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  Lyra et les Oiseaux

Philip Pullman

Lyra et les Oiseaux

Détails :
  • Titre original : Lyra's Oxford
  • Traduction : Jean Esch
  • Editeur : Gallimard Jeunesse
  • Première publication : 28 octobre 2003
  • Traduction française : 28 octobre 2004
  • 2e édition France : 14 février 2013

 
  Lyra n’escaladait pas souvent la fenêtre de sa chambre ces temps-ci. Elle avait un meilleur moyen pour accéder au toit. Le concierge lui avait donné une clef qui lui permettait de parvenir au toit de la grande tour. Il lui avait laissé l’obtenir parce qu’il était trop vieux pour grimper les marches, puis vérifier la maçonnerie et la corniche, comme sa fonction l’exigeait quatre fois par an. Alors, elle lui faisait un rapport complet et il le transmettait au Comptable, en échange de quoi elle pouvait aller sur le toit à chaque fois qu’elle le voulait.

  Quand elle était allongée sur la corniche, elle était invisible de partout, sauf du ciel. Un petit parapet entourait le périmètre du toit carré, et Pantalaimon, souvent, tendait sa forme de martre au-delà des demi remparts, sur l’aile qui faisait face au sud. Et il sommeillait, pendant que Lyra, assise, le dos tourné au soleil qui trempait la pierre, étudiait les livres qu’elle avait emmenés avec elle.

  Quelquefois, ils s’arrêtaient et regardaient les cigognes qui nichaient sur la tour Saint Michel, juste de l’autre côté de Tell Street. Lyra avait un plan pour les attirer au-dessus de Jordan ; elle avait même traîné plusieurs planches de bois sur le toit et les avait laborieusement clouées ensemble, afin de fabriquer une plate-forme, du style de celle qu’ils avaient faite à Saint Michel. Mais cela n’avait pas fonctionné. Les cigognes étaient fidèles à Saint Michel et les choses en étaient restées là.

« Elles ne resteraient pas longtemps, si nous continuions de venir ici, de toute façon, dit Pantalaimon.
- Nous pourrions les apprivoiser. Je te parie que nous pourrions. Qu’est-ce qu’elles mangent ?
- Du poisson, conjectura-t-il ? Des grenouilles ? »

  Il était allongé sur le sommet du parapet en pierre, léchant paresseusement sa fourrure d’un rouge doré. Lyra se tenait debout pour se pencher sur la pierre, à côté de lui, ses membres enfiévrés, et fixait la direction du sud-est, où une line poussiéreuse d’arbres vert sombre surgissait, au-dessus des cimes et des toits, dans l’air du petit matin. Elle attendait les étourneaux. Cette année, un nombre extraordinaire d’entre eux étaient venus se percher dans le Jardin Botanique. Et, chaque soir, ils s’élevaient des arbres comme de la fumée, et tourbillonnaient, et descendaient en piqué, et s’élançaient, à travers les cieux, au-dessus de la ville, par milliers.

« Par millions, dit Pan.
- Peut-être. Sans aucun doute. Je ne sais pas qui a jamais pu les compter. Ils sont là-bas !»

  Ils ne ressemblaient pas à des oiseaux individuels ou même à des points individuels de noir contre le bleu. C’était le vol lui-même qui était l’individuel. C’était comme une pièce unique d’une étoffe, coupée d’une manière très compliquée, qui le laissait se balancer au travers d’elle-même, se plier en deux, et s’étirer, et se replier en trois dimensions sans jamais s’emmêler, tournant elle-même à l’envers et ondulant élégamment, et le vol se croisant au travers d’elle, puis tombant et se relevant, puis tombant et se relevant à nouveau.

« C’est comme si cela voulait dire quelque chose…
- Comme un code…
- Personne ne l’a déchiffré. Personne n’a jamais pu comprendre ce qu’il signifiait.
- Peut-être ne signifie-t-il rien. C’est simplement comme ça.
- Toute chose signifie quelque chose. Nous avons juste à découvrir comment le lire. »

  Pantalaimon sauta de l’autre côté de la dentelure, sur le parapet de la pierre angulaire, et se tint debout sur ses pattes de derrière, se servant de sa queue comme d’un balancier et fixant plus intensément le vaste vol tourbillonnant, au-delà de la lisière éloignée de la ville.

« Qu’est-ce que ça signifie alors ? »

  Elle savait exactement à quoi il se référait. Elle était également en train de le regarder. Quelque chose ébranlait, ou faisait un accroc au rideau de fumée - qui avait l’apparence d’un drapeau - au mouvement ininterrompu des étourneaux. Comme si cette étoffe miraculeuse aux multiples dimensions s’était trouvée incapable de se défaire d’un nœud.

« Ils attaquent quelque chose », dit Lyra, abritant ses yeux. Et, s’approchant de plus près, Lyra pouvait également les entendre maintenant : un hurlement aigu de colère, haut perché, absurde. Un oiseau au centre de la colère tourbillonnante s’élançait de droite à gauche ; maintenant, accélérant sa course vers le haut ; maintenant, tombant presque du toit. Et quand il ne fut pas plus proche que la cime de l’église de l’université, et avant qu’ils n’aient pu voir de quelle sorte d’oiseau il s’agissait, Lyra et Pan furent secoués de surprise. Car ce n’était pas un oiseau, bien qu’il ait la forme d’un oiseau. C’était un daemon. Un daemon de sorcière.

« Quelqu’un d’autre l’a-t-il vu ? Est-ce que quelqu’un regardait ? », demanda Lyra.

  Les yeux noirs de Pan balayèrent chaque toit, chaque fenêtre à portée de vue, pendant que Lyra se penchait au dehors et regardait, de haut en bas, la rue sur un côté, et alors s’élança vers les trois autres côtés, afin de regarder dans la cour avant de Jordan, puis également le long du toit. Les habitants d’Oxford allaient au devant de leurs affaires quotidiennes, et un bruit d’oiseaux dans le ciel n’était pas assez intéressant pour les perturber. C’était aussi bien. Parce qu’un daemon était instantanément reconnaissable, quel qu’il soit ; et en voir un, sans son humain, aurait fait sensation, sinon produit des huées de peur et d’horreur.

« Oh ! Dans cette direction ! Dans cette direction ! s’écria Lyra, d’un ton insistant, inconsciente de crier, mais sautant de haut en bas, agitant les deux bras. Et Pan essayait pareillement d’attirer l’attention du daemon en bondissant de pierre en pierre, ondoyant à travers les dentelures, et tournoyant pour sauter à nouveau en arrière.

  Les oiseaux étaient plus proches maintenant, et Lyra pouvait voir distinctement le daemon. Un oiseau noir, d’environ la taille d’une grive, mais avec de longues ailes voûtées et une queue fourchue. Quoi qu’il ait fait pour mettre en colère les étourneaux, ils étaient possédés par la peur et la rage : descendant en piqué, frappant, déchirant, essayant de lui faire perdre son équilibre dans l’air.

« Dans cette direction ! Ici ! Ici ! », cria Pan, et Lyra ouvrit la trappe pour donner au daemon un moyen de s’échapper. Le bruit, maintenant que les étourneaux étaient presque au-dessus de leur tête, était assourdissant, et Lyra pensa que les gens du dessous devaient regarder en l’air cette bataille dans le ciel. Et il y avait tant d’oiseaux, aussi gros que des flocons dans un blizzard de neige noire, que Lyra, son bras passant d’un côté à l’autre de sa tête, perdit de vue le daemon parmi eux. Mais Pan l'avait. Quand l’oiseau daemon avait plongé en direction de la tour, Pan s’était tenu sur ses pattes de derrière et avait sauté en l’air pour attraper le daemon entre ses pattes, puis il avait dévalé, dévalé, avec lui, en direction de la trappe, et ils avaient échoué maladroitement ; c’est alors que Lyra s’était débattue avec ses poignets, de gauche à droite, et avait dégringolé, entraînant avec elle les deux daemons, et enfin avait tiré, pour le fermer, l’abattant de la trappe derrière elle.


Texte original de Philip Pullman
Traduction depuis la version originale par Sally. Sur le forum


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