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Bookwitch interviewe Philip Pullman :.
21 Octobre 2012 - 18:20:45 par Haku - Détails - article lu 922 fois - - -

Bookwitch interviewe Philip Pullman

D'après Bookwitch, 6/8/2012





En prenant du recul, je réalise à quel point Philip Pullman a eu de l’influence sur nos habitudes de lecture dans ma famille, ainsi que la façon dont A la Croisée des mondes nous a menés à ce que nous faisons aujourd’hui, à plus d’un titre. Il est un écrivain fantastique, mais pour nous il est notre autre fantastique. Il aurait peut-être pu s’agir de quelqu’un d’autre, mais non. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, mais il semble important de rencontrer à nouveau Philip, et de l’interviewer quelques années après l’époque d’A la Croisée des mondes. Il est assez modeste pour sous-estimer ce qu’il représente pour les gens.

Il semble étonnant facile de persuader Philip d’accepter d’être interviewé alors qu’il se trouve à Manchester pour le Children’s Book Festival. Il nous propose de nous rencontrer à son hôtel entre le petit déjeuner et le train qui le conduira chez lui, au lendemain de son intervention au MMU.

Lorsque nous retrouvons dans le salon du Midland, il est confortablement installé à une table pour deux, si bien que la première chose que nous faisons est de nous déplacer de façon à pouvoir s’installer à quatre. Je m’attribue le fauteuil qui me donne une vue imprenable sur Philip, laissant mon assistant pour l’interview, Ian, partager le sofa avec Philip et ses sacs. Philip demande poliment s’il a assez de place (...) avant que je ne pose une question qui est devenue importante pour moi.


BW – J’ai eu vent de rumeurs inquiétantes disant que vous n’écriviez plus pour des raisons de santé, mais hier soir vous nous avez dit que vous continuiez.

Philip – Oui, j’ai ma propre santé. Ce n’est pas un sujet sur lequel je souhaite m’étendre, mais cela rend tout voyage assez difficile en ce moment, et m’oblige à beaucoup me reposer. Cela ne va pas me faire arrêter d’écrire. Cela va m’arrêter d’aller un peu partout pour parler de ce que j’écris.

BW – Je vois.

Philip – Mais je voulais venir à Manchester, car cela me semblait une bonne chose. On a eu un très bon public hier soir. Sherry a été une très bonne conductrice des débats. Et j’ai pu faire beaucoup de dédicaces ensuite, donc cela s’est très bien passé.

BW – Je suis d’accord. Mais qu’est-ce qui vous a incité à venir au Children’s Book Festival de Manchester ? Les gens ont été impressionnés d’avoir réussi à vous convaincre.

Philip – C’est l’œuvre de Carol Ann Duffy. Je l’aime beaucoup et je me suis dit que quelque chose dans laquelle elle était impliquée serait plutôt bien. Et je n’avais pas participé à grand chose depuis quelques temps.

Ian – Je vous avais vu parler avec Richard Holloway il y a deux ans à Edinburgh.

Philip – Par une étrange coïncidence je vais faire une interview à la radio avec Richard Holloway ce lundi, pour une discussion sur la musique. Je ne me souviens pas du sujet exact, mais il va parler de Judas. Il m’a invité moi et Jeffrey Archer…

Nous rions.

BW – Ensemble?

Philip – Non, non. Séparément, séparément. Ce qu’est Judas, je n’en sais rien. Vous avez lu le dernier livre de Richard ? Il est très réussi.

Ian – Non, je devrais ?

Philip – Très, très bon. Extrêmement bon. Ce n’est pas inattendu, considérée son côté humain et ouverture d’esprit, mais c’est un livre merveilleusement intéressant et merveilleusement écrit, que tout le monde devrait lire.





BW – Ca donne envie. Suis-je dans le juste en disant que vous vous êtes engagés sur de multiples causes d’horizons très différents ? La dernière fois que nous nous sommes vu, c’était à Jéricho, qui lorsqu’on regarde en arrière, en comparaison des bibliothèques et des questions d’éducation, semble assez modeste.

Philip – Uniquement géographiquement. Sur le principe c’est très important.

BW – Je suis d’accord.

Philip – Et ce n’est pas fini. L’affaire de Jéricho n’est pas encore réglée, et ne le sera pas tant que personne ne viendra avec un million de livres sterling, ce que je n’ai pas. Mais au moins désormais il y a une association caritative officielle qui s’est construite afin de lever des fonds pour racheter le terrain, le développer dans de bonnes conditions et le rendre utilisable par les gens du quartier de Jericho. Je suis toujours impliqué à ce sujet de façon périphérique. Mais il y a eu des choses majeures qui se sont produites aussi, comme pour les bibliothèques.

BW – Votre nom est souvent mentionné, notamment pour signer des lettres et pétitions.

Philip – C’est bien simple, je n’ai qu’à signer. Cela ne coûte rien.

BW – Y a t-il une cause plus importante que les autres ?

Philip – Si vous regardez à toutes ces affaires, elles ne sont que les différents aspects d’un différend entre l’argent et diverses personnes. Des gens qui pensent que l’argent est plus important. J’essaie de penser à des contre-arguments. (il réfléchit profondément). On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. On ne peut pas soutenir les intérêts des gens des communautés locales, et ceux des possesseurs silencieux de larges capitaux. Tout tourne autour de ça, les bibliothèques tout comme les orientations de l’éducation, et Jericho. Ainsi, évidement, que le gros problème du livre en ce moment, qui découle des publications numériques et tout ce genre de choses. Car comme je l’ai dit hier soir, l’une des plus grandes questions est le futur du livre.Personne ne peut dire comment cela va finir. Et je crains que cela ne finisse pas très bien pour les écrivains.

BW – Non.

Philip – Car, que faisons-nous ? Nous produisons “juste” le truc. D’autres personnes le traite, et en font de l’argent. La pourriture s'installe, ainsi que le dit Sherry, avec l'accord sur les livres numériques, oubliant les livres. Il y a tant de livres de supermarchés que pour le public, l’impression s’est développée que les livres ne valent pas grand chose en terme d’argent.

BW – Pas besoin de payer.

Philip – Pas besoin de payer, car on peut tout avoir gratuitement, et que le pauvre auteur arrive à la fin de la chaîne.

BW – En avez-vous ressenti les effets, de votre point de vue dominant?

Philip – Hum, eh bien, je me suis battu avec mon éditeur, ou du moins mon agent s’est battu avec elle, sur la question des royalties. Mais c’est ce que tout le monde fait. La seule manière de s’en tirer est de s’appeler JK Rowling, et il n’y a de la place pour qu’une seule. A moins d’écrire Cinquante nuances de Grey(roman à contenu globalement érotique sorti l’an passé et ayant connu un très vif succès, NdT).

On ne peut s’empêcher de rire.



Ian – Je crevais d’envie de vous poser une question à ce sujet hier soir.

Philip – Allez-y maintenant.

Ian – Je ne pouvais pas en trouver une qui convienne à l’auditoire.

Philip – Le public en face de moi en ce moment est… très averti et international.

Ian – Seriez-vous tenté de reprendre l’un des plus gros succès littéraires de l’an prochain, quel qu’il soit, et de le changer un roman érotique de 500 pages?

Philip – Vous voulez rire ?

Ian – Si vous étiez sûr que ça se vendrait?

Philip – Jamais je ne le ferais, même si je pensais que cela se vendrait ! Non, bien sûr que non ! Non, ce n’est pas ce que je fais.

Ian – Je n’ai pas dit cela. J’étais curieux de savoir si c’était tentant ou non.

Philip – J’écris, et j’ai la chance de pouvoir écrire ce que j’ai envie d’écrire. Si j’avais envie de le faire, je le ferais. Cinquante nuances de pourpre, peut-être. (Nous éclatons de rire à l’idée) Cela n’a rien à voir avec la littérature. C’est un phénomène pour faire vendre, et du marketing, voilà ce que c’est. Et c’est intéressant de ce point de vu, mais n’a aucun sens littéraire.





BW – Les organisateurs du festival ont dit que vous alliez parler de quelque chose, puis que vous n’étiez plus autorisé à en parler, mais que finalement vous alliez en parler. S’agit-il de The Book of Dust ?

Philip – Non, non. Simplement mon livre sur les frères Grimm, sur les contes des frères Grimm, qui sort en septembre. A la base, je devais en parler, puis mon éditeur Penguin a dit que je ferais mieux de ne pas le faire. Ce que j’en comprends est que si vous en parlez et que vous ne pouvez pas tout de suite aller l’acheter, les gens vous oublier. Et quand ce sera publié, plus personne n’y fera attention. Ca sort en septembre et je participerai à différentes manifestations. Je peux vous en parler à vous, mais je ne préférais pas en parler sur scène.

BW – Parle-t-on de Penguin ou de Puffin?

Philip – Penguin Classics, il s’agit d’un livre pour adultes. Penguin Classics est venu me voir il y a de cela, oh, des années, pour me demander si je serais intéressé par constituer une nouvelle sélection, et une nouvelle version, des contes des frères Grimm. Ils ont une version complète de cela, déjà, traduite par Ralph Manheim. Une très bonne traduction. Et ils avaient une sélection préexistante, qui est sous presse depuis bien trente ans, si bien qu’ils en voulaient une nouvelle. Et je me suis dis qu’il y avait un problème avec les contes qu’ils avaient sélectionné, et que je pouvais faire mieux. Ainsi donc j’ai passé beaucoup de temps l’an passé à relire tous les Grimm, choisir parmi les contes une cinquantaine et les écrire avec ma propre plume en les annotant. L’une des choses que je voulais faire, c’était de profiter de cette occasion pour dire quelque chose au sujet des histoires. Ce sont de très bons exemples d’histoires pures et simples, et j’en parle lorsqu’une l’une d’elle fonctionne bien, ou pourquoi celle-ci en particulier ne fonctionne pas aussi bien. Changez quelque chose ici, et vous pouvez faire telle chose ici, et telle chose là, pour que ça passe mieux. Je me suis permis des libertés avec un certain nombre d’histoires pour les modifier et les sectionner parfois. Et leur ajouter des éléments, leur tourner autour. Car tout cela, comme il est dit dans mon introduction, ce n’est pas un texte, ce n’est pas quelque chose comme le texte d’Alice au Pays des merveilles, qui est et est uniquement l’œuvre de Lewis Carroll avec lesquels on n’a pas à badiner. Ces contes-là ont été racontés un nombre incalculable de fois, et j’ai repris les histoires que j’aimais et les ai racontées de la manière dont j’avais envie de les raconter et au profité de ka chance de pouvoir dire quelque chose sur la manière dont fonctionnent les histoires. Et j’adore ce sujet, c’est fascinant.

BW – Bref, c’est plus comme avec vos contes de fée? Où vous prenez un bon vieux thème et vous vous le réappropriez.

Philip – Oui, comme je l’ai fait avec Le Chat Botté et Aladin.


Ian – Je suis curieux de savoir : si vous avez annoté les contes, cela se rapprochera-t-il d’une expérience de lecture ? A chaque fois que je vais voir une annotation, vais-je devoir aller m’y référer ?


Philip – Non, je dis que j’ai fais des annotations. Je n’ai pas mis de notes. Après chaque histoire, il y a quelques paragraphes… Chaque conteur a son propre style et il y a une femme nommée Dorothea Viehmann qui en raconte une douzaine environ, et chaque fois que j’en trouve un bon, je me réfère à celui à qui il ‘appartient’ et à chaque fois il s’est avéré provenir de Dorothea Viehmann. J’ai conçu un grand respect envers elle.

Ian – Oui.

Philip – Mais pour d’autres histoires, d’autres contes, ont des conteurs différents et proviennent de conteur différents. Parmi les meilleurs, deux viennent d’un peintre nommé Philipp Otto Runge. Tous ne sont pas arrivés sous forme manuscrite, ils ont du les écrire, et ils ont une forme très littéraire, dont il est intéressant de parler.

Ian – OK.

Philip – Les histoires ne sont pas interrompues par des nombres. Vous n’avez pas à lire les notes si vous n’en avez pas envie, mais j’espère que vous les trouverez intéressantes.

Ian – Oh non, je pense que c’est exactement la manière dont cela devrait être, mais j’apprécie l’option …

Philip –Mon modèle pour cela ont été les Folk Tales of Britain de Katharine Briggs, mais elle a repris les histoires dans la transcription exacte des mots du dialecte, avec l’orthographe du dialecte, les tournures et ainsi de suite, et je me suis dit “Je ne veux pas m’encombrer de ça.” Cela dit, c’est ce dont j’allais parler, mais j’ai finalement décidé de ne pas le faire.

BW – J’étais intéressé de ce que cela aurait pu donner. Y aura-t-il d’autres livres courts au sujet de Lyra ou de son monde ?


Philip – Au cours du temps, je suis convaincu que oui. Ce que j’écris aussi à cette heure est The Book of Dust, sur lequel je suis penché depuis si longtemps. La suite, ou quel que soit la manière dont vous l’appelez. Ce sera, dans la vision que j’en ai en ce moment, sous la forme de deux livre qui formeront collectivement The Book of Dust et qui sortira quand ce sera prêt. J’avance sur le sujet. Mais je ne fais pas de promesses.






BW – Avez-vous ressenti une pression sur le sujet, de par le fait que c’est sur les rails depuis si longtemps ?

Philip – Non. (il réfléchit.) Non, mes éditeurs ne m’ont pas mis la pression du tout. Les lecteurs oui, mais ils le font toujours. Vous êtes prêt le jour où vous l’êtes. J’ai entre temps fait ce que j’avais envie de faire, car j’avais besoin de les faire. L’Epouvantail, ainsi que le livre sur Jésus, car l’histoire était pressante. Et j’avais besoin de faire Lyra et les Oiseaux et Il était une fois dans le Nord, car c’étaient des histoires que j’avais besoin de raconter. Je n’étais pas prêt à démarrer The Book of Dust mais désormais j’y suis préparé.

BW – Est-ce que tous ceux avec qui vous parlez vous questionnent sur ce livre

Philip – Oui, mais j’en suis flatté.

BW – C’est en effet que cela les intéresse. Helen se demandait s’il y aurait d’autres livres sur Sally Lockhart?

Philip – Eh bien, il y a au moins quatre histoires que j’ai envie d’écrire. Quand j’aurai mis The Book of Dust derrière moi… J’aime ces personnages. Je veux revenir vers eux. J’aime cet univers. Je le connais bien et je veux en profiter en écrivant d’autres histoires. Donc si la santé suit, je vous redonnerai du Sally Lockhart.

BW – Nous parlions des téléfilms de Sally Lockhart en nous disant comme vous le disiez hier au sujet de La Boussole d’Or et de Dakota désormais trop âgée, que nous avions désormais un Doctor Who qui ne retournerait probablement plus jouer Jim (l’acteur Matt Smith qui jouait Jim tient le rôle principal de la série Dr Who, NdT) .

Philip – Il ferait un Jim assez onéreux !

BW – Ouais.

Philip – J’ai de toute façon toujours pensé qu’il était trop vieux pour jouer Jim. C’est un homme adorable, mais il était juste trop âgé. Jim c’est un gamin, ils avaient tout faux.

BW – Oui.

Philip – Billie Piper est une actrice adorable et une jeune femme charmante, mais ce n’est pas Sally, et je crois qu’elle le savait. Je ne pense pas qu’elle était à l’aise dans le rôle de Sally, mais la recruter a mis le tout à la merci de son emploi du temps, ce qui passait par le fait d’avoir un enfant. De plus, si les scripts étaient bons, la mise en scène ne l’était pas et j’étranglerais volontiers le réalisateur du second opus…

Nous rions.

Helen – Je n’ai pas aimé le second.

Philip – Non. Le premier était très bien. La personne n’avait aucun égard pour le décor ou l’histoire. C’est une histoire réaliste, et il faut pour cela la cadrer dans un environnement victorien réaliste. La seule chose importante avec les scènes de rues de l’époque victorienne est que chaque homme porte un chapeau. Vous ne voyez jamais une tête nue, et portant le réalisateur a mis en scène Jim et les autres personnages sans le moindre couvre-chef. Après l’avoir vu, j’ai demandé “Pourquoi ne portaient-ils pas de chapeau ?” Oh, il n’aimait pas les chapeaux ! J’ai trouvé que c’était un désastre complet, et on a longuement parlé d’un troisième mais il était clair qu’il allait aussi le bâcler, ce qui était un vrai regret.

BW – J’aurais cru que La Vengeance du tigre aurait été assez compliquée à filmer.

Philip – Oui, c’est une histoire assez longue, plus profonde, qui avait besoin de temps pour prendre forme. Ils allaient le faire en accéléré. Mais il y aura d’autres livres sur Sally. Dans les livres que je dirige, ils portent tous des chapeaux.

Cela nous fait rire.



Ian – Et quid des pièces de théâtre ? Depuis que nous nous sommes vus, il y a eu l’Epouvantail à Londres et La Magie de Lila.

Philip – C’est vrai. On a eu droit à un délicieux Epouvantail, et je crois que quelqu’un d’autre va monter La Mécanique du Diable. Il y a eu un opéra sur La Mécanique du Diable, qui a donné lieu à une production élaborée. Le problème était que je ne cessais de penser “ne serait-ce pas une bonne chose s’ils cessaient de chanter?’ (nous rions) Je pense que La Mécanique du Diable ferait une très bonne pièce. Personne ne l’a encore fait. Je les ai toutes appréciées. Je n’ai pas écrit de nouvelles pièces. C’est assez dur, physiquement, de faire une pièce qui tienne dans un espace spécifique. Cela ne peut pas passer en tournée. A moins d’être David Wood.

Ian – Donc vous considérez que la question de l’espace est importante ? Car il est intéressant de voir comment His Dark Materials dépendait de l’Olivier Theatre (la grande salle du National Theater de Londres, NdT). J’ai vu une adaptation à Dublin en 2007 où ils se montraient très créatifs pour contourner le fait qu’ils n’étaient pas à l’Olivier.

Philip – Oui, vous pouvez vous en sortir. Cela paraîtra étriqué. Vraiment, cela a été écrit pour l’Olivier Theatre, et cette production est tellement édifiante qu’elle voyage difficilement. War Horse est apparemment quelque chose de simple, vous avez une scène et mettez des chevaux dessus. Vous pouvez faire ça n’importe où. His Dark Materials était impossible à déplacer, mais c’était une production merveilleuse, et j’en ai été très, très satisfait.

BW – Quand vous parlez d’écrire des pièces, à quel point avez-vous été impliqué dans l’écriture des adaptations théâtrales à proprement dit ?

Philip – Assez peu, Nicholas Wright a fourni le matériau de base et je l’ai vu sur scène et étais présent pour bon nombre de répétitions, lectures filées et ce genre de choses, et s’il fallait que je dise quelque chose je l’ai fait et ils ont toujours écouté et pris en compte ce que je disais. Mais je l’ai laissé entre leurs mains. J’aime le théâtre, j’aime travailler avec les acteurs, et tout ce genre de choses. Mais j’écris des romans, et c’était désormais trop tard (pour changer).

BW – Nous sommes allés à la levée de fond pour le Pegasus (théâtre localisé à Oxford, NdT) il y a quelques années. Etes-vous toujours impliqué à ce niveau ?

Philip – Oui, le Pegasus est un lieu merveilleux. Ils ont donné mon nom à leur scène. C’est un très beau bâtiment. Les équipements de scène n’ont pas leur pareil, ils font un boulot remarquable.

BW – J’ai trouvé que ce qu’ils avaient fait pour la levée de fonds était impressionnant, et semblait très plaisant.

Ian – J’avais une question que j’avais envie d’entendre de la part des enfants dans le public hier. Elle paraîtrait bien plus naturelle de la part d’un gosse de dix ans que de la mienne. (Nous rions) Mais je suis curieux de savoir comment se vend A la Croisée des mondes ces temps-ci ?

Philip – Cela se vend probablement, mais je ne regarde pas aux chiffres. Cela ne m’intéresse pas.

Ian – Mais les royalties continuent de rentrer?

Philip – Ma foi, oui, je continue de me faire un très bon revenu.

Ian – J’ai cessé d’acheter de nouveaux exemplaires. J’ai décidé qu’il fallait savoir arrêter.

Philip – Oh non, il vous en faut toujours plus.

Ian – Très bien, je vais y remédier dans ce cas.

BW – L’individu lambda semble croire que les auteurs sont très riches, et que leurs livres ne cessent de se vendre.... mais cela fait quelques années désormais, et je me demandais si d’autres livres ont pris le relai ?

Philip – Il y a un nouveau phénomène tous les deux-trois ans, non ? J’ai évoqué Michael Morpurgo (auteur de War Horse, NdT) ; ses autres livres ont tous très bien marché et c’est tant mieux. Il y a un tas de gens qui le méritent… Anne Fine par exemple.

BW – Oui, je confirme.

Philip – Une auteur vraiment merveilleuse ! Elle n’a pas eu un succès de l’ampleur de Cheval de Guerre (War Horse, NdT), mais elle en mériterait un.

BW – Il y en a pas mal comme ça. Je me demandais juste si quelqu’un comme vous en souffre quand le dernier roman de vampire ou de dystopie est publié ?

Philip – Il est évident que je ne vends plus autant qu’il y a quelques années. Une fois que j’ai réalisé que j’avais assez d’argent pour payer mes factures, j’ai cessé de m’y intéresser. Je continue de pouvoir payer mes factures.

BW – Mm, voilà qui est bien.

Philip – C’est très bien ! Et je suis très chanceux. Peut-être viendra un jour où je ne pourrai plus. Il faudra alors que fasse des économies, ou…

Ian – Faire des tournées continuelles.

Philip grogne.

BW – …et voilà le vieux Philip Pullman!

Ian – Comme les Rolling Stones.

Philip – Au stade…



Ian – Vous avez fait allusion hier soir à la question des royalties qui se feraient sucrer. Pensez-vous que le risque encouru par les auteurs de fiction, c’est de finir dans la situation où sont les auteurs de monographie ou de manuels scolaires, qui doivent payer des centaines de livres sterling non pas pour s’auto-éditer, mais pour se payer un véritable éditeur ?

Philip – Si cela devait se produire, j’arrêterai. Car les universitaires qui font cela ont un salaire pour vivre et peuvent subventionner la publication de leur livre. L’auteur à plein temps n’a pas d’autre source de revenu. Quelqu’un va devoir sérieusement réfléchir à la question. Les gros distributeurs n’ont clairement pas pris conscience de la chose. Ils croient que les choses tombent toutes cuites, mais à un certain point, quelqu’un va réaliser que les livres ne s’écrivent pas d’eux même. A la base, il y a quelqu’un assis qui travaille en se donnant plutôt du mal. Toutes ces éditions pirates de Twilight vendues de l’autre côté de l’Atlantique. Elle s’est certes fait une fortune en Angleterre, mais malgré tout, ça ne justifie pas que les Américains publient le livre au rabais. Et le terrible exemple que j’ai évoqué hier est la musique, où les recettes des ventes s’effondrent, les revenus s’écroulent pour ne plus représenter que quasiment rien, ce qui n’empêche pas les jeunes groupes de continuer à produire de la musique.

BW – Car ils en ont envie.

Philip – C’est du vol pur et simple. Les personnes créatives, qu’elles soient peintre, auteurs, musiciens, devraient être payées à juste titre. Cela me paraît essentiel. Il est devenu si simple de voler. C’est comme si le fil de fer barbelé disparaissait subitement et qu’il n’y avait plus la moindre barrière. Maintenant on peut voler l’œuvre des artistes impunément.

BW – Oui.

Philip – Cela me semble mauvais. Le gouvernement devrait agir sur le sujet.

BW – Hier soir quand vous avez mentionné Unbound, je me suis demandé si vous considériez l’auto-publication, sur Kindle par exemple ? D’autres auteurs font désormais cela, même avec leurs anciens livres, ou avec leurs nouveaux livres si personne n’en veut.

Philip – En fait, j’y ai pensé, mais cela implique beaucoup de tracas et je n’ai pas besoin de cela en ce moment, car j’ai une relation apaisée avec mes éditeurs. Ils continuent d’éditer mes livres, et les ventes sont raisonnablement bonnes.

BW – Ainsi donc vous n’avez jamais soumis une idée (en vue d’un roman non encore rédigé, NdT) qui ait été refusée ?

Philip –Je n’ai jamais soumis une idée de ma vie !

BW – Ce sont les gens qui viennent vers vous.

Philip – J’écris des choses et quand elles sont finies, quelqu’un les publie. Non, je détesterais cela, soumettre mes idées.

BW – Il y a tant de bons auteurs qui vont mal…

Philip – Oui, il y en a.

BW – …alors que de la sous-littérature est publiée et encensée et vendue.

Philip – Il y aura toujours de la sous-qualité. Mais ceux qui la produisent savent qu’elle rapporte plus d’argent. Et ceux qui produisent des livres de qualité moyenne s’en sortent, car les bibliothèques garantiront toujours des commandes. Les gens pourraient vivre en écrivant des livres que les gens pourraient lire et aimer. Dans un monde sans pitié, il faut que ce soit un best-seller sinon rien, et c’est plutôt un constat négatif.


Sur ce constat assez sombre nous libérons Philip pour lui permettre de rassembler ses bagages et de partir prendre son train, alors même qu’une multitude de lignes ferroviaires ont été submergées par les inondations de juillet. Je ne suis donc pas surpris qu’il ne veuille pas devenir un show ambulant.


Détails
21 Octobre 2012 - 18:20:45
Haku
Source : Bookwitch
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