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La Grande-Bretagne a besoin de revenir au rationnement déclare l’auteur Phillip Pullman :.
16 Mars 2008 - 18:12:51 par Haku - Détails - article lu 1064 fois - - -

The Sunday Times

16 mars 2008


La Grande-Bretagne a besoin de revenir au rationnement déclare l’auteur Phillip Pullman




Philip Pullman, dont le nouveau roman propose un message écologique, propose des idées drastiques pour sauver la planète

Susannah Herbert

Philip Pullman m’indique une commode dans son bureau. “Le tiroir du haut, cette boîte. Allez-y, ouvrez-la”.


A l’intérieur se trouve un trophée : ceci n’a rien à voir avec l’Oscar que La Boussole d’Or, le film tiré de son livre préféré a gagné le mois passé, ce n’est pas plus le Whit-bread Award qu’il a reçu en 2002. Il s’agit de la Distinguished Flying Cross – remise à titre posthume à son père, un officier de la RAF qui mourut quand son aéroplane s’écrasa au Kenya en 1953. Une photographie d’un jeune pilote élégant, à la figure dominée par une magnifique moustache, est exposée sur l’étagère à côté.


“Je ne sais pas vraiment ce qui est arrivé”, dit Pullman, lentement. “J’avais sept ans à cette époque, et bien sûr, je l’imaginais être un héros. Mais il semblerait que ce n’ait pas été un accident. Il y a même de quoi suggérer que c’était délibéré. Il avait certainement bu. Je n’ai appris ce qui s’était passé que bien après, ayant grandi”.


Momentanément confuse, je pose une question que je regrète instantanément : “Ils vous donnent une médaille alors que vous avez crashé votre avion ?”


Il grogne : “Non. Pour acte de valeur, d’honneur et de courage”.


L’histoire présente un certain écho, connaissant le sujet du nouveau roman grandement attendu de Pullman, Once Upon a Time in the North – une histoire à l’ancienne de bravoure qui s’ouvre par un atterrisage en catastrophe dans un lugubre comptoir commercial de l’Arctique. Le pilote – qui s’avère être un fringant jeune homme à la magnifique moustache – est le cowboy Lee Scoresby, l’un des personnages secondaires les plus appréciés de la trilogie de Pullman, A la Croisée des mondes. D’ici à la fin du livre, il sera tombé amoureux, aura scellé une amitié avec un ours parlant, sera sorti victorieux d’une rixe et de façon générale aura rendu le monde un peu plus vivable.


A première vue, c’est un traditionnel conte pour garçon : En effet, Pullman reconnaît facilement qu’il a tiré son histoire de son western préféré, les Sept Mercenaires : “Un grand film. Je l’ai déjà repris auparavant et je pense le refaire encore dans le futur”.


Les livres de Pullman – qui se sont vendus à 5 millions d’exemplaires dans le seul Royaume-Uni – sont rarement aussi simples qu’ils le semblent à première vue. “Je ne m’en suis rendu compte qu’une fois assez avancé dans l’écriture : ça parle de l’honneur . . . Bien sûr,” concede-t-il, “l’histoire est à l’ancienne, mais les histoires sont de vieilles choses. Les gens ont raconté pendant 3000 ans des histoires de combats, de comportements exemplaires, et sur la tentation d’être malhonnête, je ne fais donc rien de nouveau”.


Il est trop modeste. Bien que son livre semble à première vue un livre annexe directement tiré d’A la Croisée des mondes, les différences y sont aussi marquées que les similarités.


Là où les forces de l’ombre de la trilogie étaient liées à une théocratie oppressante, leur équivalents de Once Upon a Time in the North résident en une compagnie pétrolière tentant de corrompre les politiques et de détourner la loi.


C’est évidemment un sujet qui tient à coeur Pullman, puisqu’il s’anime de colère quant à la “destruction de la planète causée par les recherches de pétrole” – et ses mains se serrent quand il dit ceci.


Je fais remarquer en douce que les humains ont toujours eu besoin de quelque chose à craindre, que ce soit une invasion barbare, l’Inquisition, la menace communiste ou la bombe atomique. Et comme le réchauffement climatique est désormais le sujet du jour, il est inévitable qu’il soit le centre de nos craintes. Il se redresse droit dans son fauteuil en cuir.


“Non, c’est différent désormais. Bien sûr, un paysan turc ou de Lusitanie s’occupant de ses oliviers aux beaux jours de l’empire romain aurait été inquiet à l’idée que les Romains viennent et le crucifient, ou que les Barbares vienne brûler son village. Mais nous n’avions jamais craint que monde dans sa globalité puisse être détruit, ruiné, et rendu inhabitable. Désormais, nous ressentons cette crainte, et nous le savons. Et c’est plus effrayant que ce qui a été connu dans le passé, non ?”


Je ne peux m’empêcher de penser que pour le paysan de Lusitanie, une mise à sac, rondement menée, pouvait paraître aussi terrible que le réchauffement climatique, mais Pullman est lancé : “Voyez-vous, il n’y a nulle part où aller : au XVIe siècle, il y avait le nouveau monde. Au XVIIIe siècle, il y avait le nouveau monde. On pouvait aller en Australie, un gigantesque continent, empli de possibilités. Ici il ne reste rien ? N’ayez crainte, il y autre chose au-delà de l’horizon. Mais nous savons bien que ceci n’est plus vrai”.


Comme petite contribution à leur guerre contre le réchauffement climatique, Pullman et sa femme ont une pompe à chaleur au sol installée dans leur maison, une ferme du XVIIe siècle proche d’Oxford: “cela coûte une fortune, mais permettra peut-être de consommer moins de fuel. Je ne peux me le permettre uniquement car j’ai assez d’argent. Il devrait y en avoir une dans chaque maison dans le pays – et ce serait le cas si le gouvernement avait le bon sens d’investir dans ce genre de choses. Mais ils n’ont pas le courage d’entrer en rupture avec leur folle obsession en le marché. Ils vénèrent le marché. C’est désespéremment destructeur”.


Sa solution est à la fois drastique et nostalgique, revenant à l’époque de sa naissance en 1946 : “Pendant la seconde guerre mondiale, les gens n’auraient pas de leur propre accord réduit leur alimentation, si bien qu’il y a eu le rationnement. Et ceci a marché, car il était universel et que tout le monde avait la même ration et que vous ne pouviez ni acheter ni vendre la ration de quelqu’un d’autre”. Devrait-on alors en revenir au rationnement et envoyer au diable le marché ? “Absolument”.


De façon révélatrice, les bons dans Once Upon a Time in the North sont les officiers des douanes. Pullman doit être le seul de la communauté des super-riches à pouvoir imaginer un collecteur d’impôts comme un héros


Cependant, je ne suis pas sûre de la conviction avec laquelle il croit en le pouvoir pour nous réformer, dans la mesure où il est fort critique envers le gouvernement. Ancien professeur, il n’est pas fan de l’intervention sans fin de l’état dans l’éducation – et la simple mention du principe d’imposer “cinq heures de culture” aux écoliers le fait hurler.


“C’est profondément ridicule. Quand j’étais enfant à l’école au Pays de Galles, les professeurs étaient des gens cultivés. Le directeur était astronome, son adjoint était un poète qui avait gagné des prix. C’étaient des gens d’importance. Mais de nos jours les professeurs ne peuvent l’être car ils n’en ont pas le temps. Il n’ont pas le temps de lire, d’écrire des poèmes et de gagner des prix”.


Pullman a développé son don à la narration dans la salle de classe : “J’ai appris tout ce qu’il faut sur les histoire en les racontant aux enfants à haute voix – les histoires de l’Illiade et de l’Odyssée, ce genre de choses. Je pouvais leur donner envie de savoir ce qui allait se passer, je pouvais les faire imaginer ce que je décrivais, mais je n’étais pas aussi bon quand il s’agissait de les faire rire”.


Les enfants, dit-il “ont faim d’histoires et les histoires sont ce dont ils se souviennent”.


Et l’Ancien Testament? “Ce sont des histoires merveilleuses !” s’écrit-il. Il les aime clairement autant que ses détracteurs chrétiens les aiment, mais là s’arrêtent les ressemblances : “Ils ne les considèrent pas comme des histoires; ils les considèrent comme des vérités scientifiques ou comme l’Histoire. Ils ont oublié comment lire”.


L’allusion à ses détracteurs chrétiens donne à Pullman, qui a passé une grande part de l’année écoulée à s’occuper du film La Boussole d’Or - adaptation à 180M$ du premier tome de sa trilogie, l’air épuisé. Les mauvais résultats au box-office américain, conséquence du boycott par les fondamentalistes, ont coûté leur place aux têtes dirigeantes du studio ; désormais, les projets de suites sont incertains. Alors, fondamentalistes 1, narration 0 ?


“Ce tumulte aux USA était très distrayant, et vraiment déconcertant. Les gens ont pris la chose par le mauvais bout – tout ce que vous pouvez faire, c’est admirer le spectacle” dit-il.


New Line Cinema, qui a fait le film, n’a pas cherché à le bâillonner pendant la promotion. Franchement, c’eut été inutile : Internet était déjà à feu et à sang avec des citations inflammatoires de Pullman tirées de vieilles interviews, parmi lesquelles “Je chercher à miner les bases de la croyance chrétienne ”. Et bien qu’il ait modéré ses propos l’année passée, disant que au show America’s Today qu’il ne prêchait pas son athéisme, il n’y avait rien qu’il puisse faire pour calmer la tempête.


Désormais, bien sûr, il a d’autres préoccupations. “L’humanité a besoin d’évoluer moralement si elle doit survivre” insiste-t-il “Nous devons la changer et ce sera très désagréable. Mais si on ne le fait pas, l’alternative sera pire”.


Et qui donc va faire évoluer l’humanité moralement ? Il est peu probable que ce soit l’église ou le gouvernement. Ais j’ai la lourde suspicion que c’est un job que Philip Pullman, narrateur suprême, est déterminé à mettre à son actif.


Philip Pullman parlera au Sunday Times Oxford Literary Festival le lundi 31 mars à 19h. Réservez sur www.ticketsoxford.com ou appelez le 0870 343 1001



Détails
16 Mars 2008 - 18:12:51
Haku
Source : Times Online
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