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La science de la fiction :.
Lundi 19 Avril 2010 - 21:17:40 par Haku - Détails - article lu 725 fois - - -

La science de la fiction



Les auteurs de science-fiction doivent connaître leurs sujets, mais c’est avant tout le mystère qui maintient le lecteur collé aux pages, déclare Pullman.

Philip Pullman
The Guardian - Jeudi 26 août 2004

Je ne fais pas de science, même si j’adore lire à ce sujet. Ce que je fais, c’est de la fiction. Ce sont des activités si différentes que je me demande parfois si le même type d’esprit peut se consacrer aux deux. Je ne parle pas de la science-fiction; c’est un genre respectable, avec ses conventions, un rythme, des grands et des petits, des classiques et des ratés, mais je n’en écris pas et je n’en lis pas plus. Je parle de tout le reste, de la petite chose de base que nous appelons histoire.

Les histoires parlent fondamentalement d’êtres humains dans des situations humaines. Elles apportent la réponse à des questions comme Que se passera-t-il quand Œdipe rencontra Jocaste? Comment Dorothée va-t-elle réagir quand elle réalise qu’elle a commis une terrible erreur en épousant ce bon vieux Casaubon? Que fera Mr Bumble quand Oliver Twist en demande plus?

Les tensions, les attentes et le plaisir que nous procure la fiction sont de ce genre ; ça ne relève pas de la science, car il ne s’agit pas de questions scientifiques. Une question scientifique, je pense, sera Qu’arrivera-t-il si je laisse tomber deux poids en même temps ?

La différence est que, dès lors qu’une question scientifique est résolue, elle le reste – au moins jusqu’à ce que quelqu’un change la question. Ce qui est vrai pour deux objets de poids différents le sera tout autant pour deux autres objets de même poids. Il y a une abstraction liée : on se fiche de savoir que l’un est colorié en vert et que l’autre est un peu rouillé, on observe seulement leur point commun. Les énoncés scientifiques parlent d’entités similaires qui se comportent de la même façon ; ce qui est vrai pour une particule élémentaire sera vrai pour chaque particule semblable. En fait, les particules comme les électrons se ressemblent tellement que même leurs mères ne pourraient pas les distinguer, et si j’ai bien compris, il y a même une théorie selon laquelle il n’y a qu’une sorte d’électron dans l’univers, mais reproduit en un tas d’exemplaires.

Il n’y a pas d’humain-type qui se comporte toujours de la même façon – sauf dans l’économie, où chaque personne est censée être exactement aussi rationnelle et égoïste exactement que n’importe qui d’autre. Pas étonnant qu’on l’appelle la Science Sinistre. Dans la vie réelle, aussi bien que dans la fiction, les êtres humains sont beaucoup plus variables. Il n’y a qu’une seule Dorothée. Cependant, la variabilité des êtres humains dans la fiction implique un étrange paradoxe : plus ils sont particuliers et autonomes, plus ils sont différents de tous les personnages créés, plus nous les croyons vrais.

Ainsi, faire de la science n’est pas la même chose que faire de la fiction. Mais la science en toile de fond est différente. Elle doit servir le récit comme le font toutes les toiles de fond – rester ferme et solide. Elle ne doit pas dominer de façon alarmante dès que quelqu’un l’aborde ou sonner creux lorsqu’on la frappe, elle doit se conformer aux règles de perspective et être assez élaborée pour convaincre, mais jamais plus que pour distraire.

Il y a une autre chose à dire, concernant la toile de fond, et la voici : dans une histoire, nous ne sommes pas sous serment. On ne répond pas à un examen. Le rôle de la recherche n’est pas de m’apporter un tas de "faits" à placer dans une histoire rigide, mais plutôt de me permettre d’insérer des choses nouvelles qui semblent convaincantes. L’épreuve consiste seulement en Y adhèrerais-je si je lis ça dans le récit de quelqu’un d’autre ? Je n’espère pas leurrer un véritable expert, mais je le peux pour un lecteur plus ou moins intelligent. Et si un véritable expert me lit, je peux espérer qu’il se dira Ce type s’est un minimum renseigné.

Quand il s’agit de science, ce n’est pas dur, de nos jours, de trouver beaucoup d’excellents auteurs et de la documentation fascinante pour satisfaire votre curiosité intérieure la plus exigeante. En biologie et sur l’évolution, il y a Richard Dawkins, Steven Jay Gould, Jared Diamond, Jonathan Kingdon, EO Wilson ; si c’est la physique qui vous amuse, il y a David Deutsch, Michio Kaku, Bryan Greene ; pour la cosmologie, il y a John Gribbin, Martin Rees, Paul Davies. Et si vous vous passionnez pour le plus profond mystère du lot, la conscience, vous pouvez lire Antonio Damasio, Adam Zeman, Max Velmans, et VS Ramachandran… J’ai lu des livres de toutes ces personnes, et je n’ai même pas évoqué Roger Penrose.

Il n’est pas difficile d’atteindre les choses. Mais la meilleure raison d’en savoir plus sur la science n’est pas de vérifier des faits, mais de s’épanouir dans l’émerveillement. Une partie de l’impulsion qui a généré ma plus longue histoire réside dans l’extraordinaire poésie de l’expression "matière sombre", que Milton avait prédite, ainsi que je l’ai découvert dans le Paradis Perdu :

À moins que le tout-puissant Créateur n'arrange ses noirs matériaux pour former de nouveaux mondes.


Lorsque vous écrivez une histoire, vous ne devez pas perdre de vue cette petite flamme initiale d’étonnement. Science et fiction manient des entités différentes, et résolvent des questions différentes ; mais chacune peut enivrer, inspirer, consoler et abreuver la soif de mystère et de révélation qui rend les êtres humains au moins aussi intéressants que des électrons.


Traduit pour Cittàgazze par Soldat Bleu


Détails
Lundi 19 Avril 2010 - 21:17:40
Haku
Source : The Guardian
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