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Une semaine avec Pullman :.
Dimanche 21 Octobre 2007 - 00:00:00 par Haku - Détails - article lu 1194 fois - - -

Philip Pullman


Ecrivain


The Guardian


Samedi, 1er Septembre.


Ce fut une journée
de sculpture sur bois. Depuis environ deux ans (par intermittence),
je travaille sur un cheval à bascule, et désormais que
le cheval en lui-même est achevé, je créé
la base. Et comme toujours quand j’utilise un outil tranchant sur
du bon bois, je me demande pourquoi je passe ma vie à faire
autre chose. Ecrire, c’est très bien, mais cela n’engage
pas vraiment d’expérience sensuelle, quand bien même
mon crayon bille Mont Blanc est un vrai plaisir à utiliser.








Dimanche


La troisième
conférence Tipping Point sur les changements climatiques se
tenait ce jour à Oxford. C’est un intrigant mélange
de scientifiques et d’artistes. La première a eu lieu il y a
deux ans, et je l’avais trouvée à la fois terrifiante
et énergisante. Cette année, ai-je remarqué, le
ton a changé. D’un côté, la chose se fait
encore plus urgente qu’auparavant, et de l’autre il y a avait ce
sentiment que pour la première fois les gens – y compris les
hauts dirigeants – prenaient conscience du problème. J’ai
eu l’impression qu’une partie des gens présents semblaient
penser que les artistes devaient récolter des informations
puis sortir un livre, ou une pièce de théâtre
pour convertir des milliers de lecteurs ; et plus d’un artiste sur
place a du rappeler qu’on ne créé pas du fait de
notre volonté, mais de notre imagination, qui ne peut pas
vraiment être contrôlée. Pas plus que vous ne
pouvez prédire comment le public réagira : vous pouvez
croire que vous avez écrit la plus passionnée des
dénonciations de la globalisation, et les gens y verront une
histoire d’amour.





Lundi


Encore le même
thème du changement climatique : je suis en train de lire le
livre de JG Ballard, Le Monde Englouti, publié
initialement en 1962. Comme la plupart des romans de Ballard, c’est
extraordinairement précurseur. Cela décrit un monde à
la chaleur intolérable, où une poignée de
personnes survivent dans des lagons, dans et autour de villes noyées
sous les eaux, et les créatures et plantes ont recolonisé
le paysage rapidement changeant. Ballard est un prophète, non
pas uniquement dans la façon de prévoir le futur ; il a
également une sorte de profondeur morale à rapprocher
de l’ancien Testament. Avec les plus légères des
nuances, avec le plus apparemment objectif des styles d’écriture,
il dénonce, il accuse, il met en garde.





Mardi


Je suis allé voir
Sainte Jeanne au National Theatre. Je me demandais si
l’adaptation (mise en scène clairsemée, tout une
mascarade avec des chaises, un éclairage expressionniste)
pourrait porter le texte, mais je n’aurais pas du m’inquiéter.
Shaw peut prendre toutes sortes d’interprétations si ses
mots sont clairement prononcés et le texte de cette adaptation
est fidèlement suivi. La pièce de Marianne Elliott
était un triomphe, et Anne-Marie Duff était envoûtante.





Mercredi


J’ai été
aujourd’hui filmé dans le cadre d’un projet éducatif
parlant des croyances religieuses, et c’était une bonne
cause, qui valait le coup, mais aurais-je du le faire ? Non.
Aurais-je du écrire ? Oui.





Jeudi


Je ne me souviens pas de
ce qui s’est passé aujourd’hui.





Vendredi


Le Phoenix à
Oxford est mon cinéma favori, car il est petit, entreprenant,
sympa et qu’ils passent des films intéressants. Le cinéma
m’a demandé de tenir une séance de questions et
réponses en décembre, après le film tiré
du premier livre de ma trilogie, A la Croisée des Mondes.
Le film s’appellera La Boussole d’Or, ce qui ne me gêne
pas vraiment, car c’est le titre sous lequel le livre est sorti
dans la plupart des pays où il l’a été. J’ai
déjeuné avec l’équipe du Phoenix pour
parler de cette séance. Le film semble avoir pris du temps à
se monter, mais c’est une longue histoire. A chaque fois que
j’entendais des nouvelles sur la façon dont il évoluait,
une nouvelle star semblait avoir été recrutée :
Derek Jacobi, Ian McKellen, Christopher Lee... Les performances
d’acteur sont très solides, et l’aspect du film est riche
et étrange. Je me suis toujours retenu de parler de fantasy à
son propos, juste pour être contrariant, et j’ai essayé
de soutenir que c’est une histoire de pur réalisme. Ce sera
plus dur de soutenir cet argument après avoir vu les
merveilles bourrées d’effets spéciaux sur lesquelles
les gens des effets spéciaux ont passé des mois de
labeur. Je me demande bien quelles seront les questions posées.





Samedi


Il y a quelques années,
les propriétaires de bateaux qui utilisaient un vieux chantier
naval dans le quartier d’Oxford connu sous le nom de Jericho m’ont
demandé de les aider à s’opposer à la
fermeture du chantier, et j’étais ravi de rejoindre leur
cause. British Waterways possédait le terrain, mais ils l’ont
vendu à un promoteur qui voulait bâtir des barres
d’appartements qui auraient gâchés la vue sur l’église
St Barnabas et aurait pris tout le terrain où se trouvait le
chantier naval. Le conseil municipal a rejeté la demande, mais
c’est désormais revenu entre les mains d’un autre
promoteur et les groupes d’utilisateurs du canal ont tenu ce matin
une manifestation pour s’y opposer. Ce qui était autrefois
le chantier est désormais une infâme palissade de bois.
Quand le promoteur l’a installée, elle était encore
plus haute avec des fils de fer barbelés sur le dessus et des
projecteurs pointés sur celle-ci. Honteux, ils ont du les
retirer, mais l’état d’esprit qui les y avait mis est le
même que celui qui ne voit pas de plus haut objectif dans la
vie que d’accumuler le plus d’argent possible. Je déteste
cela. Cela détruira et ravagera la planète en nous
tuant à la fin.


C’est pourquoi ce petit
coin pas très propre du canal d’Oxford ainsi que la vie
compliquée et excentrique qui gravite autour font partie du
même combat que celui des manifestations contre les pistes
d’atterrissage d’Heathrow, que celui du mouvement
d’anti-mondialisation et de la lutte des gens qui partout protègent
leur foyer de la ruine.





Dimanche


J’essaie de finir mes
lettres hebdomadaires achevées le dimanche, mais je n’y
arrive jamais. Bernard Shaw avait de nombreuses cartes postales
imprimées à l’avance pour envoyer aux correspondants
qui l’importunaient, expliquant, selon les mots de son biographe
Michael Holroyd, "pourquoi il ne pouvait pas faire toutes les
choses qu’il passait sa vie à faire". L’ordinateur
m’autorise à en faire autant : une douzaine d’excuses
finement mielleuses en mémoire, et voilà le cas des
casse-pieds réglé. Mais malgré tout, comme Shaw,
je dois les retoucher et les personnaliser, et au final, cela ne
prend pas moins de temps que d’en écrire des complètement
nouvelles.



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Détails
Dimanche 21 Octobre 2007 - 00:00:00
Haku
Source : The Guardian
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