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Des Catholiques aux Talibans, en passant par l'échec de La Boussole d'Or, Philip Pullman révèle son côté obsur ! :.
Vendredi 21 Mars 2014 - 19:29:41 par Soldat Bleu - Détails - article lu 1122 fois - - -

John Walsh, le 15 Mars 2014

Lorsque vous rencontrez Philip Pullman à son domicile d’Oxford, vous êtes préparé à rencontrer l’intellectuel de marbre, un grand prêtre des lettres ; le pourfendeur de la religion dont on a toujours parlé. Vous ne vous attendez pas à voir un personnage folklorique : des cheveux longs d’un blanc pur neige, un crâne brillant, des yeux amusés qui vous considèrent à travers des verres sans monture. L’homme arbore un gilet bleu très soigné au-dessus de sa chemise blanche et l’on croirait voir Le Malin Petit Tailleur du conte populaire allemand du 18ième siècle.

Pullman s’est taillé une place mémorable dans l’histoire de la littérature grâce à la trilogie À la Croisée des Mondes, une série de fantasy épique dans la laquelle deux enfants traversent des univers parallèles, combattent les armées de l’autoritaire Magisterium (une Église catholique à peine déguisée) et découvrent des zeppelins victoriens ainsi que des ours polaires en armures.

Il s’est aussi attaqué aux contes traditionnels, à la demande de Penguin Classics, afin de réactualiser les Contes de l’enfance et du Foyer de Jacob et Wilhelm Grimm. Certains d’entre eux ont d’ailleurs été mis en scène par Philip Wilson à Shoreditch, dans l’Est de Londres. Je suis impatient d’entendre son point de vue quant à cette production peu conventionnelle qui expédie un public anxieux dans les effrayants sous-sols de l’hôtel de ville ! Mais Pullman est davantage loquace sur les sujets plus charnus : Catholiques, Talibans, état de la Nation et… Hollywood.

Il n’est pas tendre envers La Boussole d’Or, l'adaptation cinématographique de la première partie d’À la Croisée des Mondes en 2007, réalisée par un studio américain avec un épatant budget de 180 millions de dollars. « C’était surfait », confie Pullman. « Ils en ont trop fait avec les ours en armures. Ils auraient juste dû porter des grandes plaques rouillées à la place. En plus ils ont arrêté l’histoire avant la fin. Ils voulaient faire une fin qui convienne à un film unique, tout en mettant déjà le reste de la trilogie sur les rails. Ils ont voulu faire à la fois un cliffhanger et une résolution. Ce n’est pas faisable. »

Le film a aussi été mis en difficulté par la Ligue Catholique et son leader, William Donohue, qui a appelé au boycott, craignant que les jeunes téléspectateurs ne s’intéressent aux livres, qui, selon Donohue, dénigraient le christianisme et promouvaient l’athéisme auprès des enfants. Si bien que, malgré une recette de 350 millions de dollars pour La Boussole d’Or, les chances d’une suite ont été réduites à néant. « La fille qui jouait Lyra [Dakota Blue Richards"> est maintenant adulte, » précise Pullman, « tandis que Daniel Craig [qui incarnait Lord Asriel, son père"> est devenu beaucoup trop cher depuis qu’il a repris le rôle de James Bond… »

Pullman semble en effet plus tranquille à propos des spectacles de la mairie de Shoreditch : il a lu le script et donné sa bénédiction (« J’étais ravi de les laisser faire – c’était leur projet, pas le mien »). Je crois néanmoins que son âme conservatrice désapprouve la fantaisie avec laquelle le public rencontre les personnages des contes dans des sous-sols déguisés en forêts magiques ou en royaumes étrangers.

Philip Pullman est né à Norwich en 1946. Son père Alfred, pilote de la RAF et as de l’aviation, a été tué dans un accident d’avion en 1953, quand Philip avait sept ans. Sa mère Audrey a travaillé à Londres, à la BBC – « Je la trouvais très glamour, » lance Pullman. « Elle allait travailler en portant un chapeau et des gants. »

Ont-ils été très religieux ? « Non, ça vient de mon grand-père, Sidney Merryfield, un soldat de la Première Guerre Mondiale qui est devenu un pasteur anglican.» A-t-il imposé la religion au jeune Pullman ? « Non, il n’était pas malicieux, c’était un homme très gentil et un bon conteur. Ses histoires parlaient à ses auditeurs de la bonté de Dieu. Et nous avions encore Le Livre de prière commune ainsi que La Bible du roi Jacques. J’avais l’impression de participer à un rituel, utilisant des mots d’il y a 300 ans.» Si, jusqu’à l’adolescence, la religion était pour lui convivialité et belles paroles, d’où vient alors sa haine du dogme ? Pullman se fâche. « Vous avez vu cette histoire dans les journaux à propos d’une adolescente qui a été lapidée à mort parce qu’elle était sur Facebook ? » Sa voix s’étrangle d’indignation. « Facebook, chez les Talibans, c’est aussi grave que l’adultère, donc ils l’ont emmenée dehors et lapidée. Révoltant ! Voilà ce qui arrive quand la religion accède aux leviers du pouvoir. Dès qu’elle a une influence politique, elle devient mauvaise, cruelle et méchante. » Voit-il un tel danger au sein de la religion anglaise ? « L’Église d’Angleterre a un pouvoir différent – nous avons placés des évêques à la Chambre des Lords. Ne me demandez pas pourquoi. Il n’existe pas d’autre religion avec autant de pouvoir dans ce pays, à l’exception des communautés, principalement pakistanaises, qui s’accrochent à leur vision rurale de l’Islam. Ne serait-ce pas de là que viennent la plupart des extrémismes ? Les choses terribles qu’ils infligent à leurs jeunes filles se font au nom de la religion, mais je ne crois pas qu’il y ait quoique ce soit dans le Coran à propos des mutilations génitales. C’est une chose culturelle qui fait partie de leurs sociétés depuis des millénaires. »

Pullman accable tous les fanatiques, qu’il s’agisse des salafistes arabes ou des orthodoxes judaïques extrêmes. « Ils ont des origines différentes, mais tous s’en remettent à un groupe d’hommes qui ont un intérêt malsain pour la sexualité des autres et qui disent ’vous ne pouvez pas faire ça’. C’est typique de la religion de s’immiscer en des lieux qui ne la regardent pas. Nous devons résister. »

Pullman s’est récemment embrouillé à propos du livre The Hindus: An Alternative History de l’indianiste américain Wendy Doniger. Le livre a dérangé quelques académiques hindous fondamentalistes qui prétendaient être offensés par cette interprétation de leur foi. Ils ont menacé d’aller en justice, et Penguin India a retiré le livre. Pullman est entré en lice, dénonçant un dangereux précédant. En Inde, il existe des lois réprimant les « discours haineux » - Pullman ne les condamne-t-il pas lui aussi ? Il réfléchit une minute avant de répondre.

« J’ai déclaré autrefois que personne n’avait le droit d’exiger de ne pas être offensé. Dans une société garantissant la liberté d’expression, il est fort probable que nous soyons tous un jour offensés. Vous pouvez argumenter contre, ou bien écrire aux journaux pour expliquer ce qui vous offense. Mais vous n’avez aucunement le droit d’exiger que le livre soit interdit, l’éditeur emprisonné ou l’auteur mis à mort. »

Pullman a étudié l’Anglais au Collège d’Exeter d’Oxford où il a terminé dans les derniers. « Je lisais des livres auxquels je ne comprenais rien : Middlemarch, La Reine des fées – et je n’étais de toute façon pas assez intelligent. » Ses études à peine terminées, il se lança dans la fiction, mais il est modeste à propos de ses premiers livres. « Je n’ai vraiment appris à raconter des histoires que lorsque j’ai commencé à enseigner, » raconte-t-il. « En écrivant des pièces pour les enfants que j’ai tranformées en romans par la suite. » Ses meilleurs souvenirs de professeur sont « les récits de L’Iliade et de L’Odyssée ». « J’adorais terminer un cours sur un cliffhanger de L’Iliade, avec une synchronisation parfaite sur la cloche de l’école, afin que les enfants hurlent pour connaître la suite. » Il fronce les sourcils : « je ne serais plus autorisé à conter L’Iliade aujourd’hui. Ça n’entrerait plus au programme. Je devrais remplir des formulaires, interroger les enfants dessus, encore et encore ».

Pullman a rencontré il y a peu Michael Gove, le Secrétaire d’État à l’Éducation. « Je l’ai vu il y a quelques mois, à son invitation. Je lui ai dit deux choses. D’abord, il y a l’importance des bibliothèques scolaires. Nous devons les remplir de livres si nous voulons que les enfants découvrent que la lecture est pleine de plaisir et d’excitation. Il faut en outre un bibliothécaire formé sur place, pour donner le bon livre au bon enfant au bon moment. Ensuite, tout dépend de notre rapport au langage dès les premières années de notre vie. Si vous grandissez dans un coin avec la télévision allumée, et que personne ne s’adresse à vous si ce n’est pour dire ‘La ferme !’, votre rapport à la langue, au cours de votre existence, différera de celui de quelqu’un qui a siégé sur des genoux, regardant des livres, apprenant des chansons, des contes de fées, des jeux avec les mots et les mains. C’est fondamental dans notre éducation. L’orthographe et la ponctuation peuvent venir plus tard. »

Et qu’en a pensé Gove ? Pullman fronce le nez. « Eh bien, il s’est montré très intéressé et il ne m’a pas dit d’emblée que je racontais n’importe quoi. Mais vous ne pouvez pas dire quel sera l’effet d’une rencontre comme celle-ci avant de voir ce qu’il aura fait. »

Philip Pullman est un subtil alliage de désuétude et de désinvolture moderne. Quand il me montre une première édition reliée du Paradis Perdu, il la tient révérencieusement, comme un précieux lingot d’or. Mais il est également plein d’éloges pour des écrivains à suspens tels que Lee Child et James Lee Burke. En tant que président de la Société des Auteurs, il met en garde contre la menace pour les éditeurs et les libraires que représentent Internet et Amazon. Mais il lit des livres sur un Kindle. Il chate à propos de Blake et Coleridge, sans dédaigner ses 9000 et quelques followers sur Twitter qui suivent sa mini-saga Jeffrey la Mouche. Qui est-il vraiment ?

« Je n’aurais pas dû étudier l’anglais, » plaisante-t-il. « J’aurais dû être un ébéniste. J’aime faire des choses avec mes mains – j’ai réalisé ceci, par exemple ». Il désigne une belle et solide table de noyer et de chêne entre nous. « Oui, si seulement j'avais été formé, » dit-il, en me regardant par-dessus ses lunettes d’astucieux petit charpentier. « Je pourrais vraiment avoir fait quelque chose d'utile ».


Détails
Vendredi 21 Mars 2014 - 19:29:41
Soldat Bleu
Source : MailOnline
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