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L’auteur Philip Pullman combat des démons très personnels :.
02 Septembre 2018 - 17:55:37 par Haku - Détails - article lu 192 fois -

Pulsions suicidaires, cruauté de notre système scolaire, prises de becs avec Hollywood… et pourquoi la Grande-Bretagne devient une ‘friche’. L’auteur Philip Pullman combat des démons très personnels

Par Cole Moreton For Event Magazine – 1er septembre 2018


“Je ne cherche pas à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, déclare Philip Pullman. J’essaie juste de m’empêcher de devenir fou”. Et il pense ce qu’il dit. L’auteur de la trilogie A La Croisée des mondes et d’autres livres très appréciés explique pourquoi il continue d’écrire jour après jour, même après avoir vendu des millions de livres à travers le monde. “Je suis un agréable mélancolique, et si je n’avais pas une utilité, je me mettrais très vite à me demander ‘Pourquoi suis-je là ? Quelle est ma raison d’être ?” Et mes pensées tourneraient autour de corde, de branches d’arbres, de poison, de couteaux de cuisine et ce genre de choses’”.


Je suis choqué de la manière très factuelle avec laquelle cet homme doux et sérieux de 71 ans qui siège aux côtés de JK Rowling parmi les plus grands conteurs de notre époque parle de ses pensées suicidaires. “Je suis sérieux à ce sujet, oui. Je pourrais très facilement tomber dans ce genre d’état d’esprit. Mais travailler comme je le fais est une sorte de moyen de défense contre cela car je peux dire ‘Au moins je fais quelque chose, je ne me contente pas de remplir l’espace’”.




On pourrait difficilement l’en accuser. Pullman a publié plus de trente livres depuis qu’il a arrêté d’enseigner pour devenir auteur à plein temps alors qu’il avait la quarantaine. La jeune aventurière et très déterminée Lyra – qui est initialement apparue dans la trilogie collectivement connue sous le titre A la Croisée des Mondes (Les Royaumes du Nord, La Tour des Anges et Le Miroir d’Ambre) – est une héroïne qui rivalise avec Harry Potter quand il s’agit de la dévotion inspirée à ses fans.


Pullman raconte désormais l’histoire de Lyra encore bébé dans La Belle Sauvage, le premier tome d’une nouvelle trilogie nommée La Trilogie de la Poussière. On le considère déjà comme un chef d’œuvre.


“Je ne comprends pas les gens quand ils se plaignent de la panne de l’écrivain” dit Pullman, qui suit la même routine tous les jours – utiliser un stylo pour écrire sur du papier et remplir trois pages avec des mots avant de s’arrêter, que cela se passe bien ou non. “Évidemment, parfois c’est difficile. Mais il en va de même de toute chose. Il faut s’y tenir jusqu’à ce que ce soit fait. Et il y a des tas de petits trucs que vous pouvez utiliser pour avoir vos trois pages. Parfois, si le soir approche et que je n’ai rien écrit, j’ai recours à un très, très gros verre – un verre à vin, à vrai dire – rempli de gin. Ca fonctionne”.


Pour l’heure, nous prenons le thé dans l’étude joyeusement bordélique de son corps de ferme à la sortie d’Oxford. Après cette confession de mélancolie, je me sens d’humeur de le remercie, au nom de tous ces fans, pour continuer à aller de l’avant. “Eh bien, c’est de l’auto-protection. Je ne le fais pour personne d’autre. J’ai beaucoup de chance que la méthode dont je me serve pour garder ma santé en soit une qui me permette de gagner de l’argent”.


Des dizaines de millions, selon certaines estimations, même si Pullman et Judith sa femme depuis près de cinquante ans et enseignante à la retraire, semblent vivre de manière relativement simple. “J’ai suffisamment, ce qui est une extraordinaire position. Pendant l’essentiel de ma vie, j’ai été assez loin de cela”.


Son premier grand succès fut Les Royaumes du Nord en 1995, où nous découvrions Lyra et son daemon (une extension animale de son âme telle que tout le monde en a dans son monde) Pan. Le livre a reçu la médaille Carnegie de la littérature jeunesse, puis la Carnegie des Carnegie. Le roman a été renommé La Boussole d’Or aux Etats-Unis et a été adapté en film avec Daniel Craig et Nicole Kidman, mais Pullman n’était pas heureux. “Les acteurs étaient superbes mais le film a été confus. Vous ne pouvez pas raconter une histoire de cette longueur en 90 minutes. Le studio a aussi manqué de foi. Je crois qu’ils voyaient cela comme une aventure familiale. Une fois qu’ils ont réalisé que Dieu allait claquer plus tard dans l’histoire, ils ont paru beaucoup plus évasif au sujet du tout”.


Le Miroir d’Ambre, troisième volet de la trilogie, a été le premier et unique livre de littérature jeunesse jusqu’ici à gagner le Prix Whitbread (désormais Prix Costa). Et la BBC a juste annoncé que la totalité de l’histoire allait être adaptée en une série à gros budget avec James McAvoy dans le rôle du charismatique Lord Asriel. Cette fois-ci, Pullman est producteur délégué.


“J’ai vu les scripts à chaque étape. J’ai rédigé de copieuses notes et commentaires qui ont tous été suivis. Ma fonction est de remettre les choses dans la bonne direction si je pense qu’elles s’en écartent. Je pense qu’ils vont bien faire les choses, car ils ont beaucoup plus de temps pour cela qu’ils n’en avaient avec le film”.


Ils ont commencé à filmer à Cardiff et Bristol sur un script de Jack Thorne, qui a écrit Harry Potter et l’enfant maudit pour le théâtre en collaboration avec JK Rowling. La série sera diffusée l’an prochain.


Pendant ce temps, La Belle Sauvage nous ramène aux origines de Lyra, un bambin pourchassé par de sombres personnages tandis qu’une inondation apocalyptique submerge Oxford. Mais le roman utilise aussi régulièrement des injures et aborde des thèmes adultes tels que la pédophilie et le viol. Du coup, s’agit-il vraiment d’un roman jeunesse ?


“Je ne sais pas, répond franchement Pullman. J’ai écrit ce livre pour quiconque voudrait le lire. Je m’attends à ce que des enfants aient envie de le lire et dans ce cas ils sont les bienvenus, mais je suppose qu’il serait plus intéressant pour des gens qui ont déjà lu A La Croisée des Mondes et qui seraient probablement eux-mêmes déjà adultes”.


Des enfants vont le lire, n’est-ce pas ? “Oui. Mais s’il y a le moindre parent qui croit sincèrement que son enfant n’a jamais entendu un tel langage, je ne crois pas qu’ils puissent vraiment connaître leur enfant”.


Pourquoi est-ce tellement plus sombre qu’autrefois ? “Ca l’est, tout simplement. Une spécificité évidente de la chose est le personnage de Gerard Bonneville, le potentiel pédophile et certainement un prédateur sexuel. A la fin, il menace Alice. Je ne crois pas qu’il la viole réellement, mais il la menace à n’en pas douter. C’est une histoire sombre, oui. Mais devrais-je m’en excuser ? Et à qui ?”


Quid, alors, des parents qui achètent le livre par erreur et ne souhaitent pas que leurs enfants lisent de telles choses ? “Si des parents qui soulèveraient ce genre d’objections ont entendu parler de moi, ce serait dans le contexte de mon prétendu état d’affreux athée qui veut empêcher les enfants d’aller à l’église. Donc ils ne laisseront pas leur enfant lire le livre à la base”.


Il est reconnu que Pullman est athée, bien qu’il explore les mythes, les légendes et la magie au travers de ses écrits et le fera plus particulièrement dans son prochain roman, qui verra Lyra perdre son habilité à la magie en devenant adulte, et qui se nommera The Secret Commonwealth.


Il vous faut être ouvert d’esprit et aller là où l’histoire vous emmène, explique-t-il. “C’est pour cela que je suis opposé avec tant de passion à l’idée que les enfants devraient faire un plan avant d’écrire des histoires à l’école. Ne le faites pas ! Ecrivez d’abord l’histoire. Puis regardez ce que vous avez et ensuite faites un plan. Ils sont formés par des idiots qui eux-même ne savent pas comment le faire. C’est comme si on disait ‘Je vais vous apprendre à jouer du piano. Je ne sais pas en jouer moi-même, mais cette note-là, c’est un do. Maintenant vous pouvez commencer à jouer Chopin’. C’est juste de la satanée ignorance nue”.


La rancœur de Pullman envers les écoles, en tant qu’ancien enseignant, ne s’arrête pas là. “Ce qui désormais me met en rogne c’est que pour recevoir une sorte d’éducation humaine où on vous autorise à apprécier les livres et le plaisir des arts, il vous faut être né de parents riches. Il n’y a aucun souci avec l’éducation artistique et esthétique que vous recevez si vous allez à Eton ou Winchester. Mais si vous allez dans l’académie de Trifouillis, gérée par un marchand de tapis, il vous faut faire ce que dit le Gouvernement, et du coup il n’y est question que d’évaluations et de tests et l’utilisation de conneries telles que les propositions descriptives avant le verbe. Si vous n’êtes pas le genre d’enfants qui réussit aux examens, on vous écarte. La cruauté passe avant la confiance. C’est basé sur le manque d’empathie, le mande de décence de base de la part du Gouvernement. C’est l’une des nombreuses situations terribles dans lesquelles nous nous sommes mis nous-mêmes dans ce pays. Je crois parfois qu’on va vraiment dans le mur. C’est triste : notre nation arrive au bout. Et on serra une sorte de friche sociale et culturelle”.


Qu’apportent les histoires de bon dans une période troublée telle que celle-ci ? “Samuel Johnson a dit que le véritable but de l’écriture est de permettre au lecteur de mieux profiter de la vie, ou de mieux l’endurer. Certains livres constituent des divertissements incomparables quand vous êtes dans une situation désespérée. Quand on vous a diagnostiqué une maladie terrible. Ou à votre conjoint. Ou à vos enfants. Mais vous pouvez la surmonter si vous avez quelque chose d’agréable à lire qui vous apporte du réconfort ou une consolation, ce genre de choses. PG Wodehouse, par exemple”.


Pullman comprend bien la situation, pour avoir subi les complications d’une opération de la prostate l’an passé. Il va bien mieux maintenant, et la compulsion ne cesse d’être l’écriture, pour rester sain d’esprit et en vie. “J’aimerais croire que j’écrirais les mêmes mots de la même manière si j’étais désormais un enseignant à la retraite qui aurait besoin de payer sa retraite. Je continuerais de m’asseoir à mon bureau”.


Détails
02 Septembre 2018 - 17:55:37
Haku
Source : Daily Mail
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