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Pullman a passé sa carrière à créer des mondes. Il n’en a pas fini :.
Mardi 14 Novembre 2017 - 22:19:08 par Haku - Détails - article lu 18 fois - - -

Philip Pullman a passé sa carrière à créer des mondes. Il n’en a pas fini




TIME / Par Dan Stewart
19 Octobre 2017



Photo: Lewis Khan pour Time


Quand Philip Pullman avait 10 ans, il a fait l’expérience d’une vision qui ne l’a jamais plus quitté. C’était en 1956, il vivait dans le sud de l’Australie, où son beau-père était pilote pour la Royal Air Force. La crue de la rivière Murray avait cette année-là submergé une grande partie de la région, et il se souvient d’avoir été conduit à proximité de l’inondation pour la voir de ses yeux. “C’était édifiant, en dit aujourd’hui l’auteur britannique de soixante-dix ans. C’était une masse immense, aussi large que l’océan, d’une teinte grise balayée par un vent froid. Cette puissance. C’est une impression qui ne m’a jamais quitté.”


C’est ce souvenir qui a inspiré l’inondation au cœur de La Belle Sauvage, le premier tome de La Trilogie de la Poussière, la nouvelle trilogie de Pullman ancrée dans l’univers de la saga A la Croisée des Mondes. Publiés entre 1995 et 2000, les trois romans ont lancé une franchise devenue classique de la fiction pour jeunes adultes et, tout comme Harry Potter, représente l’un des premiers exemples de l’intérêt intergénérationnel pour ce genre. En 2003, les concitoyens britanniques de Pullman ont élu sa trilogie en troisième position au rang de leurs livres favoris, derrière Le Seigneur des Anneaux et Orgueil et Préjugés.


A la Croisée des Mondes se déroule essentiellement dans un univers parallèle où le surnaturel est banal : des sorcières sans âge s’y croisent aux côtés d’ours polaires guerriers ; et tout humain est accompagné d’un “daemon” une sorte de représentation animale de son être dont il partage l’âme. Les livres se frottent également à des thèmes métaphysiques assez lourds, influencés par la poésie de William Blake et Le Paradis Perdu de John Milton. Les méchants y sont les légions de la religion institutionnalisée, et les protagonistes cherchent à défier et renverser l’ordre de ce monde monothéiste. L’ultime volet s’achève avec l’héroïne de Pullman, réincarnant à son insu la chute de l’homme et mettant sur pieds une “République des Cieux”, une démocratie de principe en lieu et place d’une dictature placée sous l’autorité de Dieu.


Ces thèmes hérétiques ont mené les livres à être condamnés par des groupes religieux aux USA, notamment après que l’adaptation en 2007 du premier livre au cinéma avec le film La Boussole d’Or, ait attiré l’attention sur eux. Dans les deux ans qui ont suivi, la trilogie a été parmi les livres les plus fréquemment dénoncés et retirés des bibliothèques, d’après l’American Library Association, quand des parents anxieux ont tenté de les faire retirer des bibliothèques scolaires. “De l’athéisme aux enfants, voilà ce que Pullman vend” avait annoncé la Catholic League en 2007.


En tant que personne, Pullman n’a pas l’air d’être une menace à l’ordre moral. Il a l’air d’une personne avenante et professorale dans son cottage au plafond bas à la sortie d’Oxford. Mais il a aussi ses petites excentricités. Alors qu’il écrivait La Belle Sauvage, il a fait le serment de ne plus se couper les cheveux avant d’en avoir fini. “C’était de la superstition, en dit-il, ou un marché avec les muses, quelque chose du genre. Si je ne me coupe pas les cheveux, le livre sera comme il faut.” Il a toujours lesdits cheveux, précise-t-il, enfermés dans un sac congélation. “Je les donnerai à la Bodleian Library, ajoute-t-il, en référence à la bibliothèque académique de l’Université d’Oxford.


La fureur autour d’A la Croisée des mondes s’est effacée et les lettres que Pullman recevait régulièrement de la part de lecteurs qui lui promettaient l’enfer n’arrivent plus que rarement. Il semble plutôt déçu de reconnaître que “clairement, aucun démon ne s’est manifesté à cause de ma présence depuis vingt ans. Ils n’ont rien à désigner en disant Cet homme doit être brûlé dans l’instant.”


Malgré la présence de cette crue biblique dans la seconde moitié du roman, il y a peu de choses à reprocher dans La Belle Sauvage, qui sort le 19 octobre. Là où la première trilogie traversait des mondes pour questionner les fondamentaux de l’existence, ce préquel réduit la voilure pour raconter une histoire plus simpliste sur “les dangers de ce que Blake appelait la vision unique, explique Pullman, un point de vue étroit, dogmatique qui exclut tout autre angle de vision en dehors de celui-ci qu’il a décidé d’être le bon”.


Située environ dix ans avant la trilogie d’origine, La Belle Sauvage raconte l’histoire de Malcolm, le fils de 11 ans d’un aubergiste à Oxford. Dans ses vas-et-viens entre l’auberge de son père où il aide au service et ses périples sur les canaux de la ville à bord du canoë qui donne son nom au livre, Malcolm croise le chemin d’un bébé, Lyra, que protègent des nonnes dans un prieuré voisin. Au cours du roman, qui se déroule presque entièrement dans l’Oxfordshire, il revient à Malcolm de protéger Lyra de ce et ceux qui la menacent — non seulement les eaux qui montent mais aussi les différents agents d’une église tyrannique, le “Magisterium” qui monte peu à peu en puissance.


Dans la première moitié du livre, Pullman plonge dans les pouvoirs que le Magisterium a accumulés dans cette version alternative de la Grande-Bretagne. C’est une sombre vision du totalitarisme : les opposants “disparaissent” ou sont forcés à se cacher. Les scientifiques doivent mener leurs recherches en secret. Une ténébreuse organisation transforme peu à peu les écoliers en informateurs. Les parallèles historiques avec l’Inquisition espagnole sont immanquables, mais Pullman explique que des forces similaires existent toujours de nos jours. “Au Moyen-Orient et dans certaines régions isolées d’Europe Occidentales, on voit des gens, notamment de jeunes hommes, qui aiment l’idée d’une réponse absolue à toute chose. Ce genre de pensée a rarement atteint le pouvoir, mais quand cela se produit, c’est absolument délétère”.


La crue finit par survenir, emportant Malcolm en territoires plus fantastiques tandis que lui, Lyra et son amie adolescente Alice traversent un monde mystérieux inspiré du folklore britannique. En guise d’influence, Pullman évoque La République Mystérieuse (The Secret Commonwealth), un traité écrit par la Pasteur écossais Robert Kirk au début des années 1690 au sujet du monde des fées, des sorcières et de la seconde vue. “Je suis fasciné par ce monde, dit-il. Et c’est l’opposé complet de ce dont nous parle le monde de la science”.


Bien que Pullman est admirateur des auteurs parlant de science, il considère qu’ils sont sujets aux dangers de la “vision unique” tout comme les politiciens ou les bigots. “Ils peuvent dire que X ne vaut pas plus que Y ou que l’amour n’est rien de plus que l’excitation de neurones dans le cerveau, par exemple. Je dirais plutôt que l’amour est l’excitation de neurones dans le cerveau, entre autres choses. Et nous ne le voyons pas réellement à moins de voir toutes ces autres choses. Et c’est quelque chose que Lyra et Malcolm auront à apprendre”.


Lyra joue à peine plus qu’un rôle passif dans ce livre, n’ayant que quelques mois. Mais le prochain livre — nommé The Secret Commonwealth — la suivra vingt ans plus tard. “Elle sera étudiante et maîtresse d’elle-même, et commencera à avoir ses premières préoccupations d’adulte, et, eh bien, il y aura des soucis”. Il laisse entendre que le roman se déroulera en partie en Asie Centrale et qu’il y aura “une certaine surprise” en stock au sujet des liens entre Lyra et un personnage majeur de La Belle Sauvage.


Il y a d’autres œuvres de Pullman à l’horizon. La BBC développe une adaptation télévisée de la première trilogie sous la plume de Jack Thorne, le scénariste de la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit. La Boussole d’Or a été un flop infâme au box-office, et si Pullman ne s’étendra pas sur ce sujet, il déclare qu’il lui semble que l’œuvre sera plus adaptée au petit écran. “Le problème avec un film et qu’il faut distiller douze ou treize heures d’histoire en 120 minutes, et bien sûr, vous ne pouvez pas le faire car il faut laisser tomber des choses en chemin, dit-il. Le grand avantage du nouveau monde ouvert par les grands formats télévisés est qu’on peut laisser le temps à l’histoire de se développer.”


Le nouveau monde de la télévision nous a aussi offert Game of Thrones, une autre série de livres cis dans un univers parallèle et transformé en une série au très gros succès sur HBO. En est-il fan ? “Pas vraiment ma tasse de thé, juge Pullman. Je regarde et lis très peu de fantasy”. Il se considère lui-même comme réaliste plus que fabuliste, un fait qui pourrait surprendre les plus ardents des Pullmaniaques, obsédés par l’univers qu’il a construit.


En fait, dit-il, les forces conductrices derrière le choix de son genre d’écriture est moins un désir de créer de nouveaux mondes qu’une réticence à explorer le nôtre. “C’est parce que je suis un salaud de fainéant, s’amuse-t-il. Trop indolent pour quitter ma chaise et faire des recherches dans le monde réel”. Pullman est tout aussi humble quand je lui demande ce qu’il aimerait que le lecteur tire de son nouveau livre, et ce que la grande inondation inspirée par sa vision d’enfance signifie. “Le sens du livre n’est jamais uniquement ce que l’auteur pense être. C’est une grande erreur de s’en remettre à l’auteur pour vous le dire. On n’en sait rien. Le sens est seulement ce qui émerge de la rencontre entre le livre et le lecteur”.


Détails
Mardi 14 Novembre 2017 - 22:19:08
Haku
Source : Time
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