L’étranger parle de vérité et d’histoire
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L’étranger parle de vérité et d’histoire [extrait 5/6] :.
Samedi 08 Mai 2010 - 16:08:09 par Soldat Bleu - Détails - article lu 821 fois -

L’étranger parle de vérité et d’histoire



Christ ne savait jamais quand l’étranger viendrait le voir. Lorsqu’il apparut la fois suivante, la nuit était bien avancée et la voix de l’étranger se fit doucement entendre à travers sa fenêtre :

« Christ, viens me dire ce qui s’est passé. »

Christ rassembla ses rouleaux et quitta la maison sur la pointe des pieds. L’étranger lui fit signe de sortir de la ville et de monter sur le flanc sombre de la colline, où ils pouvaient parler sans être entendus. L’étranger écouta sans mot dire tandis que Christ lui racontait tout ce que Jésus avait fait depuis le sermon sur la montagne.

« Bien joué, dit l’étranger. C’est de l’excellent travail. Comment as-tu entendu parler des événements de Tyr et Sidon ? Tu n’y es pas allé, j’imagine.

- J’ai demandé à l’un de ses disciples de me tenir au courant, répondit Christ. Sans que Jésus n’en sache rien bien sûr. J’espère que j’avais le droit de le faire ?

- Tu es vraiment doué pour cette tâche.

- Merci, monsieur. Mais il y a une chose qui m’aiderait à mieux l’accomplir. Si je savais pourquoi vous enquêtez ainsi, je pourrais l’observer avec cet objectif à l’esprit. Vous faites partie du Sanhédrin ?

- C’est ce que tu penses ? Que comprends-tu de la fonction du Sanhédrin ?

- Eh bien, c’est l’organisme qui détermine les questions importantes de la loi et la doctrine. Et bien sûr, il s’occupe des taxes et des affaires administratives et… et ainsi de suite. Bien sûr, je ne sous-entends pas qu’il ne s’agit que de bureaucratie, même si ce genre de chose est évidemment nécessaire dans les affaires humaines…

- Qu’as-tu dit au disciple qui est ton informateur ?

- Je lui ai dit que j’écrivais l’histoire du Royaume de Dieu, et qu’il m’aiderait dans cette grande tâche.

- Une très bonne réponse. Il ne serait pas mal que tu l’appliques à ta propre question. En m’aidant, tu aides à écrire cette histoire. Mais l’enjeu est plus grand, et tout le monde ne doit pas le savoir : en écrivant sur ce qui s’est passé, nous aidons à former ce qui est à venir. Des jours sombres approchent, des temps agités ; si le chemin qui mène au Royaume de Dieu doit être ouvert, nous, qui savons, devons être préparés à faire de l’histoire la servante de la postérité et non sa dirigeante. Ce qui aurait dû être, voilà un meilleur serviteur du Royaume que ce qui a été. Je suis certain que tu me comprends.

- En effet, dit Christ. Et, monsieur, si vous lisez mes rouleaux…

- Je les lirai avec une grande attention et avec reconnaissance pour ton travail dévoué et courageux. »

L’étranger mit le paquet de rouleaux sous sa cape et se leva pour partir.

« Souviens-toi de ce que je t’ai dit la première fois que nous nous sommes vu, dit-il. Il y a le temps, et il y a ce qui se trouve au-delà du temps. L’histoire appartient au temps, mais la vérité appartient à ce qui se trouve au-delà du temps. En écrivant les choses telles qu’elles auraient dû être, tu permets à la vérité d’entrer dans l’histoire. Tu es la parole de Dieu.

- Quand reviendrez-vous ? demanda Christ.

- Je reviendrai quand ce sera nécessaire. Et quand je serai de retour, nous parlerons de ton frère. »

Un instant après, l’étranger avait disparu dans l’obscurité de la colline. Christ resta un long moment assis dans le vent froid à réfléchir à ce qu’avait dit l’étranger. Les mots « nous, qui savons » étaient des plus excitants qu’il ait jamais entendus. Et il commença à se demander s’il avait eu raison de penser que l’étranger faisait partie du Sanhédrin ; l’homme ne l’avait pas clairement nié, mais il semblait avoir un champ de connaissances et un point de vue qui n’avait rien à voir avec celui de n’importe quel avocat ou rabbin dont Christ avait entendu parler.

En fait, à présent qu’il y réfléchissait, Christ se rendait compte que l’étranger ne ressemblait à aucune des personnes qu’il avait pu croiser. Ce qu’il disait était si étonnamment différent de tout ce que Christ avait lu dans la Torah ou entendu à la synagogue qu’il commença à se demander si l’étranger était un Juif en premier lieu. Il parlait parfaitement araméen, mais il était bien plus probable, étant donné les circonstances, qu’il soit un Gentil (un non juif, ndt), peut-être un philosophe grec d’Athènes ou d’Alexandrie.

Et Christ rentra se coucher, rempli d’une joie humble face à sa propre prescience ; n’avait-il pas en effet parlé à Jésus, dans le désert, de la nécessité d’inclure les Gentils dans la grande organisation qui incarnerait le Royaume de Dieu ?


Traduit pour Cittàgazze par Irwenalis


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Détails
Samedi 08 Mai 2010 - 16:08:09
Soldat Bleu
Source : guardian.co.uk
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