Menu
Rendez-Vous
A la Croisée des Mondes
Philip Pullman
Cittàgazze
Partenaires

Sraf Network

btts



Follow Twittagazze on Twitter

Partager
menuAccueilForumEncyclopaediaTchatF.A.QMeetingmenu Flux RSS menu
 
Ma journée d'écriture :.
Samedi 06 Avril 2019 - 22:04:11 par Haku - Détails - article lu 278 fois -

Ma journée d’écriture
L’auteur évoque l’importance de la hauteur de son bureau, d’observer les oiseaux et des myrioramas
Philip Pullman, The Guardian
23 décembre 2017 (édité le 22 février 2018)



Illustration: Alan Vest


Je me rends dans mon bureau (dans une toute petite pièce au sommet de ma maison) vers dix heures du matin et bricole avec la hauteur de mon bureau et de ma chaise jusqu’à ce que je me sente à l’aise. Je peux rehausser ou abaisser mon bureau en fonction des plaintes de mon dos. Parfois je me tiens debout, parfois je le relève pour écrire et d’autres je le baisse pour taper.


Le bureau est couvert d’un ancien kilim, car c’est joli mais ce n’est pas très adapté pour écrire dessus, donc j’ai un de ces dessous de bureau vert pour poser le papier sur lequel j’écris, de format A4 avec des lignes et deux perforations. J’aime la forme des formats de papier A. C’est la seule des formes architecturales recommandées par Andrea Palladio (rapports de longueur et largeur d’une pièce, etc.) qui contienne un nombre irrationnel, dans le cas présent la racine carrée de deux. C’est très pratique pour illustrer le célèbre théorème de Pythagore, à vrai dire.


A proximité, j’ai un panier rempli de crayons de couleur, certains parmi les meilleurs, des Berol Karisma, qui ne se fabriquent plus. Pour chaque livre que j’écris, le papier est homologue à l’utilisation par le biais d’une bande de couleur le long du rebord supérieur. Je prépare les feuilles et colore tout un lot à la fois. Pour le livre actuel, j’utilise un chaleureux mélange d’orange potiron Karisma et de rouge vénitien Faber Castell. Des fois je me dis que je devrais signifier clairement par cela en quelle tonalité j’écris un passage – ré mineur pour le moment – mais cela n’aurait aucun sens, alors que colorer les pages tombe sous le sens.


En face de moi, j’ai petit baromètre anéroïde, cadeau de mon fils Tom, qui m’indique aussi la température et le taux d’humidité. A côté se trouve un composant qui m’a été donné par des scientifiques du Rutherford Appleton Laboratory et qui provient d’un instrument qui détecte ou s’efforce de détecter la matière noire. Il s’agit d’un cylindre de verre dans un caisson de cuivre, à peu près de la taille d’une petite boule de neige, mais bien plus lourd. Je l’utilise comme presse-papier pour mon manuscrit du moment afin qu’il puisse détecter la matière sombre, ou la Poussière, pendant que j’ai le dos tourné. Je garde aussi une paire de jumelles à proximité afin de pouvoir regarder des oiseaux par la fenêtre. Le héron du village passe de temps en temps, et juste en ce moment, un milan rouge tourne autour du clocher.


Un objet que je recommande à tout auteur de fiction est un jeu de cartes de myriorama. Je les consulte fréquemment. Je crois que l’idée remonte au début du XIXe siècle : il s’agit de 24 cartes, chacune représentant un paysage, certaines avec personnages, d’autres sans. Vous pouvez les agencer dans l’ordre que vous voulez et les images s’imbriquent parfaitement, tant et si bien que vous pouvez composer un grand nombre de scènes. « En cas de doute, faites entrer un homme tenant un pistolet », disait Raymond Chandler. Ou alors prenez une carte d’un myriorama et vous verrez bien ce qui vous vient à l’esprit.


Le dernier occupant en date de mon bureau est un beau Bouddha en bronze du XVe siècle en provenance du Myanmar, que m’a offert ma femme pour mon anniversaire. Les yeux ont cette dissymétrie caractéristique que William Empson a décrite dans The Face of the Buddha, écrit voici 70 ans mais publié seulement il y a peu.


En deux ou trois piles désordonnées s’entassent à portée de main les livres sur lesquels je me repose le plus en ce moment : des livres sur l’Asie Centrale, principalement, et des cartes. Des cartes ! Elles couvrent les murs, elles sont en rang derrière mon ordinateur portable, elles absorbent pendant des heures mon attention. Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan! Des montagnes, des déserts et des lacs mouvants ! Mais aussi des livres de poésie : Rainer Maria Rilke, Wallace Stevens, Paul Valéry. Et des dictionnaires, bien sûr.


Un peu plus au milieu de tout cela se trouve mon stock de papier nouvellement coloré, et mon stylo. J’écris au stylo parce que ça fonctionne. Un stylo plume ne convient pas à ma façon d’écrire, parce qu’à chaque fois que je m’arrêterais d’écrire j’aurais à décider pour combien de temps je m’arrête afin de savoir si je dois le reboucher. Mais je n’en sais jamais rien, donc à la place, j’utilise un stylo-bille, un Montblanc pour être précis, le plus équilibré des stylos que j’ai trouvé. Je suis ouvert à être sponsorisé.


Je réalise que je n’ai rien dit jusque-là au sujet de l’activité centrale en elle-même. Au lieu de cela, j’ai parlé de toutes petites choses que j’ai autour de moi et je n’ai pas même mentionné la loupe ou les notes sur des Post-it ou les komoboloïs. Je perds mon temps, peut-être. Je bricole et ne vais nulle part. Mais que croyez-vous que les écrivains font de leur journée ? Écrire ?




En bref
Les mots : j’écris trois pages A4 à lignes chaque jour, ce qui correspond environ à 1000 mots
Temps perdu : Pas de Twitter ou d’e-mail sur mon ordinateur de travail, aussi je ne suis pas distrait par ce genre de choses
Horaires : je commence vers dix heures jusqu’à environ une heure de l’après-midi, et si nécessaire de cinq à sept heure du soir pour obtenir mes trois pages. Le reste du temps, je paresse.


Détails
Samedi 06 Avril 2019 - 22:04:11
Haku
Source : The Guardian
Ce document a été écrit ou traduit par son auteur pour Cittàgazze. Si vous souhaitez utiliser ce document sur votre site, intégralement ou non, veuillez s'il vous plait en faire la demande à l'auteur et placer un lien vers Cittàgazze.
Ce document est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

publicit  

Cittàgazze en visite sur le tournage

  publicit