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Philip Pullman à propos de la Trilogie de la Poussière :.
15 Octobre 2017 - 16:29:01 par Haku - Détails - article lu 79 fois - - -

Philip Pullman à propos de la Trilogie de la Poussière
Le romancier explique pourquoi les auteurs de littérature jeunesse tels que AA Milne et E Nesbit souffrent d’une “nostalgie maladive”.




DAVID VINTINER POUR THE SUNDAY TIMES MAGAZINE



Bryan Appleyard
The Sunday Times, 15 octobre 2017


La puberté a rattrapé Philip Pullman alors qu’il était élève à Ysgol Ardudwy, un collège du nord du Pays de Galles. “Je me souviens nettement de mon adolescence, dit-il, de ce sentiment d’horizons qui s’ouvrent simultanément, tels que la sexualité, la pop music, le rock’n’roll, le jazz et la musique classique tout à la fois. C’était quelque chose de tout à fait extraordinaire”.


Plus de quarante ans plus tard, il achevait le plus important livre qui soit sur la puberté que vous — ou, plus important, vos enfants — pourrez probablement lire. En 2000, la publication du Miroir d’Ambre marquait la complétion de la trilogie de best-sellers internationaux de Philip Pullman A la Croisée des mondes, en outre salués par la critique. Le décor de la trilogie est un monde proche du nôtre mais pourtant très différent. Tous les humains y ont un animal “dæmon”, des créatures qui les accompagnent tout au long de leur vie et dont ils ne peuvent se séparer. Jusqu’à la puberté, ces créatures peuvent changer d’espèce, mais au-delà, elles se cantonnent à une forme unique, expression de la personnalité de l’adulte. Le dæmon de Lyra Belacqua, l’héroïne, se nomme Pantalaimon et adopte au final la forme d’une martre.


A un certain niveau de lecture, l’histoire est un affrontement traditionnel entre le bien et le mal — ce dernier étant représenté par un système religieux répressif et rigoureux, calqué à l’évidence sur l’église Catholique. Mais elle est aussi pleine d’idées, au sujet des univers parallèles, des connaissances secrètes et de la science. Au final, il y est question d vérité, de liberté, et de la quête de la sagesse. L’étendue et la profondeur de l’œuvre, combine avec une narration époustouflante, la démarque de tout autre livre de littérature jeunesse que j’ai pu lire.


Pullman a publié le premier tome en 1995 — deux ans avant que JK Rowling ne présente Harry Potter au monde. Les deux sagas ont connu une ferveur internationale entraînant dans leur sillage des millions d’adultes et d’enfants. Les ventes d’A la Croisée des Mondes s’élèvent à plus de dix-sept millions d’exemplaires. Elles auraient été encore plus élevées sir le film adapté du premier tome, Les Royaumes du Nord n’avait pas échoué à retranscrire l’ambiance et l’ampleur de son matériau d’origine. Les livres de Pullman se sont montrés éminemment difficiles à retranscrire sur un écran. La suite du film n’a jamais vu le jour, et une adaptation télévisée, annoncée en 2015, a connu des retards dans sa pré-production. Aucune date n’a été annoncée quant à sa diffusion.


La dernière fois que j’avais vu Pullman, chez lui à Cumnor, près d’Oxford, au début de l’année 2015, il avait évoqué une nouvelle trilogie nommée The Book of Dust (La Trilogie de la Poussière, en français, NdT). Je ne pensais pas qu’il la finirait ; il semblait fatigué et malade. J’avais tort. Ce mois-ci, le premier tome de cette nouvelle trilogie — La Belle Sauvage — arrive en librairies. Quelqu’un de chez Waterstones a annoncé sans s’en cacher qu’il pourrait leur rapporter 8 millions de livres (sterling). “Je préfèrerais qu’ils ne disent pas de telles choses. Si cela n’en rapporte que sept, ça laissera l’impression que j’ai perdu, échoué !”


C’est un homme nouveau. En 2015, il souffrait constamment, mais les miracles de la chirurgie l’ont guéri. Désormais, il paraît rajeuni, en meilleure forme et, pour en revenir à notre sujet, il écrit une seconde trilogie. Ses cheveux ont également repris une longueur raisonnable. Jusqu’à il y a peu, il arborait une queue de cheval vieille de trois ans.


“C’était une décision stupide, en dit-il. Je me suis dit que si je ne me coupais plus les cheveux, ça se passerait bien pour The Book of Dust. Étant très superstitieux, j’avais donc ce truc affligeant accroché derrière ma tête”. En réalité, il a triché. La trilogie de la Poussière n’est pas finie ; le second tome est quasiment terminé, et le troisième, bien que planifié, n’est pas encore écrit. Mais il peut annoncer, je suppose, que tout se passe bien.


La Poussière évoquée provident du même concept que la matière noire — un élément indétectable qui aux yeux des physiciens pourrait représenter l’essentiel de la matière de l’univers. La Poussière, pour Pullman, correspond à des particules qui donnent conscience à toute chose, une idée à rapprocher du panpsychisme. “Mon idée est que la conscience est une propriété normal de la matière, tout comme sa masse”, explique-t-il.


La Belle Sauvage remonte en arrière 10 ans avant A la Croisée des Mondes, alors que Lyra n’est encore qu’un bébé ; les deux prochains livres iront dix ans dans le futur, alors qu’elle sera devenue adulte. A nouveau, la thématique tourne autour du passage à l’âge adulte et de la puberté comme initiation aux réalités du monde. L’un des moments les plus touchants du premier tome voit le héros pré-adolescent, Malcolm, prenant soudain conscience des joues roses et des courbes des hanches de la fille qui l’accompagne. Mais il est aussi question de ce qui vous est donné après la puberté quand, à l’image d’Adam et Eve, vous réalisez que le monde s’offre à vous. Pullman aime à citer Robert Louis Stevenson : “Le monde est empli d’un tas de choses, je suis sûr que nous devrions tous être heureux comme des rois”.


Pullman a une vision dynamique de l’adolescence, une préparation à l’âge adulte, et rejette avec un certain dégoût l’enfance figée que l’on trouve dans ce qui est parfois considéré comme la meilleure littérature anglaise pour enfants.


“Ca me laisse toujours une impression de blasphème quand on en vient à parler des auteurs pour enfants du prétendu âge d’or, toute cette nostalgie maladive pour l’enfance que l’on retrouve chez AA Milne (1882-1956, créateur de Winnie l’ourson, NdT), E Nesbit (1858-1924, NdT), Kenneth Grahame (1859-1932, auteur du Vent dans les saules, NdT) et les autres. Milne, je ne le supporte pas”.


Cette “nostalgie maladive” a perverti l’imagination de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il évoque ce qu’il en est de feuilleter des exemplaires d’un magazine de cette époque tel que Punch (hebdomadaire satirique fondé en 1864 et disparu en 2002, NdT) et d’en examiner les illustrations. “Un tas d’entre elles sont des images de jeunes enfants, parfois nus — dans une baignoire ou autre chose — disant des choses mignonnes à en sourire tandis qu’un parent ou une nurse bienveillante les observe. Il n’est pas question de pédophilie, ni d’exultation lubrique vis à vis des membres luisants, mais il y a derrière tout ça une incitation au retour à la maternité, aux affaires de nounou, de thé et d’ours en peluche et ce genre de choses. Il n’y a que les adultes pour ressentir ce genre d choses — les enfants veulent grandir”.


Au-delà de ce doux propos avunculaire, Pullman est un homme à l’esprit aiguisé, intellectuel et musculaire, et il n’y a rien de maladif à propos de son œuvre. Il a conclu sa puissante première trilogie en conduisant son héroïne Lyra non pas chez les fées, ni à la maternité, mais à l’école. Grandir est l’objectif de la vie. La puberté est une évasion vers le monde réel.


Il aura 71 ans le jour de la parution du livre, le 19 octobre. Il est né à Norwich peu après la fin de la seconde guerre mondiale. Il ne voyait qu’assez peu son père, un pilote de la RAF ; la figure paternelle de son enfance était son grand-père, un Pasteur nommé Sidney Merryfield — le nom à lui seul suffirait à transformé tout enfant doté de bon sens en un conteur. Son père devint un personnage de fiction glamour “né de l’odeur des bières et des cigarettes, d’une moustache typique de la RAF et d’un rire sonore”. Il est mort dans un accident d’avion en 1953, alors que Pullman avait sept ans.


Le conte s’est estompé quand il a plus tard appris que son père avait été impliqué au Kenya dans des attaques aériennes contre les guérillas Mau Mau. Puis, après la mort de sa mère, il y a eu des histoires selon lesquelles le crash aurait été un suicide et que son père voyait des femmes et avait des problèmes d’argent. En fin de compte, il a découvert que le mariage de ses parents avait été rompu, qu’ils étaient légalement séparés et que le divorce aurait été prononcé sous peu. Il compte un jour s’attaquer à tout cela dans ses mémoires.


Sa mère s’est remariée et les contraintes professionnelles de son beau-père l’ont mené en Australie alors qu’il avait huit ans, puis, à onze ans, au Pays de Galles, “où mon adolescence s’est déroulée”. Il y eut un évènement crucial en Australie — une inondation de la rivière Murray. Pullman a retenu à quel point une inondation peut tout changer et générer une nouvelle réalité : “Elles font remonter à la surface des choses qui avaient été enterrée et en suscitent d’autres”. La Belle Sauvage renvoie à une inondation de ce genre. Son titre est le nom d’un canoë dans lequel notre héros navigue sur les terres inondées entre Oxford et Londres.


Pullman a étudié l’anglais à Oxford, décrochant sans gloire un diplôme de piètre qualité car, comme il le dit, il a pris du bon temps sans que personne ne prenne la peine de lui dire qu’il avait vraiment un mauvais niveau. En 1970 il s’est marié avec Judith “Jude’ Speller ; ils vivent toujours ensemble et heureux et ont deux fils adultes. Il a aussi commencé à enseigner et écrire. Son premier roman, The Haunted Storm, a gagné un prix. Il est devenu auteur pour enfant avec Le Comte Karlstein, en 1982.


Pourquoi s’adonne-t-il donc à la fantasy, un genre qu’il n’aime même pas et ne lit qu’assez peu ? “Je ne saurais pas même comment entamer l’écriture d’un roman contemporain digne de ce nom. Je ne sais pas comment vivent les gens. Je suis bien plus heureux en les faisant vivre dans un monde où ils évoluent comme je l’entends, plutôt que de perdre mon temps faire quelque chose qui ne me vient pas naturellement, à savoir sortir de chez moi et poser des question à des gens”.


Cette impression d’un homme qui vit dans son imagination plutôt que dans le monde des interactions humaines est reflétée par sa maison. Les gens disent souvent que les maisons sentent le vécu, mais ils ne peuvent pas vraiment saisir la pleine force du terme tant qu’ils n’ont pas visité celle de Pullman.


Dans un chaos où règne un ordre subtil, tout ce dont vous aurez jamais besoin — des prises, des fils, des appareils photos, des livres, des papiers, des tasses, de la nourriture — tout semble à disposition. Deux chiens, des cockapoo complètement fous nommés Coco et Mixie, font ce qu’ils peuvent pour rendre la situation encore pire, boire mon café en étant un exemple - et pas des moindres.


Cela ressemble à ce que c’est, la caverne d’un conteur compulsif ou, peut-être, d’un magicien. Pullman insiste sur le fait qu’il ne produit pas de la littérature mais des histoires. Il se pourrait qu’il n’y ait qu’un nombre limité d’histoires, mais elles ont constamment besoin d’être à nouveau racontées. La Trilogie de la Poussière a, par exemple, un lien avec La Reine des Fées, un roman épique du XVIe siècle signé par Edmund Spenser. A la Croisée des Mondes avait pour base thématique le Paradis Perdu de John Milton, avec l’expulsion d’Adam et Eve du Jardin d’Éden représentant la grande transition de la puberté.


Entre en scène Pullman l’homme de controverse. Milton, comme l’observait William Blake, n’était pas ce qu’il semblait être. Son portrait de Satan était si puissant et celui de Dieu si pâle que, selon les conclusions de Blake, il était “du côté du Diable sans même le savoir”. Pullman le sait bien et célèbre la chute de l’humanité comme, ç l’image de la puberté, une grande prise de conscience. Dans les trilogies est donné à trouver une institution répressive et obscure nommée le Magisterium qui représente de façon assez claire l’Église Catholique. Ce qui semblait être non seulement un manifeste anti-religieux mais qui arrivait également à ses fins, a mis en alarme les dévots. Des articles sont apparus dans le Catholic Herald l’accusant de prêcher l’athéisme au sein d’une jeunesse influençable.


Il a été rapproché d’autres auteurs prônant l’athéisme tels que Richard Dawkins et Christopher Hitchens. Un éditorialiste l’a accusé d’être “l’auteur le plus dangereux en Grande-Bretagne ”.


“Je savais qu’en écrivant A la Croisée des Mondes je m’en prenais à la religion institutionnalisée, et je savais qu’elle répliquerait, ce qu’elle a fait. Et je savais que cela serait positif en terme de publicité, sans parler du reste ; quand bien même ce n’était pas pour cette raison que je l’ai fait. Dans La Trilogie de la Poussière, le centre d’intérêt est autre. Je m’en prends à tous ceux qui ne considèrent qu’une seule vision des choses, ce qui inclut les athées dogmatiques. Je mets en scène des nonnes dans La Belle Sauvage et elles sont plutôt aimables. Ce n’est pas de la part de brigade de nonnes que je recevrai des critiques”.


Son amour du monde, ce monde, est au cœur de tout ce qu’il écrit. Il rejette le paradis promis par l’église car “un paradis qui n’est accessible que lorsque vous êtes morts n’est pas si bien”. Pour lui, le paradis n’est pas un royaume, c’est une république ; elle se trouve ici et maintenant et nous n’avons pas besoin de demander plus.


Il se sait être une figure publique — non pas juste un auteur également président de la Society of Authors (sorte de guilde des auteurs britanniques, NdT), par laquelle il a réclamé le paiement des auteurs qui assistent à des festivals littéraires et à la mise en place de prêts de livres électroniques dans les bibliothèques. Il s’est battu contre la fermeture de librairies et contre l’étiquetage des livres vis à vis de l’âge et du genre des lecteurs.


Politiquement, il se situe à gauche. Il est effaré de la manière dont les banquiers s’en sortent sans dommage. “Ils ont serré les vis de l’austérité pour nous tous et ont récompensé les banquiers en cash. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de révolution”. Il n’a pas de temps à perdre sur le cas de Jeremy Corbyn, ceci dit — “Un homme qui n’a pas changé d’avis depuis trente ans ”.


Il croit fermement à la poursuite de la vertu et fait ce qu’il peut pour améliorer le monde. “On devrait toujours viser à rendre meilleures les choses qu’elles ne le sont. On l’a fait pendant un certain temps après la guerre”.


Ses livres font régulièrement le boulot pour lui. Il aime une magnifique citation de l’auteur du XIXe siècle Walter Savage Landor — “On ne doit pas s’adonner à une vision défavorable de l’humanité, car en cela nous laissons croire aux hommes mauvais qu’ils ne sont pas pire que leurs semblables et car en cela nous enseignons aux hommes de bonne volonté qu’ils agissent ainsi en vain”. C’est ici son éthique littéraire résumé et c’est pour cela que ses livres ont de véritables héros, réalisant des actions héroïques.


Détails
15 Octobre 2017 - 16:29:01
Haku
Source : The Sunday Times Magazine
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