’était pas bien difficile de garder la tête baissée, ou de courir vite. L’autre raison d’être précautionneux était bien plus sérieuse. Pas une personne ne l’apercevant ne penserait un seul instant qu’il était une martre : il en avait l’apparence par tous les aspects, mais il était un dæmon. Il était très difficile de dire où se situait la différence, mais n’importe quel humain dans le monde de Lyra l’aurait su aussitôt, avec autant de certitude qu’il aurait reconnu l’odeur du café ou la couleur rouge.

Et une personne sans son dæmon, ou un dæmon sans son humain visible à proximité, était une chose étrange, fantasmagorique et impossible. Aucun humain ordinaire ne pouvait se séparer de cette façon, même si on disait que les sorcières le pouvaient. Le don que possédaient Lyra et Pan leur était propre, et avait été chèrement acquis huit ans plus tôt, dans le monde des morts. Depuis leur retour à Oxford après cette étrange aventure, ils n’en avaient parlé à personne, et avaient pris le soin le plus méticuleux à la garder secrète ; mais parfois, et plus récemment ces derniers temps, il leur fallait tout simplement s’éloigner l’un de l’autre.

Ainsi pour l’heure Pan se terrait dans l’ombre, et alors qu’il se faufilait dans les haies et dans l’herbe haute qui bordaient la grande étendue impeccablement tondue du University Parks, ressentant la nuit par tous ses sens, il ne fit aucun bruit et garda la tête basse. Il avait plu plus tôt en soirée et la terre était molle et humide sous ses pattes. Quand il s’approcha d’une flaque de boue, il s’écrasa et y pressa sa gorge et sa poitrine afin de dissimuler la traitresse tâche de pelage clair.

Quittant le parc, il fonça à travers Banbury Road au moment où il n’y avait aucun piéton sur le trottoir, et seulement un véhicule visible dans le lointain. Puis il se glissa dans le jardin d’une des grandes maisons de l’autre côté de la rue et au travers de grillages, par-dessus des murs, sous des palissades, traversant des pelouses en direction de Jericho et du canal distant d’à peine quelques rues.

Une fois sur le chemin de halage boueux il se sentit mieux. Il y avait des buissons et de l’herbe pour se cacher et des arbres dans lesquels il pouvait grimper aussi vite qu’une étincelle le long d’une mèche. Ce coin à demi-sauvage de la ville était l’endroit qu’il préférait. Il avait nagé dans chacun des nombreux bras d’eau qui sinuaient au travers d’Oxford – non seulement les canaux mais aussi le large cours de la Tamise et de son affluent la Cherwell, ainsi que dans les innombrables petites dérivations aménagées pour alimenter un moulin électrique ou un lac d’apparat, certains souterrain et hors de toute vue avant qu’ils n’émergent du dessous de ce mur d’enceinte de college ou derrière ce cimetière et cette brasserie.

A l’endroit où l’un de ces cours d’eau coulait à côté du canal avec le seul chemin de halage entre eux, Pan traversa un petit pont métallique et descendit le courant vers la grande étendue des jardins ouvriers, avec le marché aux bestiaux d’Oxpen au nord et le dépôt de poste à côté de la gare sur la rive occidentale.

La Lune était pleine, et quelques étoiles étaient visibles entre les véloces volutes de nuages. La lumière rendait les choses plus dangereuses pour lui, mais Pan adorait la froide clarté argentée alors qu’il s’engageait dans les jardins, se faufilant entre les rangées de choux de Bruxelles et de choux fleurs, les feuilles d’oignons ou d’épinard, aussi silencieux qu’une ombre. Il atteignit une cabane à outils, et sauta pour se tapir sur le toit goudronné et observer la large prairie en direction du dépôt postal.

Il s’agissait du seul endroit de la ville à paraître éveillé. Pan et Lyra étaient venus ici à plus d’une reprise par le passé pour observer les trains arriver du nord et du sud et s’arrêter en fumant le long du quai tandis que des employés déchargeaient des sacs de lettres et des colis sur de grands paniers sur roues qu’ils poussaient dans le grand hangar aux murs de métal, où le courrier à destination de Londres et du continent serait trié à temps pour le zeppelin du matin. L’aéronef était amarré par ses deux extrémités à proximité, oscillant et remuant dans le vent tandis que les amarres claquaient et résonnaient contre le mât. Des lumières brillaient sur la plate-forme sur le mât d’amarrage, au-dessus des portes du bâtiment de la poste ; des wagons cliquetaient sur une voie de garage, une porte claqua quelque part avec fracas.

Pan vit un mouvement au milieu des jardins sur sa droite, et très lentement tourna sa tête pour observer. Un chat rampait au milieu d’une rangée de choux ou de brocolis, à l’affût d’une souris ; mais avant que le chat ne bondisse, une forme blanche et silencieuse plus grosse que Pan lui-même fondit depuis le ciel et attrapa la souris, pour s’envoler aussi vite hors d’atteinte des griffes du chat. Les ailes de la chouette battaient en parfait silence alors qu’elle traçait sa route en direction des arbres derrière Paradise Square. Le chat s’assit, semblant considérer la chose, puis reprit sa chasse parmi les légumes.

La Lune était désormais brillante, plus haute dans le ciel et presque libre de tout nuage et Pan pouvait voir chaque détail des jardins et du marché aux bestiaux depuis son point d’observation sur le cabanon. Des serres, des épouvantails, des parcs à bestiaux en acier galvanise, des abreuvoirs, des barrières rouillées affaissées et d’autres debout et peintes, des poteaux liés les uns aux autres comme des tipis dénudés, tout ceci plongé dans le silence du clair de lune comme une scène prête pour une pièce de fantômes.

- Lyra, que nous est-il arrivé ?, murmura Pan.

Il n’y eut aucune réponse.

Le train postal avait été déchargé, il lâcha un bref sifflement avant de se mettre en branle. Il ne prit pas la ligne qui enjambait la rivière vers le sud au-delà des jardins ouvriers, mais avança doucement en avant puis en arrière sur une voie de garage dans un grand entrechoquement de wagons. Des nuages de fumée émergèrent du moteur, avant d’être emportés en lambeaux par le vent froid.

De l’autre côté de la rivière, au-delà des arbres, un autre train arrivait. Ce n’était pas un train postal; il ne fit pas halte au dépôt mais poursuivit sur trois cents mètres jusqu’à la gare elle-même. Il s’agissait d’un tortillard local en provenance de Reading, supputa Pan. Il l’entendit freiner le long du quai dans un lointain sifflement de fumée et crissement muet de freins.

Quelque chose d’autre chose remuait.

A la gauche de Pan, là où le pont métallique passait la rivière, un homme marchait – ou plutôt se pressait, avec une hâte furtive – le long de la berge, là où les roseaux poussaient en abondance.

Aussitôt, Pan descendit du cabanon et couru silencieusement en sa direction au travers des plans d’oignons et des rangs de choux. Se glissant entre des clôtures et sous un réservoir à eau d’acier rouillé, il atteignit la limite des jardins et regarda au travers d’une planche brisée de la palissade en direction de la prairie herbeuse au-delà.

L’homme montait en direction du dépôt postal, se faisant de plus en plus précautionneux, avant de s’arrêter près d’un saule sur la berge à une centaine de mètres environ de l’entrée du dépôt, quasiment en face de l’endroit où Pan se cachait sous la clôture des jardins. Même les yeux perspicaces de Pan avaient du mal à le distinguer dans l’ombre ; s’il regardait ailleurs un instant, il perdrait l’homme de vue aussitôt.

Puis, plus rien. L’homme aurait bien pu avoir tout aussi bien disparu. Une minute s’écoula, puis une autre. Dans la ville derrière Pan, des cloches dans le lointain se mirent à sonner ; chacune à deux reprises : minuit et demie.

Pan regarda aux arbres le long de la rivière. Un peu à côté sur la gauche du saule se tenait un vieux chêne, nu et imposant sans ses feuilles au milieu de l’hiver. A droite…

A droite, une figure solitaire escaladait la barrière du dépôt postal. Le nouveau-venu sauta au sol et se rua le long de la rive en direction du saule où le premier homme attendait.

Un nuage voila la Lune pendant quelques instants, et dans la pénombre Pan se glissa sous la palissade et bondit au travers de l’herbe humide aussi vite qu’il le pu, rasant le sol, n’oubliant rien de cette chouette ni de l’homme dissimulé, et se dirigea vers le chêne. Dès qu’il l’eut atteint, il sauta, sortit ses griffes pour agripper l’écorce, et se projeta vers une haute branche d’où il pouvait clairement voir le saule alors que la Lune se faisait à nouveau visible.

L’homme du dépôt postal se pressait en direction du saule. Quand il y fut Presque, avançant plus lentement et furetant dans les ténèbres, le premier homme se montrant calmement et dit un mot à voix basse. Le second homme répondit sur le même ton et ils se retirèrent conjointement dans l’obscurité. Ils étaient trop loin pour que Pan entendent ce qu’ils disaient, mais il s’y trouvait un accent de complicité. Ils avaient prévu de se retrouver là.

Leurs dæmons étaient tous deux des chiens : une sorte de mastiff et un chien court sur pattes. Les chiens ne seraient pas capables de grimper à l’arbre, mais ils pouvaient détecter son odeur, aussi Pan se pressa autant qu’il put contre la grosse branche qu’il occupait. Il pouvait deviner un murmure calme provenant des hommes, mais une fois encore, il ne pouvait capter aucun de leurs mots.

Entre la haute clôture grillagée du dépôt postal et la rivière, un chemin reliait la large prairie adjacente aux jardins et la gare. C’était le chemin naturel pour aller de la gare vers la commune de Saint-Ebbe et les étroites ruelles qui s’entassaient le long de la rivière à proximité de l’usine à gaz. Observant depuis sa branche de chêne, Pan voyait plus loin sur le chemin que les hommes en contrebas et remarqua avant eux quelqu’un qui venait depuis la gare : un homme seul, le col de son manteau remonté pour se protéger du froid.

Puis vint un ‘Chut!’ depuis les ombres sous le saule. Les hommes avaient aussi repéré le nouveau venu.




Illustration: Chris Wormell

Traduit librement et à but non lucratif par Cittàgazze.com à partir du texte original de Philip Pullman extrait de The Secret Commonwealth, qui sera publié le 3 octobre 2019 en version originale par David Fickling Books en association avec Penguin Random House, et publié par Waterstones sur son site officiel (lien ci-dessous).

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Détails
Mercredi 25 Septembre 2019 - 22:57:21
Haku
Source : Waterstones
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