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Philip Pullman de retour dans son univers :.
Vendredi 13 Octobre 2017 - 00:55:05 par Haku - Détails - article lu 65 fois - - -

Philip Pullman de retour dans son univers
Au bout de 17 ans, l’auteur de la trilogie A la Croisée des Mondes reprend l’histoire de l’une de ses héroïnes les plus indélébiles.
Par SOPHIE ELMHIRST, 12 octobre 2017
The New York Times Magazine


Attention, cet article inclut des spoilers relatifs à la trame de La Belle Sauvage (NdT)




Pullman chez lui à Oxford. Photo de Nadav Kander pour The New York Times


Lors de l’une de mes premières rencontres avec Philip Pullman, il m’a mené à la tour crénelée d’Exeter College, à Oxford, et m’a désigné la chambre où il résidait lorsqu’il y était étudiant. A plus de 15 mètres du sol se trouvait une petite mansarde. Pour rejoindre des amis hébergés dans la cage d’escalier voisine – uniquement accessible depuis le rez-de-chaussée — Pullman, un homme grand et robuste au visage rond comme une bille, passait par la fenêtre pour se contorsionner le long de la corniche et passer par une fenêtre afin de débarquer dans une salle de bains. De là où nous nous tenions, l’exploit paraissait inattendu et peu judicieux. Pullman avait alors ironisé. “J’étais moins en danger qu’on pourrait le croire car la corniche était assez étroite, et assez profonde. Et j’étais saoul. CQFD.”


Oxford a toujours été le berceau de créateurs d’imaginaire: Lewis Carroll y a imaginé Alice au Pays des Merveilles. J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des Anneaux) et son ami C.S. Lewis (Les Chroniques de Narnia) y échangeaient chaque semaine dans un pub au sujet de leurs livres. Pullman a pris leur suite: 30 ans après ses promenades éthyliques le long de la corniche, il est remonté sur le toit par le biais de sa plume. “Lyra poussa violemment la porte, se saisit de sa chaise branlante pour la poser sous la fenêtre, ouvrit en grand les deux battants et enjamba le rebord”, écrit-il dans le premier tome de sa trilogie A la Croisée des Mondes. “La chambre que j’ai attribué à Lyra, c’était celle que j’occupais” avait déclaré Pullman en levant les yeux.


Lyra Parle-d’Or, Lyra Belacqua, mais en réalité, tout simplement Lyra: un de ces personnages de littérature — Pip, Emma, Lolita — que le public se contente d’appeler par son prénom. Pullman a écrit 35 livres, essentiellement pour les enfants et adolescents, mais Lyra figure en tête de ses protagonistes, une gamine futée aux origines mystérieuses vivant au milieu d’universitaires à Oxford et accompagnée au quotidien, comme n’importe qui dans l’univers de la trilogie, par un dæmon, une représentation animale de soi, capable de changer de forme.


Au travers des trois livres — Les Royaumes du Nord (paru en 1995),La Tour des Anges (1997) et Le Miroir d’Ambre (2000) — Lyra va vivre une quête à travers plusieurs mondes parallèles, initialement pour sauver un ami disparu mais qui se mue en combat contre les forces obscures d’un gouvernement totalitaire instrumentalisant la religion, le Magisterium. La trilogie peut être lue comme une pure aventure, des escapades qui s’enchaînent, mais elle s’avère aussi être une exploration philosophique de ce que cela signifie d’être vivant, ainsi qu’une lecture inversée du Paradis Perdu de John Milton (puisque dans la version de Pullman, le péché originel est sujet à célébration).


Les livres sont souvent considérés par les critiques littéraires comme un réquisitoire grand format contre le pouvoir néfaste de la religion instrumentalisée. (Au grand plaisir de Pullman, la trilogie s’est positionnée en seconde position en 2008 dans la liste de l’association des bibliothèques américaines recensant les livres qui ont subi le plus de tentatives d’interdiction, essentiellement du en ce qui le concerne à son “point de vue vis-à-vis de la religion”.) Mais leur ambition est plus optimiste. Dans un essai nommé “La République des Cieux” issu de son recueil de textes Dæmon Voices à paraître en novembre, il évoque le challenge de “se réapproprier la vision du paradis des mains de ce qui reste de la religion, de réaliser que notre nature d’êtres humains nécessite de la volonté et de la joie... afin d’accepter que cette volonté et cette joie impliqueront un amour passionné du monde réel.”


C.S. Lewis (“un dévot paranoïaque” selon Pullman) a fourni une source d’anti- inspiration. Pullman n’a jamais supporté la morale lourdement chrétienne des Chroniques de Narnia mais il a surtout reproché à Lewis le jugement castrateur qu’il pose sur ses propres personnages, à l’image de Susan, la cadette des enfants Pevensie, exclue de Narnia après s’être laissée aller aux “invitations du nylon et du rouge à lèvres”. Dans le monde de Pullman, les enfants sont autorisés à grandir. Lyra est l’héroïne mais aussi une enfant atteignant la puberté, connaissant l’amour pour la première fois et découvrant sa sexualité.


Les livres ont été publiés dans plus de quarante langues, vendus à 18 millions d’exemplaires et adaptés en pièce radiophonique, production théâtrale en deux parties au National Theater, en film hollywoodien et prochainement à la télé, pour la BBC. En 2002, ils ont réussi ce qu’on pensait impossible: surpasser en termes de ventes Harry Potter en Grande-Bretagne. Et désormais, au bout de 17 ans, Lyra est de retour. La Belle Sauvage premier tome dans la nouvelle trilogie de Pullman, La Trilogie de la Poussière sera publié le 19 octobre.


La période qui précède une parution est une période agitée, notamment quand les attentes des lecteurs ont presque eu vingt ans pour fermenter. Quand j’ai rendu visite à Pullman chez lui en septembre, Pullman a déclaré qu’il n’était pas vraiment nerveux mais qu’il ne savait pas ce que serait l’accueil. Sa réputation semble insubmersible. Les lettres qui lui sont adressées peuvent lui parvenir — comme celle accrochée à son frigo — avec pour simple libellé “Philip Pullman, Auteur célèbre, Oxford.” Il a gagné une flopée de récompenses, dont le prix Astrid Lindgren en 2005, la plus lucrative de la littérature jeunesse, dotée d’une somme de 600.000 dollars. “C’est un géant parmi nous” dit de lui l’auteur jeunesse Michael Morpurgo, à qui l’on doit Cheval de guerre. “L’étendue et la profondeur de son imagination et de son érudition font certainement de lui le Tolkien de notre époque, à n’en pas douter”. Mais Pullman peut de temps à autres laisser paraître un manque d’assurance surprenant. Ce matin-là, m’a-t-il dit, il avait écouté John le Carré s’exprimant à la radio et pensé “Mince, à côté de lui, je ne suis qu’un gamin.”


La sortie de La Belle Sauvage coïncide, par hasard, avec le 71e anniversaire de Pullman. “J’ai eu l’impression d’en avoir 80 ou 90 ces dernières années” dit-il, assis sur son siège préféré dans son salon, entouré de piles instables de livres et de sa collection d’ukulélés. “Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir, oh, oh ...” marque-t-il une pause, “d’avoir 68 ans ”. Le ton sec et sous-entendu de Pullman rend la blague quasi indétectable, mais qu’il puisse en rire est un progrès. Voici deux ans, quand je l’ai rencontré pour la première fois à Oxford, il subissait les effets de complications subséquentes à une opération de la prostate. Il éprouvait une douleur quasi-constante et était épuisé — il ne pouvait alors dormir que par phases de 15 minutes au mieux — et il arborait l’expression grise et passée de quelqu’un qui subit quelque chose d’affreux en silence. Un peu plus tôt cette année, une autre opération a résolu les choses. Il semble désormais transfiguré. Sa peau a retrouvé des couleurs, ses cheveux sont passé de gris carbone à un blanc brillant et se dressent sur son crane comme s’il venait de s’électrocuter. S’il avait une barbe, il ressemblerait au Père Noël.


Il y a eu une autre transformation récente : une queue de cheval qui avait l’habitude de se cacher derrière la nuque de Pullman a été sectionnée par Judith, sa femme depuis 47 ans, quelques instants après qu’il ait rédigé la dernière phrase du second tome de sa Trilogie de la Poussière. “C’était comme Samson, en dit-il. Je ne devais pas me couper les cheveux aussi longtemps que durerait la phase d’écriture, sinon les choses auraient mal tourné. C’était horrible.” Il évoque là la queue de cheval. Puis ajoute, impatient : “Vous voulez la voir ?” Il bondit de sa chaise et farfouille parmi des piles de papier sur la table du salon (la maison de Pullman — un ancien corps de ferme à la sortie d’Oxford — est remplie de livres et truffée de décorations et de photos, le genre d’endroits où il n’est pas toujours simple de voir le sol). Puis il tire à lui un petit sac en plastique fermé avec un ruban pourpre bordé d’or. “Ca ressemble un peu à un blaireau de barbier”, trouve-t-il.


Chaque jour, de 10 à 13 heures, Pullman s’installe à son bureau dans une étude monacale tout en haut de sa maison et produit trois pages manuscrites comme cela lui vient. Il a écrit trois pages quotidiennes depuis qu’il écrit. L’habitude, aime-t-il à dire, a écrit bien plus de livres que le talent. Le rituel est sacré. Tout comme son espace de travail. “Personne ne prend de photo ici et personne n’en prendra jamais” m’a-t-il dit, à la fois féroce et faussement amusé de la sévérité de sa propre règle. “Je suis superstitieux à ce sujet, très superstitieux, même”.


Sur son bureau sont positionnés plusieurs objets à valeur mystique. “J’écris plus facilement, avec plus de confort et moins d’anxiété si j’ai avec moi mes différents soutiens magiques”, dit-il. Ces artefacts consistent en un élément d’équipement scientifique utilisé dans la détection de matière noire, une loupe et son “stylo spécial”. Pullman en possède trois — des stylos à bille Montblanc — un dans son étude, un dans sa sacoche et un sur la table du rez-de-chaussée pour écrire son courrier et signer les livres que les gens apportent jusqu’à sa porte (“ce qui arrive parfois”). Il y a un papier spécifique, également: “J’ai commencé à écrire A la Croisée des Mondes sur un type de papier que l’on pouvait trouver voici trente ans ; format A4, avec des lignes et deux trous. Puis ils ont commencé à produire du papier avec quatre trous, et j’ai réalisé que je ne pouvais pas écrire sur ce type de papier-là”. Il reconnait avec un bref regard d’excuse la folie de sa déclaration. “C’est ce que j’ai fait qui est encore plus cinglé. Je devais finir Le Miroir d’Ambre et je ne trouvais plus que du papier à quatre trous, donc j’en ai acquis, ainsi que ces petits autocollants blancs que j’ai collés avec solennité sur les trous”. En fin de compte, il a trouvé un fournisseur canadien qui proposait son papier favori à deux trous. “J’en ai assez pour 10.000 ans je pense”.


Pullman aime afficher de telles contradictions : un homme qui ne croit pas en Dieu mais croit en la magie. L’un de ses livres préférés est The Secret Commonwealth (La République mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables en français, NdT) écrit par un pasteur écossais du XVIIe siècle, Robert Kirk, qui discute de la vie au-delà des emprises du réel. Fées. Sorcières. Fantômes. Croit-il réellement en ces choses ? “Quand j’écris à leur sujet, oui. Ce n’est pas naïf, mais le type de réponse à ce genre de choses est du ressort de Keats. De la capacité négative. A la fois croire et ne pas croire. Être sceptique au sujet de tout et crédule à tout sujet dans le même temps”. Il trouve ce postulat dans le non-réel qui pourrait être considéré comme puéril s’il ne servait pas à donner forme à son imagination. “J’aime l’irrationnel, j’aime les fantômes. Ils m’aident à écrire”.


Pullman est né en 1946 d’Audrey et Alfred, un pilote de la Royal Air Force. La famille a beaucoup déménagé. “Vous vous habituez à être une sorte d’étranger. Je suis par nature quelqu’un qui observe plus qu’il ne prend part”. Alfred a été tué dans un accident d’avion en 1953 alors que Pullman avait 7 ans. Il sait peu de choses de son père disparu et n’a découvert qu’après la mort de sa mère en 1990 que ses parents s’étaient séparés avant l’accident.


Des épisodes de son enfance itinérante continuent de le hanter. Audrey s’est remariée, la famille a déménagé en Australie et Pullman se souvient de son beau-père, également pilote de la R.A.F., les emmenant “à un endroit d’où on pouvait observer une rivière ayant débordé de son lit. Je me souviens encore de cette immense masse grise, ondulant d’un bord à l’autre. Il n’y avait aucun moyen de s’y opposer ou de la combattre. J’étais juste pétrifié, effaré par la puissance de ce truc. Cela ne m’a jamais quitté”.


La famille est revenue en Grande-Bretagne par bateau et a déménagé au fin fond du Pays de Galles. Le plus jeune des demi-frères de Pullman, Mark, se souvient des promenades que les enfants effectuaient au travers des collines galloises et au cours desquelles Pullman assurait le spectacle. “Il nous racontait des histoires sur ce qu’il avait lu, il nous racontait des mythes. Il étudiait les langues anglo-saxonnes et nous racontait des histoires à ce sujet. Il y avait toujours des histoires”. Mais à la maison, il était un cas à part. “Mes parents n’étaient pas des gens portés sur la littérature, explique Pullman, pas du genre à être intensément passionnés par les livres”. Ils lisaient, mais pas de la même manière que lui, pour qui cela semblait être la seule chose qui compte. Au Pays de Galles, il a développé une relation impliquée avec une bibliothèque itinérante et est encore assez reconnaissant aujourd’hui envers la femme du village qui le laissait lui emprunter ses livres pour lui rendre hommage dans Belle Sauvage. Le docteur Hannah Relf prête ainsi au héros de la nouvelle trilogie, Malcolm Polstead, une série de livres classiques pour Pullman : Une Brève Histoire du temps de Stephen Hawking, Un Cadavre dans la bibliothèque d’Agatha Christie ainsi qu’une histoire de la Route de la Soie.


Pullman se souvient d’avoir été le seul élève de son école à passer l’examen d’entrée pour l’Université d’Oxford et y fut admis. “Cela a été délicieux, se rappelle-t-il. Mais je pense qu’ils ont dû se rendre compte à quel point ils avaient tort au bout de cinq minutes dans le premier cours. Je n’étais pas un érudit. Je ne suis pas ce genre d’intellectuel”. Il en est ressorti trois ans plus tard par un diplôme au ras des pâquerettes, en queue de peloton, et est devenu enseignant, ce qui lui a donné tout à la fois le temps d’écrire et un public. A l’école primaire Bishop Kirk d’Oxford, il a écrit des pièces de théâtre pour ses élèves et leur a raconté ses versions de l’Iliade et de l’Odyssée. “Je racontais chaque histoire trois fois par semaine, et j’ai enseigné pendant douze ans, explique-t-il. Donc j’ai dû raconter chacune d’elle 36 fois. J’ai toutes ces histoires en bon ordre dans ma tête et peux faire appel à elles à tout instant”.


Les textes grecs ont imprégné ses écrits. Comme Ulysse, son nouveau héros, Malcolm, entreprend une quête qu’il s’est lui-même attribué, combattant ses ennemis depuis son canoë (il est aussi très éloigné d’Ulysse, ayant 11 ans, étant roux et, tout comme Pullman, enclin à la sculpture et aux tourtes à la viande). La Trilogie de la Poussière présente également d’autres pierres angulaires : William Blake, les anciennes et occultes civilisations, l’Asie de l’Est et un morceau de Borodine de huit minutes nommé “Dans les steppes de l’Asie Centrale”. Et surtout, l’allégorie épique du XVIe siècle d’Edmund Spenser, La Reine des fées. Pullman en copie les structures — d’une rencontre étrange à l’autre — mais bien heureusement pas le style. Quand j’ai reconnu à quel point j’avais dû me battre avec les innombrables pages de vers archaïques, Pullman a lancé joyeusement depuis son siège : “Moi aussi ! Je n’arrivais pas à les lire. Je n’y arrivais absolument pas jusqu’à ce que je me mette à ce livre”. Son propre roman est plus abordable, plus terre à terre, maintenu dans la réalité par les personnages et la géographie, par Malcolm et Oxford. Dans ce livre, Lyra a 6 mois et est pourchassée par partisans du Magisterium. L’action se déroule à Oxford, mais un Oxford méconnaissable vis-à-vis de la vision de carte postale à l’horizon fait de tourelles et toits en pointe — la cité y est un lieu humide et menaçant, constitué d’auberges, de lieux inquiétants et de nonnes avenantes. Pendant la moitié du livre une inondation catastrophique submerge ce décor. Malcolm parcourt ces eaux dans son canoë et devient le protecteur en chef de Lyra. Après un démarrage en douceur, le roman prend sa vitesse de croisière sous forme d’un thriller plein d’action, avec des apparitions de fées et de dieux des rivières. Il y a des poursuites à bateau et des éléments de romance. Cela se dévore.


Pour un homme dont les romans sont sans répit, dont les personnages ne cessent de voyager, Pullman vit une existence plutôt statique. Après les heures matinales à son étude, il passe ses après-midis soit à s’occuper des quelques 800 arbres que lui et Judith ont planté dans le champ derrière leur maison, soit dans son atelier de sculpture, où il créé des artefacts tels que des chevalets ou des baguettes. De temps à autres, il conduit une vieille femme du village à la bibliothèque, et va au cinéma cinéma une fois par semaine avec son éditeur et proche ami David Fickling ainsi que leurs femmes. “Je suis en compagnie des gens au sujet desquels j’écris, m’a déclaré Pullman. Jude et moi-même sommes assez heureux de notre existence de semi-ermites”.


Ensemble, ils ont pris le rythme silencieux de leurs presque 50 ans de mariage (ils ont deux fils adultes et quatre petits-enfants). Il fait la soupe, elle fait le pain. Ils écoutent de la musique classique et jugent le gouvernement au cours du repas à la table de leur cuisine. Judith — cheveux gris, voix douce, ironique — donne l’impression de quelqu’un d’assez indifférente à la réputation de son mari et absorbée par ses propres projets (tous ces arbres). Lors d’une de mes visites au milieu de l’été, elle regardait en parallèle un match de tennis à la télévision tout en se tenant au courant des scores de cricket sur un iPad. Judith a été enseignante également, et le couple partage l’idée que l’éducation des enfants devrait être un processus qui doit impliquer — plus d’imagination et moins de tests. Elle est essentielle au travail de Pullman — sa première lectrice et sa “diseuse de vérité”, explique Fickling. “Je m’en remets à elle”. Alors que nous déjeunions chez eux, elle s’est souvenue avoir lu pour la première fois Les Royaumes du Nord, alors assise à l’étage dans leur lit. Quand elle en est finalement arrivée au terme — une lecture captivante — elle s’est empressée de descendre pour sortir dans le jardin et le trouver avant de lui lancer “Cette fois c’est bon !”


La Belle Sauvage est dédié à Judith et constitue, certainement, le début de la fin du monde de Lyra. Quand on s’est rencontré au pire de la maladie de Pullman, je me suis demandé, coupable, s’il la finirait un jour. Il en était alors au milieu du second tome — Lyra était en Orient et devait encore aller en Asie Centrale. “Un bon bout de chemin à parcourir” avait alors dit Pullman à ce moment-là, avec lassitude.


Il est désormais rajeuni, mais il y a encore du travail. Avant de pouvoir être publié, le second tome de la Trilogie de la Poussière nécessite encore ce qu’il appelle “de la charpenterie”. La structure a besoin d’être rabotée et remaniée, et les phrases ont besoin d’un tour de vis. Le troisième tome a ensuite besoin de sortir de sa tête et de trouver son chemin sur le papier à deux trous. Il avait prévenu qu’il y aurait du retard, tout comme il y avait eu du retard avant le dernier tome A la Croisée des Mondes (à cette époque, Pullman avait reçu une lettre d’un jeune lecteur : “Mr. Pullman, je vous joins la photo d’un mignon petit écureuil. S’il vous plaît admirez-la. Maintenant, je veux que vous pensiez à votre livre, Le Miroir d’ambre, que le monde attend depuis une éternité. Dépêchez-vous de le finir ou l’écureuil mourra”).


Je lui ai demandé si, quand il aura terminé sa trilogie, il dira au revoir à Lyra, un personnage qui a colonisé son imagination depuis plusieurs décennies et qu’il aura menée des langes à l’âge adulte. “Qui sait, a-t-il répondu. J’ai un tas d’autres choses que je veux écrire. Je veux écrire mes mémoires. Je veux écrire à propos de mon enfance”. Pullman, sur son siège au coin de feu, semble un moment perdu dans ses pensées, même sentimental — l’air de quelqu’un conscient du temps qui passe. Il souhaite raconter l’histoire de sa propre vie, dit-il, “afin de me la remémorer. Une manière de la faire revenir à moi. Et parce que j’aime écrire au sujet des choses que j’ai aimées, des choses que j’ai vues. Comme cette inondation. Je veux la préserver”.


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Une version de cet article apparaît dans l’édition papier du 15 octobre 2017, en page MM28 du Sunday Magazine sous le titre The Magician of Oxford.


Traduction reprise et affinée le 14/10/2017 - Haku

Détails
Vendredi 13 Octobre 2017 - 00:55:05
Haku
Source : New York Times
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