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Interview : Philip Pullman - Auteur (Scotsman) :.
Lundi 05 Avril 2010 - 12:45:32 par Haku - Détails - article lu 920 fois - - -

Interview : Philip Pullman - Auteur


05 avril 2010
Par SUSAN MANSFIELD

A RENCONTRER Philip Pullman sur son perron dans l’Oxfordshire, je dois reconnaître qu’il est un inhabituel objet de colère. En cardigan et pantoufles, il m’introduit dans un intérieur douillet et plein de recoins remplis de livres. Un vieux carlin gémit à ses pieds. Ce n’est pas à première vue un candidat à la damnation éternelle. Néanmoins, il a reçu tout un tas de lettres l’en menaçant depuis sa trilogie de best-sellers, A la Croisée des Mondes, dans laquelle il présentait l’Eglise comme un tyran oppressif et Dieu comme un vieil homme fragile. Il en a reçu plus de quarante au sujet de son nouvel ouvrage, The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ, uniquement basées sur le titre de celui-ci. On parle même de renforcer sa sécurité dans les festivals littéraires.

"Ca fait des années maintenant que je reçois des lettres au sujet de ma malice, explique-t-il péniblement. Je ne les prends pas vraiment au sérieux. Je ne suis pas en rogne contre ces personnes. Elles pensent me faire une faveur en m’informant sur les désastreuses conséquences de ce que je fais. Je suis sur que si je prenais le temps de passer une demi-heure avec elles, avec une tasse de café, ça se passerait le mieux du monde".

Ce qui importe le plus, voyez vous, m’explique Pullman, ce n’est pas ce en quoi vous croyez mais la façon dont vous vous comportez. Ainsi, aussi pénible que puisse lui paraître la vue d’un journaliste de plus devant sa porte, le troisième en ce jour et sûrement pas le dernier, il me prépare une tasse de café. Il est courtois mais distant, comme si une certaine formalité lui restait encore de ses années d’enseignement.

Décrire la trilogie – Les Royaumes du Nord, La Tour des Anges et Le Miroir d’Ambre – comme je viens de le faire est inexact. Bien plus que leur théologie sous-jacente, ce sont des aventures exubérantes, emplies de quêtes épiques, de héros pleins de ressources, de mondes et de créatures en nombres infinis, que ce soit des ours en armures ou des espions d’une quinzaine de centimètre de haut.

Son imagination en tant qu’auteur de fantasy tend à être effacée par son image d’athée, l’un des plus connus de Grande-Bretagne. Mais une fois encore, que pouvait-il espérer après avoir osé un titre aussi provocateur au sujet de Jésus pour la collection des Mythes de Canongate ?

Si c’est la controverse que vous recherchez, The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ ne vous décevra pas. La Vierge Marie selon Pullman (elle ne l’est pas, évidemment) a eu deux jumeaux, Jésus et Christ. Jésus est un enfant espiègle qui devient un homme passionné et réfléchit, qui quitte la menuiserie pour prêcher l’amour, la transformation et le Royaume de Dieu. Son jumeau agit dans son ombre, mi-admiratif, mi-envieux, rapportant une version quelque peu modifiée des évènements pour la postérité sur l’injonction d’un mystérieux "inconnu". Si les grandes lignes du livre reprennent les Evangiles, Pullman avance que les évènements ont été déformés par l’église, et notamment Paul, qui a mis l’accent sur "Christ" plus que sur "Jésus". Il n’y a pas de miracles – les maladies sont "exaltés par la présence de Jésus", non pas guéris – et l’astuce scénaristique des jumeaux semblables assure la "résurrection". Le Jésus de Pullman est un homme bon, entraîné dans des évènements qu’il comprend tout juste, et meurt en vain pour un Dieu en qui il réalise qu’il ne croit plus.

Pour ceux qui n’ont pas arrêté leur lecture à ce point (et il y en aura) il y a plus encore. Jésus tout autant que Christ sont des êtres étonnamment nuancés. Pullman a une affection évidente pour chacun d’eux. Jésus est fort, charismatique, et a ses principes. Christ est classe, plein de doutes, conscient de lui-même ; en soi, plus moderne. "Celui qui m’a surprise est Christ, explique Pullman. J’ai été ravi de découvrir, et je ne m’y attendais pas, que Christ se développe en tant que personnage quand je me suis mis à écrire à son sujet. Il a acquis une profondeur, une complexité et une conscience de soi qui m’ont surpris. Mais c’est ainsi que les personnages de fiction se comportent. Et l’une des choses que j’espère voir le lecteur tirer du livre est que si Jésus a probablement existé, Christ était un être de fiction".

Ce qui est cependant plus intéressant est de savoir pourquoi, alors qu’il ne croit plus depuis fort longtemps en la foi chrétienne, il a finalement voulu écrire cela. Il est un auteur intuitif qui explique être attiré dans une histoire avec une "forme que vous aimeriez caresser". En tant que non croyant, il est toujours attire par les formes d’une foi qu’il ne possède plus. Il se montre même presque belligérant. "C’est une histoire qui m’appartient. J’ai été élevé avec la religion chrétienne, cette histoire est un élément de ce qui me constitue. C’est intimement et profondément lié à tout ce que j’ai fait depuis, à tout ce que j’ai ressenti. J’ai le droit de l’écrire, et si cela offense quelqu’un, eh bien, c’est pas de chance".

Pullman a été initié à la chrétienté sous l’influence de son grand-père maternel, un Pasteur Anglican. Dans son église, il a appris les chants et les histoires. "Il se faisait plaisir en repérant des références à la Bible. Il aimait beaucoup les vieilles conserves Tate & Lyle Golden Syrup. 'Tu vois, mon garçon ? De la force ressort la douceur. Sais-tu ce que c’est ? C’est l’énigme que Samson a posé aux Philistins'."

Adolescent, il a commencé à remettre en cause les croyances avec lesquelles il avait grandi. Il a étudié les sciences. "J’ai appris que la procréation impliquait en fait un homme et une femme. J’ai appris l’âge de l’univers, et qu’il n’avait en fait pas pu être créé en six jours. La voie traditionnelle du scepticisme. C’était en partie du rationalisme, c’était aussi l’impression que l’univers était un endroit désert. L’existentialisme était aussi au goût du jour, avec cette impression de futilité et d’absence de sens à la vie, qui vous plaît beaucoup quand vous avez quinze ou seize ans, rit-il. Mais quoi qu’il en soit, c’est que je me suis retrouvé avec la sensation que, s’il y avait un Dieu, il était si loin, si distant et hors de portée qu’il me valait mieux vivre ma vie comme s’il n’y en avait pas. Par moment, j’ai connu quelques poussées d’angoisse à ce sujet, mais c’est désormais loin derrière. C’est rassurant, à 63 ans".

Deux choses me reviennent en mémoire. La phrase introductive de la méditation sur la mort de Julian Barnes, Rien à Craindre : "Je ne crois plus en Dieu, mais il me manque" et Terry Pratchett, qui s’est décrit une fois comme "le genre de vieil athée qui en veut à Dieu de ne pas exister".

"C’est une bonne petite phrase de Terry Pratchett. Quand Kingsley Amis lui a demandé s’il était athée, il a répondu 'Oui, mais c’est plus que je le hais'. Il y a un tas de choses à haïr, contre lesquelles s’énerver. Le Dieu décrit dans l’Ancien Testament est un psychopathe particulièrement peu plaisant. L’Eglise, sous toutes ses formes, a fait tout un tas de choses extraordinairement mauvaises".

Dans le même temps, reconnaît-il, c’est plus compliqué que cela. L’Eglise a fait de bonnes choses également. C’est avec un certain regret qu’il explique comment le Livre de la prière commune est tombé en désuétude, en même temps que ses cantiques préférés. "J’ai l’impression que l’Eglise m’a laissé tomber tout autant que j’ai quitté l’Eglise. Je respecte le point de vue de Lord Ress (cosmologue et astrophysicien) Lord Rees, qui a dis je crois qu’il n’était pas croyant mais qu’il aimerait être enterré dans un cimetière au pied d’une église britannique, selon les rites de l’église d’Angleterre. C’est le genre de choses qui me plaisent, mais je ne pense pas qu’il y ait un cimetière de ce type qui soit prêt à m’accueillir".

L’un des passages les plus émouvants dans The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ présente Jésus à genoux, pleurant pour un Dieu en qui il ne croit plus. Pullman informe que sa voix est la sienne. C’est empli de tristesse, de rage et de résolution pour trouver dans la vie ordinaire de tous les jours ce que TS Eliot décrivait comme "quelque chose dont on peut se réjouir".

"Tout comme ce vieux chien, là" désigne-t-il le gentiment du pied son carlin, puis murmurant une excuse doublée d’une caresse conciliante sur le dos du vieux canidé. "Il ne voit plus, n’entend plus, ne peut plus rien faire, sinon dormir. Je lui envie sa capacité à simplement reposer sa tête et entrer dans le monde des songes".

Bien qu’il ait pris la peine d’expliquer ses croyances en des termes rationnels, il y a plus dans la vie que le pur rationalisme. Certainement, il y a plus pour un auteur tel que Pullman, capable d’élans d’imagination tels que ceux présents dans ses livres, et qui écrit avec tant d’empathie qu’il est connu pour avoir pleuré ou rit avec ses personnages.

Pullman a commence à écrire des livres pour enfants en 1972, et a cessé d’enseigner pour devenir auteur à plein temps quatorze ans plus tard, mais il explique que l’impulsion d’A la Croisée des Mondes est venue d’une certaine forme de découragement qu’il n’arrivait pas à briser. "J’avais une liberté qui venait de mon désespoir. Je n’allais jamais me faire de l’argent en écrivant des livres réalistes, si bien que je pouvais parfaitement écrire ce que j’aimais. Car c’était de la littérature jeunesse, je savais que personne ne le remarquerait, mais qu’il resterait quelques années en librairies, et que quelques adultes le lirait en fin de compte. Mais cela s’est produit plus vite et à plus grande échelle que ce que je pensais".

Les trois livres se sont vendus à plus de sept millions d’exemplaires à travers le monde. Le Miroir d’Ambre a été le premier livre jeunesse à remporter le Whitbread Prize. La trilogie a été adaptée par Nicholas Wright en une pièce de théâtre qui a connu un immense success, et Les Royaumes du Nord est devenu un film à Hollywood avec Nicole Kidman et Daniel Craig. Bien que dénoncé par certains cercles religieux, il a acquis le soutient d’autres, dont rien de moins que l’Archevêque de Canterbury, qui a suggéré de l’étudier dans les écoles. Les fans devraient aussi retenir qu’un nouvel opus, The Book of Dust, est en gestation.

S’il prend toujours soin de dire que les livres n’ont pas d’objectif caché, il est aussi ravi d’engager des batailles idéologiques. "Je crois que je savais ce que je faisais. Mais il me fallait aborder ces choses-là. Pourquoi ? Parce que mon imagination m’y poussait".

Il parle de l’imagination comme un "maître" intuitif et obstiné, contrebalancé par l’esprit rationnel pour devenir un "valet sensible et régulier". "Vous devez mettre en forme ce que vous avez découvert dans une histoire satisfaisante, en créant des schémas narratifs et des correspondances. En trichant, en d’autres mots, afin d’en faire une meilleure histoire".

Ce qui nous ramène à Jésus, un narrateur intuitif par excellence. Et puis il y a Christ, celui qui met en forme l’histoire et l’écrit. Christ est celui qu’il vous faut surveiller. Christ est un écrivain.

The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ, de Philip Pullman, est publié chez Canongate. £14.99.


Détails
Lundi 05 Avril 2010 - 12:45:32
Haku
Source : Scotsman
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