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Philip Pullman et la religion :.
Samedi 10 Novembre 2007 - 20:34:15 par Haku - Détails - article lu 1092 fois - - -

Interview de Philip Pullman pour Beliefnet

Donna
Freitas


Je me suis dit : Oh mon Dieu, ce livre ne parle pas de tuer Dieu, mais de le sauver. Ce qui m’inquiète, ce sont ces gens qui arrêtent de lire la trilogie et qui ratent cet extraordinaire message.





Philip Pullman


C’est quelque chose d’intéressant et je pense que vous avez
raison, mais je ne pense pas que vous ayez à vous inquiéter pour les gens qui ne saisissent pas cela. C’est quelque chose d’inclus dans les évènements de l’histoire. Et comme Isaac Bashevis Singer [auteur yiddish du XXe siècle, NdT"> a une fois dit que les évènements sont bien plus sages que les commentaires des évènements. Et ce que vous voulez dire, c’est que si vous racontez une histoire de toutes lettres, sans la commenter, les évènements vont porter d’eux-mêmes la sagesse de ce qu’ils signifient pour le lecteur, qu’ils soient jeunes ou vieux, quelque soit leur éducation, quelque soit leur nombre. L’évènement
en lui-même racontera une histoire, mais je pense que vous pointez bien la chose, il s’agit de sauver l’Être divin, et non de le tuer, vous avez assez raison. Les gens ont dit beaucoup de choses dans les commentaires que j’ai lus depuis sept ans et la sortie du dernier volume. Mais je pense que vous avez vu plus clairement que quiconque ce que j’ai voulu dire.



Donna Freitas


Quels sont les conseils que vous avez plus spécifiquement pour les parents ?




Philip Pullman


Lisez le livre. Faites confiance au livre, et faites confiance à vos enfants. Faites confiance à vos enfants si vous voulez qu’ils soient de jeunes gens décents, intelligents, ouverts ; inutile de vous inquiéter pour eux, de craindre qu’ils ne deviennent de petits monstres, des athées ou quoi que ce soit. C’est une histoire. Beaucoup d’enfants et adultes m’ont très gentiment dit que cette histoire les avait touchés. Faites confiance aux enfants. Je fais confiance aux enfants, je fais confiance aux lecteurs. C’est ce que j’appelle la démocratie de la lecture. Ce qui se passe entre le lecteur et son livre est privé et secret et je ne le sais pas ce qui se passe dans la
tête de quelqu’un qui lit le livre. C’est le grand plaisir de la lecture. C’est personnel et cela vous appartient. Mais je fais confiance aux lecteurs pour mettre toutes leurs attentes, espoirs et préoccupations au profit de la lecture, et s’ils le font, j’ai bon espoir qu’ils verront que je n’ai laissé personne de côté, que je n‘ai perverti personne ni visé de croyances religieuses ou choses du genre.




Donna Freitas


On vous dit souvent être assez tranché du point de vue de
la théologie. J’aimerais savoir ce que vous en pensez...





Philip Pullman


Je pense que j’en ai souvent été accusé, mais je
vois ce que vous voulez dire car je suis préoccupé par les questions religieuses. La religion est quelque chose que les être humains ont, toute société, toute culture a son genre de religion. Un groupe de réflexion s’atèle aux grandes questions : qui a créé l’univers, a-t-il
simplement été créé, pourquoi sommes-nous là, quel est le but de la vie, qu’arrive-t-il après la mort, toutes ces questions sont religieuses. Et de ce point de vue, je suis quelqu’un de religieux, j’ai réfléchi à ces questions toute ma vie, ce sont des questions profondes et importantes.




Donna Freitas


Il est intéressant de voir ce débat sur A la Croisée
des Mondes, entendre que c’est un manifeste en faveur de l’athéisme, etc. car avant que je n’entende quoi que ce soit de ces débats publiques, ce que je voyais dans la Poussière était le Divin. Dès le départ, c’était évident à mes yeux, en tant qu’étudiante travaillant ce genre de choses, en tant que jeune femme. Et je voulais savoir ce que vous en pensiez.




Philip Pullman


J’ai été ravi de voir que vous aviez écrit cela, car
c’est également ce que je pense. Personne ne l’a vu ainsi jusqu’alors donc vous devez être la première. Mais notre relation avec ce que j’ai appelé Poussière est une relation étrange, mutuelle et interdépendante. Ce n’est peut-être pas la relation traditionnelle, orthodoxe, entre l’humain et le Divin, mais je la vois comme mutuelle et réciproque, mutuelle et nécessaire. Nous dépendons de la Poussière, car – je dois déjà expliquer pour ceux qui n’auraient pas lu les livres. La Poussière est une force mystérieuse dont les gens dans le roman sont effrayés. A la fin du premier livre, Lyra, l’enfant au coeur de l’histoire à qui on a dit toute sa vie que la Poussière était mauvaise, a vu autour d’elle les adultes faire des choses terribles et effrayantes pour se débarrasser de la Poussière, et elle entre dans une sorte de crise morale : si ces gens ont fait de si terribles choses en disant que la
Poussière est mauvaise, alors peut-être est-ce en fait qu’elle est bonne. Et c’est la base d’une nouvelle façon de penser et la conclusion autour de la Poussière, qui est une évocation, une image de tout ce qui est la conscience : la pensée humaine, l’imagination, l’amour, la bonté,
l’affection, les bonnes choses. Et la curiosité, la curiosité intellectuelle. Tout cela est dans mon idée de la Poussière. Notre devoir, notre plus profonde tâche, à mon goût, est d’accroître la quantité de Poussière dans le monde. C’est donc quelque chose de
mutuel, et voir la Poussière comme quelque chose de Divin n’en supprime rien. Ca me fait sens, mais ma vision est que nous sommes dépendants l’un de l’autre. La Poussière n’est rien sans nous et nous n’irons pas loin sans la Poussière.




Donna
Freitas


Beaucoup de gens s’inquiètent de vous objectifs, disant que vous vendez l’athéisme aux enfants, et je me demandais, du fait de votre travail - la démocratie de la lecture et de l’imagination – ce que vous répondez à ces accusations ?





Philip Pullman


J’écris des histoires depuis trente ans, peut-être quarante, et si il y a une chose que j’ai apprise, c’est qu’il n’est pas bon d’écrire une histoire qui prêche quelque chose :
les gens ne les lisent pas, les enfants ne s’y intéressent pas, personne ne les lit. Mon objectif n’est pas de convertir qui que ce soit à un point de vue. Mon but est de les faire ressentir, de les faire voir quelque chose, de les divertir, de les amuser, de les surprendre, de les faire apprécier l’histoire que je raconte, une histoire de deux enfants ordinaires dans des circonstances extraordinaires. C’est mon objectif : raconter une histoire. Je suis un conteur. Si les gens s’écartent du livre, le reposent et considèrent les choses plus profondément, c’est quelque chose de bien, je fais confiance au public, au lecteur, d’avoir le bon sens de voir les qualités du livre. Je ne pense pas que quiconque puisse lire le livre et
l’accuser de voler le bonheur des enfants, de voler aux enfants tout ce qui a trait à l’émerveillement et au plaisir. Je pense que les qualités promues par le livre sont la bonté, l’amour, le courage, la courtoisie, mais aussi la curiosité intellectuelle, toutes ces bonnes choses. Et les qualités qu’il attaque sont la froideur, la tyrannie, l’étroitesse d’esprit et la cruauté, qui sont, nous sommes tous d’accord, de mauvaises choses. Ai-je un objectif ? J’ai l’objectif du
conteur d’histoire, qui est de faire tourner la page et les faire lire jusqu’à la fin. Et quand les lecteurs auront lu le livre, j’espère qu’ils se sentiront mieux pour l’avoir fait. Pour reprendre l’un de mes héros, Samuel Johnson, le grand docteur Johnson a dit : « Le vrai but de la lecture est de faire permettre au lecteur de mieux apprécier
la vie, ou de mieux l’endurer. » Et ceci est mon objectif.



Détails
Samedi 10 Novembre 2007 - 20:34:15
Haku
Source : Beliefnet
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