Philip Pullman face à ses daemons
17 mars 2009, par Alan Franks
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Philip Pullman face à ses daemons :.
Mercredi 18 Mars 2009 - 09:20:20 par Anne-Emmanuelle - Détails - article lu 743 fois - - -

Philip Pullman face à ses daemons



17 mars 2009, par Alan Franks

Alors que sa trilogie est rejouée à Birmingham, l’auteur d’A la Croisée des Mondes explique pourquoi il est si fâché avec Dieu.




Vous ne vous attendez pas à entendre l’un des plus fameux athées anglais se lamenter de la perte du Missel de 1662, mais c’est ce que vous avez quand vous passez du temps en la compagnie surprenante de Philip Pullman. Puis il y a les Hymnes Anciens et Modernes et la Bible du Roi Jacques, tous deux disparus. « La Nouvelle Version Révisée est très bien », dit l’auteur de 62 ans d’A la Croisée des Mondes, « et je l’utilise quand je veux rechercher quelque chose et être sûr de le comprendre, mais c’est le langage du Roi Jacques dont je me souviens. »



Rappelez-vous, il s'agit de l’homme dont le travail a été classé anti-Chrétien pour sa discréditation de l’autorité de l’Eglise et de son traitement envers Dieu (Il meurt). Et maintenant : « Je peux toujours me rappeler de bien des prières de mon enfance, de l’église de mon grand-père, les prières issues des services de la Communion, des Matines et des Vêpres. Elles font partie de la constitution de mon être. Je ne peux les arracher de moi-même, et je ne le désire pas. »



Un moment, il semble que vous êtes tombé par hasard sur le Vieil Homme Grincheux d’Angleterre, un ancien professeur atterré de la baisse du niveau qu’il est même prêt à le regretter en une religion qui n’a aucun rôle actif dans sa vie. Il semble le confirmer en poursuivant avec la litanie : « Je pleure également la perte de la télévision en noir et blanc, qui était meilleure que celle en couleur, ainsi que le pain à la graisse de porc figée. »



Il est auteur professionnel depuis environ 20 ans et, bien que le succès vint tard, il le compense par sa taille. La trilogie A la Croisée des Mondes est devenue un bestseller international, déployant un thème épique de mondes parallèles, de daemons, d’une quête d’amour et de la nécessité d’une terrible expérience. L’œuvre a été à l’origine d’un film, d’un livre audio, d’une pièce radiophonique et d’une production jouée au National Theatre. C’est dans cette dernière forme qu’elle réapparaît maintenant au Birmingham Repertory Theatre.



Pullman est dans sa maison dans un village à 5 kilomètres d’Oxford. Elle est large et confortable, mais pas particulièrement spectaculaire. Il est bon d’être aisé financièrement, concède-t-il. Considérablement plus aisé ? « Euh… oui. Bien plus que quand j’étais un professeur. Mais pas à l’échelle de Rowling ou Branson. Suffisamment pour avoir plus de temps pour écrire que quand j’avais un métier à temps plein. J’y allais et enseignais, rentrais à la maison, corrigeais les copies, préparais les leçons du lendemain et ensuite j’écrivais après dîner. Maintenant il y a les e-mails, des gens qui me téléphonent et veulent que je fasse des choses – requêtes de toutes sortes, parler à des conférences et ainsi de suite. Il faut s’occuper de chaque chose, même si je dis non. » La manière moderne, refuser vos correspondants, n’est pas pour lui. Il semble un peu choqué à cette idée.



Lui et sa femme Jude, qui était également professeur, habitent ici depuis sept ans, et sont mariés depuis 38. Leurs deux fils sont partis depuis longtemps, l’un d’eux est maintenant altiste au Bournemouth Symphony Orchestra, l’autre faisant à Cambridge un master de bibliothécaire. Dans le salon il y a bien des preuves de résistance à la marche du temps – disques 33 tours, un cheval à bascule classique. Dans ses écrits, également, il y a un constant échange entre le passé et le présent, entre l’enfance et l’âge adulte. C’est pour cette raison que les livres plaisent autant aux jeunes et aux adultes ; dans leur cœur, à travers l’histoire centrale de Lyra Belacqua et Will Parry se trouve l’importance de résister à ces forces qui nous répriment et nous infantilisent. Ceci est vrai pour l’évolution de l’enfant à l’adulte aussi bien que pour le propre développement de l’humanité.



Peut-être il y a-t-il plus d’éléments autobiographiques dans le roman de Pullman qu’on le sait généralement. Comme Parry, il perdit son père dans son enfance. Il avait 7 ans et, de son point de vue, il apparaît qu’il n’a su les circonstances que bien après. En tira-t-il sa colère envers Dieu ? Il fit un sourire sérieux et professoral et dit prudemment : « Ou…i. Mais je l’avais en quelque sorte perdu auparavant parce qu’il n’était pas tellement présent. Il était une figure distante. Je ne blâme pas Dieu pour sa mort mais les Mau Mau {le mouvement militant nationaliste au Kenya durant les années 1950}. Bien sûr je ne savais rien de notre histoire sordide et non glorieuse d’oppression au Kenya. Ou ‘Keenya’ comme ils l’appelaient. Je ne savais rien non plus sur les Mau Mau, mais j’ai eu l’impression pendant bien des années qu’ils l’avaient tué. »



Comment cela est-il arrivé ? « Je ne m’en souviens pas exactement. Mon père étant dans la RAF. On m’a dit que son avion avait été abattu. En fait c’était juste un crash. Il a reçu de manière postume la DFC [Distinguished Flying Cross">, que j’ai toujours dans un tiroir ici, et qui m’a aussi laissé croire, en tant que garçon de sept ans, qu’il était mort à la bataille. Je ne savais pas que les Mau Mau n’abattaient pas sur les avions. C’était juste mon impression, et j’ai appris depuis que c’était arrivé lors d’un exercice d’entrainement. »



Ceci, vraisemblablement, explique comment la mythologie se crée ; une version se renforce en un récit accepté. « Oui. Et ceci est en partie assisté par notre besoin désespéré de justifier et de donner une explication aux choses. Tant que nous avons une explication, c’est bon, peu importe ce qu’est cette explication. »



Il a débattu, entre autres, avec l’ancien évêque d’Oxford Richard Harries, l’athée local Richard Dawkins et l’archevêque de Canterbury Rowan Williams. Du dernier, il dit, avec une estime très nette dans sa voix : « Oh, je n’oserais pas passer toute ma vie à argumenter avec lui. Il est bien trop intelligent pour moi – je suis un conteur, un point c’est tout. » Il est également exaspéré par l’Eglise d’Angleterre, persuadé qu’elle se « déchire d’elle-même avec les fanatiques dont elle est chargée. Il [Williams"> essaye très fort de la garder intègre mais je me demande si cela marche. Il me semble que le chef de l’Eglise devrait penser aux valeurs qu’elle proclame : ‘Je suis la voie de Jésus et chacun qui veut venir avec moi peut me suivre parce que ce chemin mène à la compassion et à la tolérance. Si vous n’aimez pas cela, restez ici, mais c’est ce chemin que j’emprunte.’ »



Le don de conteur a dû faire de lui un professeur formidable, comme cela fut le cas avec d’autres qui ont eu un changement de carrière similaire, comme William Golding, John le Carré et Michael Morpurgo. Et la diversité d’écoles dans lesquelles il a enseigné est sûrement ce qui a fait son style si largement populaire ; il y eut la communauté sensible de Blackbird Leys, dans la banlieue nord de la ville, puis le ‘diamétralement opposé’ au nord intellectuel d’Oxford, puis une école dans un des lotissements de logements sociaux à l’est. Toujours des collégiens âgés de 9 à 13 ans.



Il produisit des pièces de théâtre avec eux, et conserva son amour de longue date pour le théâtre. D’où son enthousiasme de voir son épopée sur les planches. Rien ne lui plaît plus que de voir ce qu’un acteur peut faire avec un de ses personnages. Il reconnaît qu’il ne l’aurait jamais adapté lui-même, et il ne tarit pas d’éloges sur le travail de transcription pour le théâtre de Nicholas Wright, qui s’en et occupé. « Le roman est l’art que je connais le mieux », dit-il. « Je ne l’ai pas conçu comme une pièce de théâtre, et il y a vraiment besoin de quelqu’un comme Nick pour l’aborder avec un œil neuf et professionnel. Le point majeur est qu’il l’a fait dans une direction telle qu’il est possible de la jouer avec toutes sortes d’autres salles moins bien équipées, comme des gymnases ou des halls d’école. Le film [La Boussole d’Or"> est présent à jamais, et c’est merveilleux. Mais avec une pièce de théâtre, il y a le plaisir spécial de savoir que ce que vous voyez un soir particulier a été partagé seulement entre vous et le reste du public, et personne d’autre. »



Sa colère envers Dieu demeure non estompée. Cela peut paraître effrayant et démesuré, étant donné son élocution impeccablement courtoise. Le choc ponctuel d’un F-word [manière polie de désigner le mot ‘Fuck’ en anglais, NdT"> est vraiment très drôle. Sa rage se présente comme quelqu’un qui a des problèmes avec l’autorité – quelqu’un qui a évidemment exercé la sienne comme professeur et père avec modération. Etait-ce un indice à propos de tout ceci quand il mentionna l’homme qui aida à l’élever avant que sa mère se remarie et s’envola avec lui pour le nord du Pays de Galles – son grand-père, un ecclésiastique de Norfolk de la vieille école ? Non, il est peu probable qu’il soit responsable de la prise de position au sujet du Tout-Puissant puisqu’il était « un homme que j’aimais vraiment, un de ceux que les gens admirent et croient. »



Par ailleurs, ce n’est pas vraiment Dieu qu’il vilipende mais les gens qui font des choses atroces au nom de la religion. N’y a-t-il pas d’autres systèmes de croyances qu’il pourrait montrer du doigt ? Le Magisterium de sa trilogie est analogue à l’historique Eglise Romaine Catholique, dont on peut soutenir qu’elle est moins menaçante que l’extrémisme islamique moderne. « Bon », réplique-t-il, « il aurait été malhonnête de ma part de commencer à écrire à propos des musulmans ou des juifs, alors que je ne les connais pas. Je ne connais même pas la tradition catholique. Vous l’appelez une cible facile. Maintenant ça l’est, mais revenez quelques siècles en arrière et c’était ce qui vous brûlait sous vous étiez du mauvais côté. Nous vivons dans une petite bulle temporelle. Cela ne devrait pas durer plus longtemps que ça, mais c’est une bulle de temps qui est encore réchauffée par le rayonnement de fond du Siècle des Lumières. Nous sommes vraiment privilégiés de vivre en un temps et un lieu où vous n’êtes pas démembrés pour avoir les mauvaises convictions politiques, et nous devrions être complètement reconnaissants pour chaque jour de notre vie.



Quand les gens parlent de ses livres et à propos de ces personnages qui possèdent leurs daemons comme leur âme visible, ils parlent aussi de spiritualité. Ils peuvent en savoir moins sur ses opinions que sur ses créations, mais c’est une bonne chose qu’il ne puisse pas les entendre sur ce qui est à son avis de la m**de. « Je ne l’utilise jamais. Je n’ai jamais su ce que cela signifie. Cela pourrait signifier n’importe lequel de ces multitudes de choses, depuis de vagues sentiments à un transport émotionnel… et ensuite vous partez vers le royaume de ‘l’intense sottise’, ainsi que Shelley l’appelle. Je trouve cela presque insupportablement stupide quand les gens parlent d’explorer leur spiritualité parce que je ne sais foutrement pas ce qu’ils pensent. (sic !) Je pense qu’ils veulent dire ‘Je ne suis pas confiné dans une enveloppe humaine et vous me devez du respect parce que j’ai une dimension plus élevée que vous autres gens matériels.’ »



Qu’il y a-t-il à venir pour Pullman ? On le dit travaillant sur The Book of Dust, un volume compagnon de la trilogie dans lequel il expliquera ses représentations négatives de la religion. Mais il a fait vœu de silence sur le projet, tout en ne niant aucune des affirmations ci-dessus. Cela répandra la lumière sur sa position, n’est-ce pas ? « Partiellement, oui, mais je ne vais pas en parler. Je dois le continuer et le finir. » Par ailleurs, il y a une nouvelle passion dans sa vie – une guitare. Il en a toujours joué, mais il s’est mise à l’électrique seulement l’année dernière. C’est une Fender et il en est enchanté.



Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il est étrange qu’il soit resté si près d’Oxford. Il ne l’avait pas tellement aimé quand il était étudiant à l’Exeter College dans le milieu des années 1960. En particulier il répugnait le Vieil Anglais dans ses cours et dit qu’il aurait eu une mention passable si une telle chose n’avait pas été abolie. Et quiconque a lu ses livres et visité la ville peut voir qu’il passa la structure du lieu à travers une lentille déformante. Il a fait quelque chose de similaire avec le cœur de cette œuvre, Le Paradis Perdu de Milton, le texte d’où proviennent les mots ‘His Dark Material’ qu’il a utilisés. Maintenant il est lui-même un Anglais célèbre – bien qu’il rejette la suggestion au loin – il demeure très septique sur ce qui l’a permis de le devenir.



His Dark Materials, Parties 1 et 2, sont jusqu’au 18 avril au Birmingham Repertory Theatre. (Réservations : +44 (0)121-236 4455 ; www.birmingham-rep.co.uk)


Détails
Mercredi 18 Mars 2009 - 09:20:20
Anne-Emmanuelle
Source : Times Online
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