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Philip Pullman : entre Jésus et Christ :.
Jeudi 15 Avril 2010 - 22:34:39 par Haku - Détails - article lu 901 fois - - -

Philip Pullman : entre Jésus et Christ


Jonathan Derbyshire
15 avril 2010 – The New Statesman


L’auteur d’A la Croisée des Mondes a une sympathie pour l’imaginaire de la foi religieuse qui a largement été ignoré par ses critiques.


"Nous vivons les dernières heures de l’Âge des Lumières, me dit l’écrivain Philip Pullman. Pendant quelques centaines d’années, il y a eu une époque où nous étions libres de nous exprimer. Mais cette ère est proche de prendre fin, car les gens sont bien plus prompts à s’offusquer. Les Chrétiens de ce pays disent actuellement qu’ils ne sont pas respectés. Mais l’idée de demander le respect est un concept qui me semble très loin de Jésus".

Pullman me parle dans un café près du siège de la BBC à Londres, où il vient de donner une interview. Alors que nous prenons place, Mark Thompson, le PDG de la BBC, renter dans le restaurant (bien plus huppé) d’à côté. Pullman, un avunculaire de 63 ans dont le visage suggère généralement un genre de curiosité amusée, me lance un regard vaguement déçu.

On s’imagine qu’il a du faire la même tête quand en 2002, l’éditorialiste conservateur Peter Hitchens s’est servi de sa rubrique dans le Mail on Sunday pour qualifier Pullman d’"auteur le plus dangereux en Grande-Bretagne". Le Miroir d’Ambre, dernier volet de la trilogie de littérature jeunesse A la Croisée des Mondes, venait alors de gagner le Whitbread Book of the Year Award. Pour Hitchens, ces livres situés dans un monde parallèle géré par une église monstrueusement autoritaire, n’étaient rien d’autre que de la "propagande morale".

Pourtant, tous les Anglicans ne prennent pas la mouche aussi vite face à l’oeuvre de Pullman. En 2004, l’Archevêque de Canterbury, Rowan Williams, a discuté avec lui au National Theatre, où l’adaptation de Nicholas Wright de la trilogie se jouait à guichets fermés. Williams avait précédemment qualifié la production de "triomphe quasi-miraculeux", mais avait aussi insisté sur le fait qu’A la Croisée des Mondes était bien plus qu’un simple "pamphlet anti-Chrétien". C’était là une façon pour l’archevêque de reconnaître que l’athéisme de Pullman était plus motivé par sa préoccupation des décrépitudes du pouvoir arbitraire ecclésiastique que par les assertions déistes sur l’existence d’un être surnaturel. Comme il le disait dans sa conversation avec Pullman, A la Croisée des Mondes est "entièrement centrée autour du contrôle".

L’église décrite dans la trilogie semble totalement manquer de rédemption. Qu’était-il advenu à Jésus, s’est demandé Williams. Pullman a répondu qu’il était mentionné une fois dans A la Croisée des Mondes, "dans le contexte de cette notion de sagesse qui fonctionne secrètement et calmement, non pas dans les grands palais et dans les grandes cours de la planète, mais parmi les gens ordinaires ". Il a promis qu’il s’occuperait de "l’apprentissage de Jésus" dans son prochain livre. Un temps durant, les fans de Pullman avaient cru que ce serait un roman, prétendument nommé The Book of Dust.

Ce livre doit encore voir le jour, mais Pullman a désormais eu le temps de s’intéresser de plus près au personnage de Jésus dans son nouveau livre de fiction, The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ. Le livre annonce énergiquement son statut de fable : l’inscription "CECI EST UNE HISTOIRE" est inscrite en lettres d’or au dos de la couverture. Et il démarre avec la supposition que Marie ait donné naissance à deux jumeaux – le premier un charismatique et sociable professeur, et un frère consciencieux, Christ, architecte de l’église qui pourrait être construite sur le nom de son frère.

Le tout est une provocation, naturellement. Mais Pullman se montre sanguin à l’encontre de ce qu’il appelle l’"offense préventive" que certains ont déjà adoptée contre son livre. "Je reconnais que le titre est provoquant, mais le but du titre d’un livre est véritablement double : il doit résumer le sujet du livre et attirer l’attention. Je n’en suis pas honteux. Mais les gens se sont offusqué et m’ont écrit pour me dire que ma vie est un affront à Dieu et que j’irai en enfer."

Pullman a de bonnes raisons d’être décontracté : les menaces de damnation éternelle, auxquelles il s’est exposé depuis la publication en 1995 des Royaumes du Nord, le premier volet de la série A la Croisée des Mondes, n’ont pas entamé ses ventes. La trilogie s’est vendue à 15 millions d’exemplaires.

Ce que les détracteurs de Pullman oublient est la sympathie à l’égard de l’imaginaire de certains aspects de l’observance religieuse. Ceci vient, en partie, de ses racines dans le langage et les liturgies de l’Eglise Anglicane (son grand-père était un pasteur à Norfolk). Je lui demande s’il est toujours content de se décrire, comme il l’a déjà fait, comme un "athée de l’Eglise d’Angleterre".

“Très content. L’expression 'culturellement chrétien' est parfois utilisée pour décrire quelqu’un qui a la liturgie de l’Eglise au plus profond de son être ; le tissu cognitif de leur esprit est saturé des mots et de la langue du Livre de la Prière Commune. Des milliers – des millions – d’hommes et femmes ont du être absorbés et intoxiqués par ce langage."

Ces millions de gens ont aussi été inspiré, si Pullman dit vrai, par l’exemple de l’apprentissage de Jésus. Son dernier livre est une tentative de sauver ce qu’il nomme "le génie de Jésus" – son génie en tant que conteur et d’exemple moral – du "Christ de spéculation", le Christ qui apparaît dans les Epîtres de St Paul. "Si vous prenez les Epîtres, le mot 'Christ' apparaît plus de 150 fois, le mot 'Jésus' seulement une trentaine. C’est assez clair que sa préoccupation est pour le Christ qui est descendu du Paradis. Et c’est entièrement de la fantasy, de la fiction totale".

C’est de la fantasy ou de la fiction qui a les plus grandes conséquences. Dans l’une des plus importantes scènes du livre, on retrouve Jésus dans le Jardin de Gethsemane conjurant une vision cauchemardesque et bureaucratique de l’église que son frère veut mener à l’existence. Pullman dit que le soliloque de Jésus est la "prière d’un homme qui perd sa foi. Jésus dit : 'Dès lors que les hommes qui croient qu’ils accomplissent la volonté de Dieu prennent le pouvoir… le mal entre en eux'. C’est du au fait qu’ils croient avoir un pouvoir contre lequel personne ne peut s’opposer".

“Un pouvoir contre lequel personne ne peut s’opposer" – c’est l’essence de ce que Pullman appelle la "théocratie absolutiste", une notion qui pour lui, renvoie à la domination arbitraire d’un humain sur un autre, et qui n’a pas besoin d’écorner la croyance en le surnaturel. "L’Union Soviétique agissait comme une théocratie, note-t-il. Il y avait un texte sacré (les oeuvres de Marx) et un clergé (le Parti Communiste) qui avait droits et privilèges qui étaient déniés au laïcat".

Le destin des "droits et privilèges" dans ce pays est une chose qui a pas mal occupé Pullman ces derniers temps. En février dernier, il s’est adressé à la Convention sur les Libertés Modernes. La Grande-Bretagne, a-t-il déclaré, se jetait aveuglément dans l’autoritarisme. "Ce n’est pas bon," disait-il des choix du Gouvernement pour les libertés civiles. "Je ne suggère pas qu’il y a eu un plan diabolique concocté par (Peter) Mandelson dans son bunker secret. Mais on le saura en voyant ce qui arrivera. Les libertés civiles sont menacées."

Désespère-t-il entièrement de la classe politique ? "Non, je vote encore. Voter est un privilège. La plus grande partie de ma vie, j’ai vécu dans des habitudes de Conservateur, mais je n’ai cessé de voter. Oxford, en 1997, était assez en marge, mais je voulais qu’on se débarrasse de John Patten et j’ai voulu un Gouvernement travailliste. Mais il n’y avait pas d’intérêt de voter pour eux à ce moment-là, et j’avais voté pour les libéraux démocrates. Notre système d’élection stupide impose de faire des calculs de ce genre tout le temps. C’est grotesque et nous devons changer cela".

Pour cette raison, il espère un parlement sans majorité mais bien monté. "Je croise fermement les doigts. J’espère vraiment que ça viendra". Ce sera une petite victoire pour les progressistes. Mais Pullman est bien moins optimiste quant à l’issue des défis qui nous font face. "Le jeu pour la libre expression n’est pas encore fini. Nous pouvons parler, vous pouvez sortir et lire un magazine. Mais cela n’a été possible que durant une courte période temporelle. Il y a juste quatre cent ans, nous n’aurions jamais pu parler ainsi. Et tout change, et parfois prend fin. Cela ne me surprendrait pas si nous nous retrouvions dans une époque plus répressive, moins tolérante et plus totalitaire".

Jonathan Derbyshire est rédacteur culturel au New Statesman


Détails
Jeudi 15 Avril 2010 - 22:34:39
Haku
Source : The New statesman
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