Le Nouveau Testament selon Pullman
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Le Nouveau Testament selon Pullman :.
09 Mai 2010 - 23:21:20 par Soldat Bleu - Détails - article lu 855 fois -

Le Nouveau Testament selon Pullman





Dans le livre audio de la semaine présenté par The Guardian, nous retrouvons Philip Pullman et son dernier ouvrage, The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ, une réécriture de l'histoire chrétienne publiée à titre provocateur à la veille de la Pâques. Voici un extrait exclusif du livre audio, lu par Philip Pullman lui-même, ensuite les intervenants répondent à certaines questions que tous les fans de Pullman aimeraient poser: pourquoi a-t-il décidé d'écrire ce livre ? Est-il si blasphématoire ? Quelle est l'ampleur des menaces proférées par les croyants outragés ? Nous retrouvons également l'opinion de Rowan Williams, l'archevêque de Canterbury.

Vendredi 2 Avril 2010.
Présenté par Claire Armitstead et produit par Scott Cawley.

Le livre de la semaine, avec Claire Armitstead, sur guardian.co.uk.





Claire Armitstead : Nous commençons l’émission de cette semaine avec la réécriture controversée de la vie de Jésus (ou devrais-je dire du Christ ?) par Philip Pullman. Dans cet extrait du livre audio lu par Philip Pullman lui-même, Joseph est troublé par la grossesse inattendue de sa jeune épouse, et se demande comment faire d’elle une femme honnête.

Quelques temps plus tard vint un décret de l’empereur romain, ordonnant à chacun de rentrer dans sa ville natale afin d’accomplir un recensement. Joseph vivait à Nazareth en Galilée, mais sa famille est venue de Bethléem en Judée, à quelques jours de marche au sud. Il se demandait : que devrai-je déclarer pour le nom de Marie? Je peux énumérer mes fils, mais que vais-je faire avec elle ? Puis-je dire que c’est ma femme ? J’aurais honte. Dois-je dire que c’est ma fille ? Mais les gens savent que ce n’est pas ma fille, et d’ailleurs, il est évident qu’elle attend un enfant. Que puis-je faire ?

Il finit par se mettre en route, avec Marie montée sur un âne à sa suite. L’enfant pouvait naître à n’importe quel moment, et Joseph ne savait toujours pas quoi raconter à propos de sa femme. Lorsqu’ils eurent presque atteint Bethléem, il se retourna pour voir comment elle allait, et vit qu’elle ne semblait pas bien. Peut-être avait-elle mal, pensa-t-il. Il se retourna encore un peu plus tard, et cette fois, il la surprit en train de rire.

« Qu’est ce qui se passe ? » demanda-t-il. « Il y a un instant tu n’avais pas l’air bien, et maintenant tu ris. »

« J’ai vu deux hommes, » répondit-elle, « et l’un d’entre eux était en larmes et pleurait, tandis que l’autre riait et se réjouissait. »

Il n’y avait personne en vue. Il se demanda comment cela pouvait-il être possible ?

Mais il n’en dit rien d’avantage et ils arrivèrent bientôt à la ville. Chaque auberge était pleine, et Marie pleurait et tremblait pendant que l’enfant s’apprêtait à naître.

« Il n’y a plus de place », dit le dernier aubergiste qu’ils interrogèrent. « Mais vous pouvez aller coucher dans l’étable – les bêtes vous garderont au chaud. »

Joseph installa leur literie sur la paille et mit Marie à l’aise, puis il courut appeler une sage-femme. Quand il revint, l’enfant était déjà né, mais la sage-femme s’écria « Un autre arrive. Elle donne naissance à des jumeaux. »


CA : Quel suspense pour la suite ! The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ a été commandé par l’éditeur Canongate dans le cadre de leur projet de réécriture de grands mythes. Vous avez peut-être entendu dire que des accusations de blasphème ont déjà été prononcées, et que Philip Pullman était flanqué de gardes du corps lors d’un récent événement publicitaire dans sa ville d’Oxford. Mais étonnamment, Pullman a annoncé que le livre a été inspiré par rien moins que l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, qui lui a demandé il y a six ans pourquoi il n’avait pas intégré Jésus dans sa grande trilogie À la croisée des mondes. Et en effet, cette semaine, dans l’édition de Pâques du samedi de la revue le Guardian, Rowan Williams fait une critique du livre pour nous. Dans le studio pour en discuter avec moi se trouvent une correspondante des affaires religieuses du Guardian, Riazat Butt, et le rédacteur religieux du Times Literary Supplement, Rupert Shortt, qui est également le biographe de l’archevêque. Bienvenue à tous les deux. Riazat, la controverse va déjà bon train, pouvez-vous nous résumer les réactions qui se sont fait entendre jusqu’ici ?

Riazat Butt : Eh bien, il faut dire que Philip Pullman n’a jamais caché son antipathie concernant la religion et les organisations religieuses. Je suppose que ce livre est sa nouvelle participation dans ce domaine particulier. Et, à chaque fois que l’on imagine à nouveau la vie du Christ, ce qu’est ce livre concrètement, les gens le prennent mal, ils considèrent que l’on ne doit pas manquer de respect à Jésus, à son histoire, à sa vie. Je pense aussi que le fait que le livre soit publié à la période de Pâques inquiète certaines personnes qui disent que le personnage de Jésus dans cette histoire est sujette à des critiques et une dérision inutiles, et que d’autres figures religieuses n’auraient pas été traitées de cette manière.

CA : Êtes-vous d’accord avec cela ? Si c’était une réécriture du Coran, il y aurait bien plus de problèmes.

RB : Bien sûr, il y aurait des émeutes dans les rues. Le dernier exemple que nous avons, c’est la publication, ou plutôt l’essai de publication de The Jewel of Medina, un roman sur l’une des femmes du Prophètes ; il contenait des éléments fictifs, notamment une scène de sexe. Avant même la publication du livre, les rumeurs sur son contenu avaient fait le tour des blogs ; l’auteur a dû se cacher, elle a reçu des menaces de mort, et on a lancé une bombe sur la maison d’édition à Londres : trois personnes ont été déclarées coupables. En fait, c’est la suite de ce qui s’était passé avec Les Versets Sataniques il y a vingt ans, à une plus petite échelle. Donc je pense que si ce livre impliquait un personnage de tradition islamique, les protestations seraient bien plus ostentatoires, et je pense que les raisons des protestations actuelles seraient à la une des journaux et sur les blogs comme le Guardian.

CA : Rupert, pouvez-vous expliquer en quoi consiste le livre de Pullman ?

Rupert Shortt : Oui. C’est une sorte de riff à partir de l’histoire des Évangiles. Comme nous venons de l’entendre dans l’extrait qui a été lu, Marie donne naissance non pas à un mais à deux fils, des jumeaux : Jésus et Christ. Jésus est un visionnaire généreux et enthousiaste, suffisamment radical pour causer la panique des religieux conventionnels et des autorités politiques, et Christ est le surnom donné au frère plus faible, moralisateur et fidèle, qui suit Jésus comme son ombre en tentant de le persuader d’accepter un destin qu’il refuse. Au cours du livre, Christ est abordé par un personnage à l’allure plutôt sinistre, l’étranger, qui s’avère être un envoyé de Dieu, et qui lui demande de prendre en note toutes les actions de Jésus. Le processus de surveillance se fond finalement en une espèce de trahison : à la fin de l’histoire, Jésus est crucifié, comme dans les Évangiles, et il est remplacé par Christ lors de la résurrection. Voilà la source des Évangiles chrétiens et de l’Église, un mensonge basé sur cette espèce de tour de magie, une trahison qui va persuader par la suite des générations de croyants naïfs d’accepter l’histoire telle qu’elle nous est racontée dans la Bible.

CA : Qu’y a-t-il de controversé là-dedans ? Bien sûr, il a changé quelques points cruciaux de l’histoire, avec les jumeaux évidemment, et puis parce que Judas est absent.

RS : Eh bien, je pense, comme l’a suggéré l’archevêque de Canterbury dans sa critique pour le Guardian, qu’il est tout à fait raisonnable de considérer le personnage de Christ, entre guillemets, dans l’histoire, comme Judas lui-même. C’est controversé, parce que les idées de Pullman elles-mêmes sont assez discutables, la première étant que le principe premier de la religion est le contrôle, la seconde, que tout ce que l’Église a fait au cours des siècles est uniformément horrible, et enfin, son argumentation se base sur certaines théories historiques sur les origines des Évangiles et, sur ce qui me semble être avant tout une affirmation démodée - selon laquelle vous pouvez distinguer dans le récit un cœur historique d'un corps théologique.

CA : Riazat, cela vous surprend-il que celui qui est à la tête de l’Église, de notre Église, de l’Église dont ce livre réécrit d’une certaine manière la tradition, donne son avis à ce sujet dans la rubrique littéraire d’un journal ?

RB : Non, au contraire, c’est exactement ce à quoi je me serais attendue de sa part. Il aime lire des livres et critiquer les livres qu’il lit. Je pense que, quoi que ses critiques puissent dire quant à ses positions théologiques et idéologiques, il est un académicien et intellectuel très respecté ; ses détracteurs diront même que c’est un meilleur académicien et intellectuel qu’archevêque de Canterbury. Il me semble qu’il aime s’attaquer à des idées complexes, les disséquer et les reconstruire ensuite. Vous savez, c’est un homme très intéressant, il aime Dostoïevski et Noël chez les Muppets. Il a des centres d’intérêts très variés, et c’est une personne chaleureuse et enthousiaste. En plus, n’oublions pas que la critique en elle-même est un petit chef-d’œuvre.

CA : Eh bien, quel éloge ! Rupert, je suis intriguée par l’image que nous avons de Pullman et l’archevêque assistant à un même événement, et l’archevêque mettant l’idée de cette histoire dans la tête de Pullman.

RS : Je ne pense vraiment pas qu’il se sente inquiété par les théories de Philip Pullman. À mon avis, ils sont sur la même longueur d’onde dans beaucoup de domaines ; il se dit sans doute que Philip Pullman ouvre plus facilement le débat et que le récit permet de manier ce genre d’idées d’une manière différente.

Retranscrit et traduit pour Cittàgazze par Irwenalis


Détails
09 Mai 2010 - 23:21:20
Soldat Bleu
Source : guardian.co.uk
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