Menu
Rendez-Vous
A la Croisée des Mondes
Philip Pullman
Cittàgazze
Partenaires

Sraf Network

btts

Statistiques



Hit-Parade



Follow Twittagazze on Twitter

Partager

menuAccueil Forum Encyclopaedia Tchat F.A.Q Meeting menu Flux RSS menu
 
De la misère à la richesse dans les contes de fées :.
Lundi 12 Octobre 2009 - 22:18:52 par Haku - Détails - article lu 932 fois - - -

Note introductive (Cittàgazze.com)
En octobre 2009, le journal
TheObserver a lancé sur son site web une série en sept volets dédiée aux contes de fée, faisant intervenir différentes personnalités pour évoquer des thèmes liés à cet univers littéraire, accompagnant également les textes de ces dernières par différents contes intégraux, notamment des textes des frères Grimm. Parmi les sept thèmes développées, l’un d’eux l’a été par Philip Pullman. En parallèle à cet exercice d’écriture a été présenté le texte original d’une de ses nouvelles, publiée en 1998 (non traduite en français à ce jour), Mossycoat, librement inspirée de l’histoire célèbre de Cendrillon. (lien vers la nouvelle en anglais)

De la misère à la richesse dans les contes de fées



The Observer, Dimanche 11 octobre 2009
Par Philip Pullman

Dans les contes de fées, tout comme dans les rêves, les choses sont et ne sont pas ce qu’elles semblent être. Après que Freud a le premier levé le voile pour révéler que l’inconscient bout et s’agite sous le coup de peurs et de désirs cachés, et qu’il a montré comment les rêves et les histoires étaient pleins de symboles racontant une histoire différente de celle en surface, nous nous sommes habitués à lire la littérature aussi bien que le réel de deux manières ; il semble donc naturel de désormais chercher – et trouver – des significations sexuelles, par exemples dans des contextes apparemment non sexuels. C’est Bruno Bettelheim qui a trouvé le filon en ce qui concerne les contes de fées : dans The Uses of Enchantment (1976) il a offert une relecture de classiques adulés tels que Hansel et Gretel, Le Petit Chaperon Rouge, et Cendrillon qui étaient freudiens à vous en faire dresser les cheveux sur la tête.
Bettelheim a perdu du crédit de nos jours, et l’influence de Freud a reculé à un point où son point de vue n’est plus dans l’air du temps, comme l’a souligné Auden, mais simplement une théorie parmi d’autres. Cependant, je suis encore persuadé par le fait qu’il peut être intéressant et enrichissant de lire comme si X n’était pas uniquement X mais aussi Y. Parfois un cigare n’est rien d’autre qu’un cigare, mais parfois un crapaud peut être un prince, et parfois un trésor signifie autre chose que la richesse.

Pour ce qui est des histoires de Cendrillon (l’une des plus englobantes) la richesse qu’elle atteint à la fin est partie d’une plus grande acquisition, qui est plus globalement symbolisée par son mariage. Spécifiquement, c’est la nubilité : au cours de l’histoire, elle laisse son enfance derrière elle et devient prête pour le mariage et les responsabilités de l’âge adulte.

Mais toute histoire d’adulte n’est pas une histoire de Cendrillon. J’ai une fois écouté un universitaire américain faire toute une conférence pour démontrer que Jane Eyre était une histoire de Cendrillon. Elle n’y a pas réussi, car ce n’est pas le cas : Jane Eyre est une histoire de La Belle et la Bête, dans laquelle l’homme adulte, physiquement puissant, sexuellement viril et d’une menaçante maturité, Mr Rochester, est graduellement rabaissé, dompté (pour ne pas dire humilié et mutilé) par la petite, faible et délicate Jane, qui y arrivera d’elle-même et d’elle seule.

Et c’est pour cela que ce n’est pas une histoire de Cendrillon. Cendrillon, dans chacune des centaines de variations de l’histoire de base, n’est pas seule : elle a un assistant. Une mère de remplacement, en fait : la bonne fée sa marraine, un rosier qui pousse sur la tombe de sa mère, une colombe, une vache, un manteau de mousse dans la présente version – toujours, en principe, une femme plus âgée qui a elle-même négocié les difficultés du voyage vers la maturité et dont la tâche est d’aider la jeune fille à passer ce même cap.

L’idée de Bettelheim est que les contes de fées tels que celui-ci symbolisent les vrais aspects de notre vie psychologique – les moments de transition entre l’innocence et la connaissance, et ainsi de suite – et qu’ils constituent des aides inestimables pour une croissance saine et heureuse. Les enfants ont besoin de contes autant que de nourriture, de chaleur, d’un foyer et d’amour. Je pense être d’accord à ce niveau. Mais qu’ils soient psychologiquement nécessaires ou non, les plus grands contes (et Cendrillon est l’un d’eux) dérivent leur pouvoir final non seulement d’une multitude de détails fascinants et inoubliables qui abondent en eux, mais également de la forme émotionnellement satisfaisante qu’ils prennent. Dans l’œuvre des frères Grimm, par exemple, les contes les uns après les autres commencent de façon captivante, puis s’effondrent à mi-chemin ; comme la plupart des films, des romans, et des pièces, en fait. Le plus difficile avec une histoire quelle qu’elle soit est de l’amener à une conclusion qui fonctionne à chaque lecture. La plupart des contes de Grimm fonctionne de cette façon, et ceux qui fonctionnent le mieux sont clairement l’œuvre de conteurs de génie plus anciens et anonymes, dont le pouvoir de mise en forme a résisté aux générations de maladresse gauche et de maladresse.

Il en est ainsi avec Cendrillon et ses innombrables variations, parmi lesquelles The English Mossycoat a toujours été ma préférée (conte traditionnel retranscrit en 1915 d'après l'histoire populaire par Katherine M. Briggs & Ruth I. Tongue dans Folktales of England, NdT). J’aime l’attitude de la jeune femme; elle a cette merveilleuse arrogance innée qu’ont certaines jeunes filles, qui agite totalement les hommes, même de vieux vicieux accoutumés tel que le colporteur. Dans la version qui nous concerne, j’ai joué sur une ritournelle rythmique. De temps en temps, l’histoire prend une métrique trisyllabique pour une ligne ou deux : "And straight he ran after her into the dark, and there was his horse with the groom at the reins (Alors il courut après elle dans le noir, et suivait son cheval, le cocher tenant les rênes, NdT)." Pourquoi cela ? Pour le fun. Après tout, si raconter des histoires n’avait rien d’amusant, nous ne le ferions pas, et il faut bien quelqu’un pour le faire.


Détails
Lundi 12 Octobre 2009 - 22:18:52
Haku
Source : TheGuardian|TheObserver
Ce document a été écrit ou traduit par son auteur pour Cittàgazze. Si vous souhaitez utiliser ce document sur votre site, intégralement ou non, veuillez s'il vous plait en faire la demande à l'auteur et placer un lien vers Cittàgazze.
Ce document est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

  publicité  

  publicité